Épilogue

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Douze ans plus tard

Trente ans. C’est l’âge que j’avais lorsque j’ai terminé mes études. Après avoir enchaîné une licence en biochimie de trois ans, un master en biologie du cancer durant deux, un doctorat en cancérologie pendant cinq ans, ainsi qu’un post-doctorat de deux ans, j’ai commencé à chercher un poste de chercheur et j’ai été recruté au SNUH*.

Cela fait donc environ deux mois que je travaille en laboratoire avec d’autres médecins et j’ai commencé à mener des recherches sur la biologie des tumeurs.

Je pense au quotidien à Mina. Quoique je fasse. Lorsque je rends visite à ma mère et que je passe devant le convenience store, je revois ma petite amie. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Je vis seul, dans un appartement du district de Jongno. J’y ai emménagé il y a seulement un mois, après avoir touché mon premier salaire. Cinq-millions deux-cent-mille wons**. Pour moi, c’est énorme, mais je ne vais pas prétendre que ça me dérange. De toute façon, la vie à Jongno est un peu chère.

Appuyé contre la baie-vitrée de mon petit balcon, j’observe Séoul. Honnêtement, je crois avoir réussi ma vie.

Mon appartement n’est pas immense mais je n’y suis pas à l’étroit, avec une salle de bain, une chambre, une cuisine mélangée à une salle à manger et un salon. Je n’ai pas vraiment pris le temps de décorer, alors tout est plutôt sobre. Les murs sont blancs, les meubles de la cuisine faits de bois clair. J’ai mis quelques plantes vertes à certains endroits pour harmoniser un peu mais c’est tout. La seule touche vraiment personnelle est la bibliothèque qui trône à côté du petit canapé pliable : une bibliothèque en bois. Dessus, j’y ai mis toutes les affaires de Mina que ses parents m’ont cédé.

Il y a ses posters et ses albums de K-pop, ses dessins et ses livres, dont A thousand boy kisses. Je suis heureux de voir tout ça ici. Je n’ai pas besoin de ces objets pour me souvenir de ma petite amie, mais j’ai l’impression d’avoir une part d’elle avec moi. J’ai même encadré la lettre qu’elle m’a écrite.

Mon téléphone vibre et je le sors de ma poche. C’est un appel de Soyeon. Je décroche immédiatement et souris en entendant la voix de ma sœur.

Je suis sortie des cours. On se voit ?

— Ok, on se retrouve devant ton université.

Soyeon étudie le maquillage à la MBC Academy Beauty Institute, qui a quelques campus sur Séoul. C’est la plus grande école de beauté de Corée du Sud. Entre elle qui est là-bas et moi qui suis allé à la SNU, nos parents aiment bien se vanter auprès de leurs collègues, ce qui est parfois un peu agaçant.

Je quitte mon appartement et me rends à l’arrêt de métro le plus proche pour rejoindre le campus de Soyeon. J’évite quelques touristes perdus et me faufile dans le transport pour m’asseoir à une place confortable, loin du centre du métro.

Je sors du véhicule après une trentaine de minutes et je traverse quelques rues pour rejoindre l’université. Ma petite sœur m’y attend, les yeux rivés sur son téléphone portable. Autour d’elle, des jeunes avancent, rient, discutent. Lorsqu’elle me voit, Soyeon éteint son smartphone et me rejoint.

— Coucou oppa. Alors, tu ne travailles pas aujourd’hui ? Hm, petit paresseux. Tu ne fais rien et tu gagnes cinq millions de wons par mois. N’as-tu pas honte ?

— Eh, tais-toi. Je n’ai le droit qu’à un jour de congé payé par mois, pour l’instant. Et avec un peu plus d’ancienneté, je ne serai qu’à quinze jours par an.

— Oh wow, ta vie est si dure, ironise-t-elle.

Soyeon lève les yeux au ciel puis sourit malicieusement.

— Et sinon, c’est quand que tu me ramènes une nouvelle eonni ?

Je lui mets une petite claque derrière la tête.

— Tu ne te rappelles pas ? Quand tu avais sept ans, je t’ai promis de ne jamais remplacer Mina.

Ma petite sœur hausse les épaules et sort de sa poche des choco pie. Elle m’en tend un que j’accepte et déguste le sien.

— J’avais sept ans, Jaehyun. J’étais un peu naïve. Allez, fais pas genre… T’as déjà eu quelques aventures après Mina, non ? Je te parle même pas d’une relation sérieuse !

— Wow, tu n’y vas pas par quatre chemins, toi.

Le pire, c’est que je n’ai littéralement eu aucune relation après Mina. Enfin, je dis « le pire », mais ça me convient parfaitement. Je ne cherche ni nouvelle petite amie, ni relation d’un soir.

— Et toi ? Tu n’as pas de petit ami, n’est-ce pas ? Tu ne peux pas te permettre de critiquer.

Soyeon sourit mystérieusement et porte un doigt à ses lèvres.

— Hm, qui sait ?

— Hein ? Vraiment ? Qui ?

Ma petite sœur hausse les épaules et commence à accélérer.

— Je n’en sais rien…

— Eh ! Non, mais… Eh, reviens ! Lee Soyeon, réponds-moi tout de suite !

Elle se met à courir pour m’éviter. Ma sœur éclate de rire puis s’arrête pour reprendre son souffle, les mains sur la poitrine.

— Ha… Je disais ça comme ça… ha…

— Je n’y crois pas trop.

— Comme tu veux.

Je souris en observant ma sœur puis lève les yeux vers le ciel. Je prends une grande inspiration, pense encore une fois à Mina, puis je recommence à avancer. Vers ma sœur. Vers l’avenir. Vers la vie.

FIN


*Seoul National University Hospital

**Environ 3900 €

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