Chapitre 2
Une fois la cible tué,je sors par la fenêtre.
Je ne cours pas.
Courir, c'est paniquer.
Et je ne panique jamais.
Je m'éloigne de la maison à un rythme contrôlé, mes pas silencieux sur le sol humide. Pourtant, chaque fibre de mon corps est en alerte.
Quelque chose me suivait.
Ou m'observait.
Je n'arrive pas encore à décider.
Je m'arrête à l'ombre d'un arbre, sans me retourner.
Écouter.
Le vent glisse entre les feuilles. Rien d'autre.
Trop propre.
Je ferme brièvement les yeux.
Rejoue la scène.
La trace sur le sol.
La note.
Le mouvement derrière le rideau.
Ce n'était pas une illusion.
Quelqu'un était là avant moi.
Et il connaissait mon nom.
Mes doigts se crispent légèrement.
Ce détail... est un problème.
Un vrai.
Je reprends ma marche, plus rapide cette fois. Je quitte le jardin, traverse la rue, puis m'enfonce dans les ruelles sombres. Je change de direction plusieurs fois.
Un réflexe.
Toujours vérifier.
Toujours disparaître.
Après plusieurs minutes, je m'arrête enfin.
Silence.
Personne.
Mais cette sensation ne me quitte pas.
Je glisse ma main dans ma poche.
La note.
Je ne me souviens pas l'avoir prise.
Et pourtant... elle est là.
Je m'immobilise.
Mon cœur rate un battement.
Je suis sûre de l'avoir laissée sur le bureau.
Lentement, je déplie le papier.
"Aëla"
Mais il y a autre chose maintenant.
Une deuxième ligne.
Plus discrète.
Que je n'avais pas vue.
"Je te vois."
Un frisson glacé me traverse.
Je relève brusquement la tête.
Regarde autour de moi.
Les toits. Les ombres. Les fenêtres.
Rien.
Mais cette fois...
ce n'est plus une impression.
Quelqu'un joue avec moi.
Je plie la note d'un geste sec.
"Je te vois."
Ces mots tournent en boucle dans mon esprit.
Quelqu'un m'observe.
Quelqu'un joue avec moi.
Erreur.
Je ne suis pas un jeu.
Je range le papier dans ma poche, puis reprends ma marche. Plus rapide. Plus directe. Cette fois, je ne me contente plus de disparaître.
Je veux comprendre.
Je traverse plusieurs rues, change d'itinéraire, passe par des zones plus sombres. Mon reflet apparaît brièvement dans une vitre.
Calme.
Comme toujours.
Mais à l'intérieur... quelque chose s'agite.
Je m'arrête brusquement.
Un détail.
Un bruit.
Derrière moi.
Je pivote.
Rien.
Encore.
Ma mâchoire se crispe.
- Montre-toi...
Silence.
Puis, lentement, je comprends.
Il ne me suit pas comme un amateur.
Il me laisse juste assez d'indices pour que je sache.
Juste assez pour me faire réagir.
Je reprends ma marche, mais cette fois, je change complètement de stratégie.
Je ralentis.
Je deviens imprévisible.
Je tourne dans une ruelle étroite... puis m'arrête net dans l'ombre.
Et j'attends.
Une seconde.
Deux.
Trois.
Puis,Un souffle.À peine perceptible.
Derrière moi.
Je me retourne violemment, lame déjà en main.
Vide.
Mais au sol...
Un papier.
Encore.
Je ne l'avais pas vu une seconde plus tôt.
Impossible.
Je m'accroupis lentement, sans quitter les alentours des yeux, puis je le ramasse.
Mes doigts se referment dessus.
Je déplie.
"Tu apprends vite."
Mon cœur s'accélère malgré moi.
Ce n'est plus une simple observation.
C'est une conversation.
Je relève la tête.
Mes yeux scrutent l'obscurité.
- Tu fais une erreur...
Ma voix est basse. Tranchante.
- Parce que quand je te trouverai...
Je serre la note dans ma main.
- je ne te laisserai pas partir.
Le silence retombe.
Mais au fond de moi...
une certitude s'impose.
Ce n'est que le début.
Je ne reste pas plus longtemps dans la ruelle.
Inutile.
Il ne se montrera pas.
Pas encore.
