Chapitre 2

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Le lendemain matin, Eric fut réveillé par Annabelle qui était rentrée dans sa chambre. Cela le fit sursauter. Après avoir pris son petit déjeuner et s’être douché, tous les deux partirent en direction de l’astroport de Kourou. Ensemble, ils procédèrent à l’enregistrement de leur bagage et obtinrent leur carte d’embarquement. Une fois la sécurité de passée, ils passèrent dans un local pour retirer une combinaison spatiale. A la fin, un bus automatisé les prit à l’entrée de la salle d’embarquement pour les emmener directement à la fusée. La navette appartenait à Air France et était fabriquée par Airbus. C’était tout simplement un avion spatiale qui avait besoin d’être propulsé pour son voyage. Ces navettes ne pouvaient qu’embarquer vingt passagers. Les passagers étaient des scientifiques, du personnel militaire et parfois des journalistes, des ingénieurs, des mineurs.

La restauration à bord était composée d’un plateau clipsable sur une tablette avec simplement des pochons indiquant ce qu’il y avait à l’intérieur. Annabelle était du genre très bavarde. Sympathique, mais avec cette tendance à vouloir toujours trop parler et la seule façon qu’Eric eut de s’en débarrasser fut de porter son masque de nuit pour faire semblant de dormir, même s’il parvint réellement à s’endormir. En se réveillant, le petit-déjeuner avait été servi et Annabelle se remit à parler, alors Eric lui dit « Silence, maintenant ! ». Cela la vexa.

En arrivant sur la Lune, ils arrivèrent dans une sorte de zone de transit international afin de passer des contrôles de douane pour le secteur où ils devaient se rendre. Il n’y avait pas de secteur Français, c’était celui de l’Union Européenne. Il s’agissait de véritables petites villes avec des petits commerces, des cinémas, un musée présentant des tableaux virtuels et d’autres services. Ce qui impressionna le plus le professeur Schwartz était les immenses verrières montrant les montagnes lunaires, blanches, éclairées par le Soleil, et ce ciel d’un noir intense. On pouvait y voir des véhicules roulant avec des astronautes qui marchaient très lentement.

Leur convocation eut lieu au secteur américain. Pour s’y rendre, ils devaient prendre une sorte de monorail et à leur arrivée, un général les attendit, les salua respectueusement et les fit passer dans un file sans contrôle. L’homme les accompagna jusque dans une salle où il y avait déjà cinq personnes assises autour d’une table qui regardèrent arriver Annabelle et Eric. Le général les invita à prendre place, puis il commença à faire son briefing. Ce briefing dura une trentaine de minutes afin de faire un tour de table et de présenter les faits, ainsi que le vaisseau qui allait les transporter jusqu’au Centaurus.

En cette fin de siècle, différents pays avaient des vaisseaux de guerre spatiaux. Il s’agissait de vaisseaux qui étaient là pour surveiller les différentes routes commerciales afin de les contrôler. Le vaisseau qui allait les accompagner jusqu’au Centaurus était le USSS Ronald Reagan. Son lancement avait été réalisé en septembre 2067. Ce vaisseau était chargé de protéger la route commerciale ralliant Mars à la Terre. Le général Robert Schäffer allait forcément faire partie de l’équipage, car c’était lui qui était en charge de chapeauter l’enquête à bord du Centaurus.

Il existait une base militaire américaine sur la Lune. Située à l’extérieur de l’énorme complexe accueillant diverses nationalités. Cette base se situait à cent-quatre-vingts kilomètres de la base principale et ce fut une petite navette qui se chargea d’effectuer le transfert. Les militaires présents sur place se chargèrent de faire de nouveau des contrôles d’identité, ainsi qu’un petit interrogatoire avant qu’ils puissent monter à bord de la navette de transport qui allait les emmener sur le USSS Ronald Reagan. Les sièges à bord n’étaient pas du tout confortable. En fait, ils étaient assis le long des parois, solidement harnachés et au milieu, il y avait un grand espace pour charger du fret. A la gauche d’Eric Scwhartz se trouvait un médecin suédois, le docteur Eric Larsson. Et à sa droite, Annabelle était présente, boudant car le professeur ne lui accordait pas d’attention.

A bord du USSS Ronald Reagan, c’était l’amiral Julian Huntington qui leur fit un mot d’accueil et qui leur présenta les couchettes dans lesquels ils allaient dormir. Ils allaient tous rester éveillés un peu plus de deux mois. C’était le temps pour mieux réviser les plans du Centaurus, car ils allaient devoir l’examiner de fond en comble. Du poste de pilotage jusqu’à la salle des machines en passant par les espaces communs. Pour cela, c’était Schwartz qui en profita pour tous les briefer en leur faisant une présentation de l’intérieur. Le reste de leur temps libre, ils l’occupaient à lire, jouer à des jeux de société, regarder des films, écouter de la musique et discuter entre eux. Ce qui leur passait dur, c’était de ne plus parler à leur famille pendant des mois.

