Chapitre I : Alfwin
– L’Immortelle a été volée ?
« Dans le silence de la nuit,
J’entends mes battements de cœur,
Tambours rythmant mon malheur ;
Dans le silence de la nuit,
Par toutes pensées assaillis,
La solitude berce ma peur »
– Oui ! Oui, elle…
– Qui ?
– Je… je ne sais pas encore, on…
« Dans le silence de la nuit,
J’entends mes battements de cœur ;
Toi seul sait calmer ma terreur… »
– …on épluchait les dossiers des scientifiques qui travaillaient dessus, on…
– Pendant la guerre ?
« Dans le silence de la nuit,
Aux prises de cette envie,
Je t’implore comme sauveur »
Il hocha de la tête, elle soupira, le lâcha ; il regarda sa main, puis son ennemie, et sa main à nouveau, la dague dans sa main…
« Dans le silence de la nuit
J’entends mes battements de cœur ;
Quand cessera donc la douleur ?
Dans le silence de la nuit,
Tout mon corps git et frémit ;
J’attends, j’espère et demeure »
Quand elle sortit la seringue, il comprit – et l’unique question demeura sans réponse : comment ? Quand elle sortit la seringue et qu’elle lui sourit, elle lui rappela un homme et tétanisé, ne demeura que l’horreur :
– …vous ne nous êtes pas inconnu, cher Frest. Je ne suis pas idiote au point de vous laisser votre magie.
Elle palpa deux secondes le creux de son coude, sentit, planta l’aiguille avec une extrême précision ; il l’observait, les sourcils froncés.
« Dans le silence de la nuit
J’entends mes battements de cœur ;
Promets-moi, Well, sur ton honneur…
Dans le silence de la nuit,
Sur mon corps déjà transi,
Échappe à cette horreur… »
– La Chouette… une nouvelle parvenue parmi les assassins ?
Sa voix se brisa ; sa voix le perturba. Immuable, son visage transpirant, il écoutait – et à son ennemie, qui l’attachait :
– Vous faites honneur à votre réputation, mais non : je suis juste plus discrète que mon homologue.
– Une chouette rangée aux côtés d’un corbeau…
« Dans le silence de la nuit,
J’entends mes battements de cœur ;
L’effroi conquit, par sa langueur,
Dans le silence de la nuit,
Mon corps tremblant d’insomnie,
Mes pensées et vaines fureurs »
– Ne dit-on pas qu’ils sont les plus intelligents ?
– Oui, mais les chouettes sont les plus sages.
– Fi de la sagesse, quand le système est corrompu, ne demeure que la violence.
Et à ces mots, elle piqua, précise, le Corbeau – et à ces mots, il sentit, en lui, la souffrance ne plus tenir. Son regard implora les murs, son regard implora les cieux, mais ne demeurait dans ces yeux que de la crainte ou des murmures…
« Alors conquis par les ténèbres,
Le vide s’installe en moi
Et j’implore ce désert »
– Bien, Frest, je crains que nos chemins se séparent ici ; en vous souhaitant bon congé demain…
Ils se détournèrent ; oubliaient-ils donc ? Oubliaient-ils les espoirs, les codes d’alarme et les préventions des exécuteurs ? Eux qui avaient percé son surnom, eux qui connaissaient sa légende, pouvaient-ils oublier ? Et Alfwin Frest les regarda partir, l’œil atterré, le visage excavé, les traits tirés par la peur à peine fomentée. Et Alfwin Frest frémit, une fois qu’ils furent partis, se releva en s’adossant à la paroi du mur…
« Alors conquis par les ténèbres,
Demeure ma plainte funèbre…
Si seulement Well tu étais là »

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