Chapitre Quinze :Sinyplavi, les Secrets et la Cinquième Noémonstre écrit par Léonie Rude

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Chapitre Quinze :Sinyplavi, les Secrets et la Cinquième Noémonstre

écrit par Léonie Rude



Sombrant plus profondément encore dans l’inconscience, Noémie s’imagine sa vie passée, si lointaine déjà. Le visage de sa tante lui revenait, souvenir d’une présence rassurante.

Ses longues et mornes journées, à la fois lassante et pourtant apaisante et plaisante dans leur monotonie.

Tout cela était bien loin déjà, si loin.

Un océan de noirceur chassa brusquement sa rêverie, grande vague d’ombre déferlant engloutissant tout sur son passage pour ne rien laisser d’autre que le corps de Noémie flottant au sein de son immensité.

Après un moment, Noémie ne savait s’il avait été une courte éternité ou long instant, il lui sembla distinguer quelque chose loin devant elle.

Hésitante d’abord, elle plissa les yeux pour se concentrer en ce point qui attirait son attention.

Oui, il y avait bien quelque chose ; une couleur. Une flamme bleue dansait dans le lointain.

Noémie se réveilla en sursaut, venant presque cogner sa tête contre celle de Papyon qui veillait à son chevet. Malgré elle, elle ne put s’empêcher de se sentir soulagée en observant le manque de couleur son compagnon. Aussi belles qu’elles soient, celles-ci avaient causé bien du tort à Noémie et dans son état de malaise actuelle, il lui semblait qu’un feu d’artifice de couleurs n’aurait rien arrangé à son état.

Elle se trouvait dans une des couchettes du vaisseau, son matelas comme ses couvertures humides de sueurs. Son regard s’agita de lui-même à la recherche du polychrominoïde, comme poussé par la certitude de l’objet dont elle ignorait encore jusqu’au fonctionnement.

— Où est le Polychr… machin chose ? Demanda Noémie inquiète.

— Juste là-bas. Ne t’inquiète pas, je ne l’ai pas perdu. Lui répondit Papyon dans un sourire et d’un ton rassurant. Ça va aller Noémie ? Tu t’es effondré si soudainement.

Noémie hocha un peu la tête, en parti rassurée mais désirant encore pouvoir poser son regard sur l’objet. Elle demanda finalement :

— Et Libellale ?

— Partie. Elle a dit que nous nous retrouverons bientôt et m’a donné des coordonnées. Une planète assez reculée « Sinyplavi ». Un drôle de nom, et à vrai dire, je n’en avais jamais entendu parler jusque-là.

Noémie, à qui le nom évoquait un sentiment de familiarité, mais aussi de malaise, n’en dit rien à Papyon et quitta les draps humides du lits.

Elle lança ensuite d’un ton enjoué à Papyon, bien décidé à lui montrer qu’elle ne se laissait pas abattre pour si peu :

— Je vais me changer, tu comptes veiller sur moi pendant ce moment aussi ?

Les joues de son camarade changèrent de teintes, ce qui devait s’approcher d’un rougissement chez un individu sans couleurs.

Marmonnant une brève réponse gênée, Papyon se dirigea vers la sortie de la cabine, mais Noémie l’appela avant qu’il ne quitte la pièce.

— Papyon ! Puis, plus hésitante : Merci… De veiller sur moi je veux dire. Ça fait du bien d’avoir quelqu’un sur qui compter.

Papyon lui sourit avant de quitter pour de bon la pièce, laissant à Noémie la possibilité de se changer en toute intimité.

Le choix de garde-robe se résumait à différentes tenus noires ou grises et elle opta finalement pour une tenue composée d’un jean gris, veste noire en cuir et tee-shirt blanc sur lequel était inscrit en lettre capitale « la poussière de la rue ». Un groupe de musique sur une planète connue de Papyon peut-être ?

Elle rejoint ce dernier dans la cabine de pilotage et fut rassuré de voir, près de son entrée, trôner le polychrominoïde, étincelant de toutes ses couleurs.

Après plusieurs heures de voyage spatial, durant lesquelles Noémie et Papyon eurent mangé un nouveau plat aussi étrange d’apparence que de goût et au nom si compliqué qu’elle l’eut aussitôt oublié, Sinyplavi apparut enfin devant eux.

