L'impératrice - 20 septembre 2012
Il était une fois, dans les lointaines contrées d’Asie, un petit village paisible caché par une immense forêt. Autrefois, c’était la capitale impériale du pays. Visitée par les touristes du monde entier, cette cité était d’un grand prestige. Mais, à la mort de l’empereur, le trône fut délaissé et le peuple tomba dans la misère. Personne ne put succéder au souverain et plusieurs années passèrent sans que le pays n’ait de dirigeant. La population dut se décider à prendre les choses en main et une république fut mise en place. L’ancienne capitale devint alors sans intérêt et fut réduite à l’état de pauvre village. Tous ses grands bâtiments avaient été détruits et il ne restait plus rien des beaux jardins environnant. La vie reprenait son cours malgré tout.
Le soleil se levait à peine sur le village. Le ciel avait encore cette teinte rosée et tout le monde dormait à poing fermé. Une seule personne s’était levée. C’était Tao Li, un jeune homme aux cheveux bruns, habillé d’un tee-shirt sale et usé. Il marchait dans l’herbe mouillée et portait haletant deux gros tonneaux. Ils les avaient attachés à un grand bâton qu’il tenait sur ses épaules.
Enfin il s’arrêta et s’épongea le front avec sa manche. Il observa le grand arbre devant lequel il était. C’était le plus beau cerisier mais aussi le plus gigantesque qu’il avait pu voir dans sa vie. Il aimait bien s’arrêter devant cet arbre quand il revenait de son trajet au puis. Chaque matin, il y allait chercher de l’eau sans broncher, dès les premiers rayons du soleil.
Soudain, alors qu’il reprenait ses tonneaux, un cri lointain l’appela. Il vit un petit garçon courir dans sa direction en agitant les bras.
— Pa… Papa ! cria t-il tout essoufflé.
Tao regarda son fils avec des yeux ronds. Le petit avait du faire un long chemin pour arriver jusqu’ici, mais surtout…
— Que fais-tu là ? demanda Tao avec un brin de reproche dans la voix.
— Mais… protesta l’enfant. Tu m’avais dis que tu m’emmènerais à l’école pour la rentrée !
— Ah ! Oui, fit Tao en se radoucissant.
Il prit la main de son fils en s’excusant et tous deux continuèrent leur route. C’était le premier jour d’école du garçon et son père ne voulait surtout pas rater cet évènement. Ca lui était sorti de la tête. Il faut dire que les matins de Tao se ressemblaient tous et que seul son fils pouvait égayer ses journées monotones.
Pourtant, un jour, une chose curieuse se passa. Tao qui était parti comme à son habitude puiser de l’eau, s’arrêta à nouveau devant l’arbre. Il fut étonné de voir quelqu’un assis au pied du cerisier. C’était la première fois qu’il voyait une personne debout à cette heure-ci et qui plus est proche de cet arbre. Poussé par la curiosité, il posa ses tonneaux à terre et s’approcha doucement. Il vit que c’était une femme. Soudain, une branche craqua sous son pied et la demoiselle se retourna alertée par le bruit. Tao fit un pas en arrière et écarquilla les yeux. Il fut frappé par la beauté de la jeune femme. Elle avait de long cheveux noirs lui allant jusqu’au bas du dos, des yeux bleus clairs et un teint très pâle. Elle était habillée de vêtements anciens, comme ceux que la Cour de l’Empire portait. Elle avait un peu de rouge à lèvre mais c’était tout. Elle était surtout naturelle.
La jeune femme resta figée sur place, elle semblait apeurée de voir quelqu’un. Tao et elle restèrent muets sans pouvoir bouger. Le jeune homme voulut briser le silence à plusieurs reprises mais n’y parvint pas. Puis, au bout d’un long moment, la femme plissa les yeux et dévisagea Tao. Elle parut tout d’un coup plus détendue.
— Bonjour, dit-elle d’une voix douce et mélancolique.
Tao surprit bégaya des mots incompréhensibles. La demoiselle fit un sourire et invita le jeune homme à s’assoir. Celui-ci le fit sans quitter la femme des yeux. Il avait peur qu’elle disparaisse tellement sa beauté semblait irréelle. Elle était si pâle qu’on aurait effectivement dit qu’elle s’effaçait peu à peu. Mais non, elle rayonnait de plus en plus. Elle avait l’air heureuse de voir Tao. Enfin, l’homme réussit à parler.
— Bon… Bonjour, dit-il d’un ton mal assuré. Je m’appelle Tao. Qui êtes-vous ?
La femme resta muette. Elle souriait toujours.
— Vous êtes d’ici ? reprit-il avec espoir.
— Non, répondit la femme.
— Vous ne venez pas souvent là alors.
— Non. Mais avant, j’y allais tout le temps.
— Ah. Et vous…
La conversation continua ainsi, enchainant questions sur questions, et la femme s’ouvrit de plus en plus. C’est seulement quand Tao entendit une cloche sonner qu’il se rendit compte que la discussion avait durée toute la matinée. Le jeune homme n’avait pas obtenu grand-chose de la femme mais il était content de cet évènement inhabituel. Il fit un signe d’au revoir malgré lui et dut rentrer.