Je range la note dans ma poche et reprends ma route, plus directe cette fois. Mon objectif est clair.
Le QG.
Cela fait longtemps que je n'y suis pas retournée.
Trop longtemps.
Les rues défilent. Les lumières deviennent plus rares. Puis la ville disparaît peu à peu derrière moi, remplacée par une zone plus calme. Plus abandonnée.
Comme moi.
Je m'arrête devant un bâtiment délabré.
Rien de spécial.
Un endroit que personne ne regarde deux fois.
Parfait.
Je m'approche de la porte métallique, rouillée en apparence. Mes doigts glissent sous le rebord, trouvant un mécanisme invisible.
Un clic.
Puis un second.
La porte s'ouvre lentement.
Je me glisse à l'intérieur.
L'obscurité m'engloutit.
Mais ici... je connais chaque recoin.
Je referme derrière moi et avance sans hésiter. Un couloir étroit. Des murs froids. L'odeur du métal et de la poussière.
Rien n'a changé.
Ou presque.
J'arrive dans la pièce principale.
Silence.
Total.
Trop total.
Mes yeux parcourent la salle.
Les écrans sont éteints. Les armes rangées. Tout est à sa place.
Mais il manque quelque chose.
Une présence.
La sienne.
Je m'arrête au centre de la pièce.
Un souvenir traverse mon esprit.
Sa voix. Ses mots. Son regard.
Je serre légèrement les poings.
Non.
Pas maintenant.
Je m'avance vers une table. Passe mes doigts dessus.
Froide.
Abandonnée.
- Tu es parti...
Les mots m'échappent sans que je m'en rende compte.
Un silence.
Puis mon regard change.
Froid.
Calculateur.
S'il n'est plus là...
alors je suis seule.
Vraiment seule.
Il m'avait sauver la vie.Il m'avait adopter.
Et m'avait...instruit,dans ce métier.
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Passé
- Tu réfléchis trop.
Je rouvre les yeux brusquement.
Il est là.
Adossé au mur, dans l'ombre, comme s'il avait toujours fait partie du décor.
Elias.
Je serre légèrement les dents.
- Réfléchir évite les erreurs.
Il esquisse un léger sourire.
- Non. Réfléchir crée l'hésitation.
Il s'avance vers moi, lentement. Chaque pas est silencieux. Maîtrisé.
- Et l'hésitation... tue.
Je soutiens son regard.
- Pas moi.
Un silence.
Puis, sans prévenir
Il attaque.
Je n'ai que le temps de lever le bras pour bloquer. Le choc est sec. Brutal. Il enchaîne immédiatement, plus rapide.
Je recule d'un pas.
Puis deux.
Il ne me laisse aucun répit.
- Trop lent.
Je pare un coup, pivote, tente de contre-attaquer.
Il esquive.
Facilement.
- Trop prévisible.
Je serre les dents, accélère, change de rythme.
Cette fois, ma lame frôle sa veste.
Il s'arrête.
Un silence tombe.
Nos souffles sont courts, mais contrôlés.
Ses yeux me fixent.
Et pour une fois...
il ne corrige pas.
- Mieux, dit-il simplement.
Je ne réponds pas.
Mais quelque chose en moi se redresse.
- Tu apprends, Aëla.
Ces mots...
Ils restent.
Plus que les coups. Plus que la douleur.
Je baisse légèrement ma lame.
- Pourquoi moi ?
La question m'échappe.
Il ne répond pas tout de suite.
Comme toujours.
Puis il s'approche.
Trop près.
- Parce que tu n'as rien à perdre.
Un silence.
Ses yeux plongent dans les miens.
- Et ça... c'est ce qui rend les gens dangereux.
Mon cœur se serre légèrement.
- Et toi ?
Un léger sourire.
- Moi ?
Il recule déjà.
- J'ai déjà tout perdu.
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Présent
Je rouvre les yeux.
Le QG est toujours vide.
Silencieux.
Mais son absence... pèse plus lourd que jamais.
Mon regard glisse vers les notes sur la table.
"Tu apprends vite."
Mon cœur se serre.
Même mots.
Même sensation.
Je murmure, presque malgré moi :
- Elias...
Un silence.
Puis mes yeux se durcissent.
Non.
Ce n'est pas lui.
Mais quelqu'un...le connaît.

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