La planète, dont la petite taille la rapprochait plus en réalité de la Lune que d’une planète à proprement parler, avait une surface grise et sombre, tachetée de noir. Cependant, dénotant avec cela, de larges océans d’un bleu sombre et profond occupent un bon tiers de celle-ci, créant un contraste avec ce qui semblait être depuis l’espace une végétation colorée pour sa part d’un bleu cyan. Enfin, des volutes nuageuses semblait flotter dans son atmosphère, plus claire encore, quoique toujours teintés de cette unique couleur.

Papyon entama la descente du vaisseau en tirant sur le manche, assez similaire à celui d’un avion.

— Bon, où est-ce que l’on se pose ? Demanda-t-il.

Même si la planète était plus petite que la Terre, elle n’en restait pas moins vaste et Noémie hésita à faire appel au prisme pour la guider. Elle se ravisa finalement. Lui avait-il déjà donné une réponse satisfaisante jusqu’ici ?

Levant le nez pour observer la surface de la planète qui se faisait de plus en plus proche, elle décida d’indiquer un point à Papyon, là où se trouvaient de hautes montagnes.

— Allons par là.

Papyon s’exécuta et bientôt, dans un nuage de fumée grisâtre, le vaisseau se posa sur la surface de Sinyplavi.

Alors qu’ils en descendaient, Noémie porta son regard sur les hautes montagnes qui se trouvaient non loin d’eux. De hauts pics rocheux se dressant vers le ciel gris parsemé de nuage d’un bleu si clair qu’il tirait sur le blanc. A bien y regarder, les flancs des falaises étaient couverts de végétation. Des petites plantes aux feuilles couleur cobalt.

— Et maintenant ? Demanda un peu moqueur Papyon. On fait de l’escalade ?

Mais, au même moment, comme pour répondre à la critique de Papyon, surgit de nulle part au loin une figure frêle qui s’avançait vers eux lentement.

Elle était vêtue d'un long manteau indigo et d'une capuche surdimensionnée qui couvrait entièrement ses cheveux et la partie du haut de son visage, ne laissant voir que son nez et sa bouche. Son pantalon était tâché d’une boue grise comme les pans de son manteau.

S’échangeant un regard, Noémie et Papyon décidèrent de venir au-devant de l’inconnu.

— Bonjour, nous so-…

L’inconnu leur coupa aussitôt la parole, pour s’exclamer d’une voix féminine familière aux oreilles de Noémie et Papyon :

— Noémie et Papyon, oui, oui ! Je vous attendais. Dieu merci, j’ai réussi à vous attirer jusqu’ici. Il a été suffisant.

Noémie eut un mouvement de recul. Cette voix, c’était Noémerde ? Impossible, elle l’avait bel et bien vu périr. Alors… Un autre Noémie ?

Papyon, qui semblait avoir deviné la même chose, adressa un petit hochement de tête à Noémie, confirmant ses craintes.

Hésitante, Noémie demanda :

— Explique-toi ! Tu es comme moi… Tu es une Noémie c’est ça ? Qu’est-ce que tu comptes faire ? Me prendre mon prisme ? Tu dis que tu m’as attirée ici ? Comment as-tu fait ?!

Papyon posa doucement une de ses mains sur le bras de Noémie afin de l’aider à se calmer.

La Noémie de Sinyplavi esquissa un léger sourire qui semblait presque nostalgique.

— Tu es nouvelle, c’est vrai. Pour le peu de sens que garde « nouveau » dans notre réalité. Elle rit un peu avant de reprendre : Laisse-moi t’expliquer Noémie, quoique j’aurais pensé que Libellale t’en aurait dit un peu plus, j’oublie toujours qu’elle aime se montrer mystérieuse. Enfin… Je suis l’une des six Noémonstres, la cinquième à vrai dire. Tu as entendu parler de nous ?

Noémie hocha un peu la tête. Noémerde les avait évoquées.

— On nous appelle ainsi car nous sommes celle qui avons découvert les six Grands Secrets. J’aurais préféré découvrir une merveille, mais me voilà… Elle secoue un peu la tête.

— Qu’est-ce que sont ces secrets ? Et comment m’as-tu attirée ici exactement ? Demanda Noémie, en quête de réponses et toujours méfiante devant cette nouvelle rencontre. « Noémonstre » n’est guère plus rassurant que « Noémerde ».

La cinquième Noémie repris donc.

