— Billet 18

Une minute de lecture

Les arbres, les oiseaux, ses échappées de nuit, les inventaires du frigo, cet élan de commencer un jardin en automne, tout comme celui de découvrir et fixer le nom de toutes les choses du vivant, tout cela la déborde.

Je le vois dans son regard nuageux, son oreille distraite, ses réponses à côté.

Elle a de ces instants, où ces élans d’enfant — vifs, spontanés, épars, curieux — la débordent d’un grand flot, d’un trop de. Où mettre son énergie, quand son esprit et de là son corps, son cœur, son être tout entier, tendent vers les oiseaux, que le temps file, que l’automne s’échappe et que la terre sera bientôt trop dure pour s’entreprendre. Elle est là et tout ailleurs à la fois, tendant vers mille directions, debout mais sans mouvement, morcelée.

Trop de jours,  trois ou quatre en vérité, ont passés, à rencontrer chaque soir le même fatras ramené de la jardinerie, attendant sous l’appentis.

Elle voudrait faire dans l’instant du plaisir toujours— ce moment, qui elle le sait pourtant, échappe, vague qui afflue et reflue. Mais dans son creux, faire lui est terrible.

Pas de mots, la blottir. Tendre vers le creux de sa nuque, ses cheveux collés à ma bouche. Pas de mots, la chaleur douce des corps qui se respirent même battement.

Dans la cheminée le craquement d’une bûche nous auréole.

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