Chapitre I : Alfwin

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Hiver. Premier mouvement. Allegro non molto. Les notes se brisaient contre les murs sur lesquels il s’entrechoquait, aspiré par la vitesse, aspiré par le concerto qui gagnait en intensité en lui, autour de lui. Les murs du quartier général des exécuteurs du code étaient noirs ; ce fait, Alfwin Frest le savait, n’était pas anodin. Au plus il se précipitait, au plus les violons paraissaient se désaccorder, au plus les notes se faisaient stridentes et perçaient son visage essoufflé, ses joues larmoyantes. Les tremolos façonnaient son visage exsangue ; les bourdonnements des instruments grondaient dans sa poitrine paniquée… un nouveau tournant. Un nouveau couloir. L’enchaînement des murs noirs obnubilait son esprit afféré.

Atterré, il s’arrêta.

Il était arrivé.

Seul…

…seule…

La musique l’animait encore, sur les notes finales murmurées, aggravées, solennisées dans sa mémoire comme les vents s’attardaient à dompter les cieux, les nuages, fomentaient leur tempête en silence et désaccords…

…seul…

Le son de sa respiration ahane lui parvenait désormais. Embrassé par la solitude, il demeurait figé face au spectacle, les yeux rivés sur le sol, les yeux rivés sur le sang… il remonta, progressivement, le long du corps du secrétaire : la tête décapitée, explosée, exposée sur le mur d’à côté, le cou déchiqueté. Ce fut ensuite Arys, le cadavre crispé, le visage gravé par l’expression de pitié et d’effroi, enseveli sous le verre pillé, distordu, démembré. Un froid parcourut le légiste, un frisson, un remords…

…seul…

Encore, il n’osait regarder. Il ne pouvait voir… la crainte, le corps… la mort déjà complainte à ses oreilles, le silence soudain intenable, il demeurait pétrifié. Il n’y avait que le mur noir, face à lui, pour le narguer – et un crochet jeté négligemment à terre.

– Salaud…

Mais sa voix ne perça la nuit. Alors, du peu de courage qu’il possédait encore, Alfwin osa tourner son corps vers Wellington. Gorge tranchée, les mains enserrées autour de la blessure, ces mains… enserrées… ?

– …Alf…

– Well bordel !

Il se jeta sur ses genoux, ramassa le corps inerte, comprima la plaie. Son regard, à demi affolé, à demi grisé par l’adrénaline, allait et venait entre les yeux de son compagnon et la quelque peu intrigante faible profondeur du coup. Il fronça les sourcils ; ses doigts poisseux de sang paraissaient s’enfoncer dans la chair de son ami.

– …il ne t’aurait jamais tué avec ça…

– Alf, la… les lèvres de Katos crachotèrent un présage, son compagnon comprit à les voir s’articuler.

– L’alarme !

Il lâcha le corps, laissant les mains de l’inspecteur chef à la préoccupation de sa survie, avant de se précipiter vers le bouton d’alarme, confondu avec la noirceur du mur. Un temps ; le silence parut plus profond, plus long que la dernière note du concerto de Vivaldi. Puis, la tempête s’enclencha, et le code noir hurla dans la nuit.

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