— Billet 15

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Elle a accroché la mangeoire aux oiseaux.
C’est la première chose que nous avons faite au jardin, après avoir retourné la terre.
Elle a cherché l’endroit.

Il y a un arbre tout près du portail, qui fait de l’ombre à la boîte aux lettres par temps chaud.
Un autre, au bout de l’allée, et que l’on voit depuis la chambre, quand on est allongés dans le lit.
D’autres arbres, qui sont et ne sont pas nos arbres.
Tous en dehors du terrain délimité par la barrière blanche, tous à portée de vue, et ainsi nos arbres quand même, de la même manière que le ciel que l’on voit est notre ciel.

Elle a choisi l’arbre que l’on voit depuis la chambre.

L’échelle a fait de grosses empreintes dans la boue, la terre y a rendu de l’eau.
Comme de petites mares à oiseaux.

Elle a rempli la mangeoire de graines et observé que c’était comme un petit frigo.
Un instant, je me suis demandé si, maintenant, ses échappées allaient prendre un nouvel élan.
Si ses nuits la conduiraient au jardin, sous la mangeoire à oiseaux.
Si elle me collerait contre les mollets, ses pieds couverts de terre.

Elle souriait comme sourient les enfants aux choses simples qu’ils découvrent pour la première fois.
Elle souriait au ciel, à l’arbre, et à moi.
Trop belle pour que je ne prenne pas sa bouche.

Puis, quelques instants plus tard, triste.
Triste d’un savoir perdu.
Je me rappelle enfant, j’aimais me promener avec mon grand-père, cela remonte à loin, parce que quand j’y repense je me rappelle sa main qui tient la mienne, à hauteur de mes oreilles, et puis ma sœur est encore une géante, je me rappelle mes yeux portés hauts vers son visage, les feuilles qui craquent, les odeurs de mousse, et tous les noms de toute chose, ceux des champignons, des fleurs et des oiseaux ceux des arbres, des baies, qui sortaient de sa bouche, son souffle qui peinait, et les arrêts que nous faisions pour qu’il le retrouve, tous ces efforts et je ne me rappelle rien, aucun nom, ce savoir d'ancien comme son souffle, perdus…
Que nous, on ne savait  plus rien du tout, pas même le nom de nos arbres — en dehors et en dedans.
Qu’elle voulait tout savoir, tout apprendre.
Et radieuse à nouveau.

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