— Tu l’as avec toi non ? L’un des polychrominoïde. Libellale a dû te le dire, ils sont les vecteurs de nos mondes et, une fois tous réunis, ils créent un pictochrome. Celui qui t’a été remis en a déjà intégré plusieurs, ce qui explique que ses couleurs sont aussi vives.

Vois-tu, nous avions tentésde créer un pictochrome.

— Qui ça « nous » ?

— « Nous », les Noémies. Les Noémerveilles étaient à l’origine du projet. Elles avaient rassemblé près de soixante-quatre Noémaîtres. Nous étions alors à notre apogée. Organisées en quatorze section, nous nous sommes élancées à la recherche des polychrominoïdes au travers des univers.

Et comme tu le sais, il y en a autant qu’il y a de couleurs. Or, nous avons rapidement constaté que les polychrominoïdes des univers secondaires ne valaient pas la peine d’être collectés, il nous en faut réunir des dizaines d’une même nuance pour atteindre ne serait-ce qu’un dixième potentiel de celui d’un univers principal. Ainsi, comme seuls importaient ceux des univers principaux, nous nous sommes mises en quête de tous les rassembler.

Et c’est là que nous avons fait cette découverte et gagné notre titre. Les cinq autres Noémontres et moi. Il existe des créatures… Des choses que l’on appelle maintenant « Secret ». Au nombre de six, elles partagent nos objectifs. Elles aussi désirent créer un pictochrome. Cependant, contrairement à nous, les Noémie, elles sont uniques.

— Unique ? Demanda Papyon.

— Oui. Les six secrets n’existent qu’en un seul exemplaire. Un unique qui a cependant accès à tous les univers et qui, comme nous, à conscience des fluctuations du temps et des strates.

Nous avons tenté de nous opposer à eux afin de récupérer les polychrominoïdes principaux qu’ils avaient récupérés avant nous mais… Après de longs combats, ma section a finalement été vaincue. Libellale était proche de la première Noémerveille, très proche même. Elle nous permet de nous coordonner, tout comme les Papyons nous assistent dans nos tâches.

Papyon se renfrogna en entendant cette phrase mais Noémie était trop concentrée sur sa discussion avec la cinquième Noémonstre pour lui prêter attention.

— Tu ne m’as toujours pas dit comment tu m’as attiré ici ! Et, qu’est-ce que l’on-… vous comptiez faire une fois les polychrominoïdes réunis ?

A force de l’entendre répété, le nom de l’objet avait fini par lui entrer en tête.

La cinquième Niémonstre posa un de ses de ses longs et fins doigts aux ongles colorés d’un bleu marine contre sa poitrine.

— J’ai utilisé mon prisme, ou du moins ce qu’il en reste. Il a été brisé lors d’une confrontation contre le cinquième Secret mais, l’éclat que j’ai conservé est encore assez large pour communiquer avec les autres.

Elle marque une pause avant de sourire : Tu apprendras à t’en servir, ne t’inquiète pas. Il le faudra bien.

Sinyplavi héberge ce Secret dont je te parle, mais avec toi à mes côtés, je suis sûre que notre victoire n’est plus très loin. Une fois le polychrominoïdes bleu en notre possession, nous aurons fait un grand pas pour obtenir le pictochrome. Et avec lui, nous pourrons tout réparer.

— Tout réparer ? Tu veux dire… Revenir avant tout ça ? A ma vie ? A ma tante ?

Un puissant soulagement envahit la poitrine de Noémie, au moins aussi grand que le poids qui pesait sur elle à l’idée de devoir affronter ce « Secret ».

Alors qu’elle quittait du regard la Cinquième Noémonstre, elle constata que quelque chose n’allait pas : la peau de ses mains avait perdu sa couleur clair et rosée pour adopter une teinte grisâtre.

— Ici, seul le bleu peut exister. Dit la Cinquième Noémonstre en observant le désarroi de Noémie. Le Secret n’a connaissance que de cette unique couleur et ne tolère pas qu’il puisse en exister d’autre autour d’elle qu’elle ne pourrait pas voir.

Elle retroussa une manche de son manteau pour montrer sa peau grise à Noémie qui n’avait pas réalisé cette absence chez sa consœur, tant l’environnement autour d’elle y était semblable.

— Allons donc nous occuper de ce Secret alors. Marmonna Noémie en adressant un regard un Papyon à ses côtés. Elle avait gagné dans l’aérodrome la capacité de se battre et elle comptait bien s’en servir désormais.

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