Un jour, le docteur Larsson vint discuter avec le professeur Schwartz. Les deux hommes s’appréciaient mutuellement, et il n’était pas rare de les voir regarder un film ensemble. C’était une passion qui les rapprochait. Larsson vint manger dans le mess avec lui, et puis les deux hommes discutèrent et puis, ils avaient envie d’évoquer leur vie de famille.

- J’ai vraiment de la chance d’avoir des enfants, lui dit le Suédois. J’ai une femme merveilleuse, j’habite dans un beau pays, que demander de plus ?

- J’ai une femme et des enfants, lui répondit-il. Mais, je m’en veux de ne pas les avoir vu grandir et accompagné à l’école. Un jour, je me suis réveillé, je me suis rendu compte que j’avais plus une petite fille que je devais emmener en maternelle, mais une jeune femme de quinze ans à accompagner au lycée et qui brise parfois le coeur des garçons de sa classe.

Larsson s’esclaffa de rire.

- J’ai passé du temps à faire des allers-retours sur la Lune et j’ai été envoyé une fois en mission sur Mars, raconta le médecin. C’était des missions assez longues, facilement sur quatre ans, voire cinq. Un jour, en rentrant sur Terre, mon fils de sept ans a demandé à mon épouse qui j’étais. J’en ris maintenant, mais j’ai eu envie de pleurer sur le coup. Vous, vous avez de la chance d’être resté principalement sur Terre.

- La Suède vous a manqué pendant ce temps ?

- Bien sûr. Vous qui êtes français, je suppose qu’en cet instant, vous avez certainement le mal du pays ?

- A vrai dire, je suis Allemand.

- Ca ne change rien à ce que je dis. Vous pouvez être Allemand, Russe, Australien ou même Argentin, dans l’Espace vous avez besoin de quelque chose qui vous rappelle votre Nation d’origine. Dans notre colonie martienne, on a décidé de faire une salle avec des écrans qui montrent tout un tas de paysages de la Suède, ainsi que certaines villes. Par contre, c’est plus compliqué pour nous rappeler certaines saveurs locales.

- C’est vrai. Je suis en train de penser à tous ces soldats américains qui font la surveillance dans l’Espace, ça doit pas être évident pour eux non plus.

- Eux, ils reviendront. Pensez plutôt aux mineurs qui sont sur certaines lunes de Jupiter, ou de Saturne. Certains ne reviendront jamais !

- Les Américains voulaient installer un bagne pour enfermer les plus grands criminels sur une des lunes de Saturne. Je ne sais plus laquelle c’était.

- L’Europe devrait faire la même chose, je trouve.

C’était rare quand le professeur Schwartz discutait de sujets aussi personnels avec des inconnus. En fait, il éprouvait une certaine sympathie pour le médecin scandinave. Les autres membres étaient un peu plus renfermés sur même, sans doute ayant peur de ce qu’ils allaient découvrir dans le Centaurus. Pourtant, certains essayaient de faire connaissance. Il y avait deux jeunes ingénieurs qui avaient su nouer une relation de complicité. Il s’appelait Robin McCann, il était Canadien, et elle, elle s’appelait Paloma Rodriguez, une Espagnole. Depuis qu’ils étaient à bord du USSS Ronald Reagan, ils s’étaient drôlement rapproché et ils semblaient partager les mêmes centres d’intérêts. Schwartz était heureux de voir ça, tout comme le général Huntington. Néanmoins, ce dernier voulait leur dire deux mots car il ne voulait pas qu’en cas d’embrouille, cela nuise à l’enquête dans le Centaurus.

Kaminsky, elle, s’entendait bien avec un des soldats présents à bord. Schwartz l’avait surprise un jour en train d’embrasser langoureusement le caporal Benjamin Driver. Il s’en foutait, et même il avait envie d’encourager ça. Il ne supportait plus de voir cette jeune génération avoir envie de se cacher, avoir honte de se détendre et de profiter du confort de leur société. Etant donné que personne ne savait ce qui allait se produire dans le Centaurus, pour certains c’était l’occasion de ne plus avoir de regrets avant de monter à bord.

Quelques jours plus tard, ils arrivèrent non loin du Centaurus. Le vaisseau spatial se détachait de Saturne. Huntington et Schäfer firent venir le petit équipage pour le voir. C’était assez lugubre de voir un immense astronef suspendu dans le vide intersidéral, sans avoir les poussoirs à éclats réglementaires. Schwartz eut soudain les larmes qui lui montèrent aux yeux. Il était véritablement ému de revoir son projet dix ans après son lancement.

Le USSS Ronald Reagan avait de nombreuses petites navettes faites pour porter secours à des vaisseaux commerciaux en perdition. Ainsi, ils embarquèrent à l’intérieur du petit appareil. Tous portaient une combinaison spatiale qu’ils allaient probablement devoir garder à bord du Centaurus. En arrivant au sas principal du Centaurus, l’écoutille fut ouverte manuellement et ils se retrouvèrent à cinq à bord du vaisseau.

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