Le lendemain, il parti plus tôt que d’habitude, impatient de voir si la femme était toujours là. C’est avec bonheur qu’il constata qu’elle était revenue. Il la vit à la même place, toujours aussi belle. Son visage semblait triste et nostalgique mais dès qu’elle aperçut Tao, il s’illumina de bonheur. Le jeune homme ne savait pas pourquoi il faisait cet effet à la femme, mais elle l’intriguait tellement qu’il n’y prêtait pas attention. Ils parlèrent encore toute la matinée. Des liens se nouèrent entrent eux mais encore une fois, Tao dut partir au son de la cloche.
Pendant plusieurs jours, il rendit visite à l’étrange jeune femme. Leurs sujets de conversation devinrent plus intimes mais jamais la demoiselle ne parla d’elle.
Un soir, Tao rentra chez lui fatigué de sa journée. Son enfant était assis sur une chaise et lisait un livre. Sa femme approcha une cuillère à la main. Une délicieuse odeur venait de la cuisine et se répandait dans le salon.
— Bonjour, fit Tao, ça va ?
La femme le regarda d’un air boudeur. Elle était jeune et très belle. Elle avait des cheveux mi-longs noirs et des yeux de la même couleur. Elle avait un don pour deviner les cachoteries et savait que Tao ne lui disait pas tout. Cependant, elle avait confiance en lui et ne voulait pas créer de problèmes inutiles. Elle passa donc ce sujet et alla directement à ce qui la concernait.
— Tao, dit-elle gravement, en ce moment, c’est la crise. Je n’ai presque plus de quoi faire à manger. Déjà qu’on doit aller chercher l’eau à je ne sais combien de kilomètres, mais en plus on est pauvre…
Elle n’avait pas besoin de le dire, le petit métier de paysan que Tao exerçait ne rapportait pas grand-chose. L’homme baissa la tête et promit de faire de son mieux et d’y passer plus de temps. Ensuite, ils s’embrassèrent et Tao alla vers son fils.
— Tu es bien sérieux, dit-il en donnant une tape amicale au garçon.
— Oui, fit l’enfant. Je suis en train de lire une histoire qui parle de l’ancien empire.
Tao jeta un coup d’oeil au petit livre posé sur la table. Il lut la page illustrée : Après la mort du cinquième Empereur, il n’y eut que sa fille pour lui succéder. Marianne, l’Impératrice dut se marier pour qu’il y ait un nouveau souverain.
Tao regarda l’image qui allait avec et eut l’impression qu’on lui jetait de l’eau gelée en plein visage. Un frisson parcourut tout son corps. Une jeune femme était dessinée dans un grand jardin, assis au pied d’un arbre. Elle avait de longs cheveux noirs et des yeux bleus. Tao reconnut tout de suite la jeune femme, mais c’était impossible. Pourtant on ne pouvait pas se tromper ; il n’y en avait pas des tas avec cette beauté.
Tao alla se coucher mais n’arriva pas à dormir. Il ne cessa de se retourner dans son lit et même au matin, cette pensée était toujours dans son esprit. Il fallait qu’il retourne sous le cerisier.
Il arriva chargé de ses tonneaux et vit la femme toujours au même endroit. Elle fit un sourire et attendit que le jeune homme s’assoie à côté d’elle. Tao essaya d’agir comme d’habitude mais il ne réussit apparemment pas car la femme sembla inquiète.
— Qu’y a t-il ? demanda-t-elle d’un air soupçonneux.
— J... Je… Balbutia Tao. Rien de spécial. Hier mon fils lisait un livre d’histoire… sur la dernière impératrice du pays.
Tao observa attentivement la femme. Elle gardait une expression neutre et comme il le pensait, elle resta silencieuse. La demoiselle changea de sujet avec tant de subtilité, que Tao et elle vinrent à parler des chats. Il n’oublia pas pour autant ce qu’il était venu faire.
Après son travail, il alla dans la seule bibliothèque du village. Tao n’y avait jamais mis les pieds ; il ne savait pas bien lire. Quand, il entra, une petite cloche retentit. Un vieil homme sortit alors de l’arrière boutique et se présenta devant lui. Tao ne l’avait jamais rencontré non plus.
— Bonjour, dit-il d’une voix rauque. Vous venez pour chercher quelque chose ?
— Oui…
Tao lui demanda s’il n’y avait pas de documentaire sur la dernière Impératrice avant la mise en place de la République. L’homme disparut un instant dans une pièce cachée par des rideaux puis revint avec un énorme ouvrage dans les mains. Il devait y avoir au moins trois-cent pages !
— Il contient toute l’histoire de l’Empire. La femme que vous chercher doit être dedans mais je ne pense pas que vous trouverez grand-chose. Dit le vieux libraire en posant le livre sur le comptoir.
Voyant la mine découragée de Tao, l’homme se gratta le menton et retourna ranger le bouquin. Il revint cependant quelques minutes plus tard avec un large sourire aux lèvres.
— Par contre, je peux vous raconter une histoire qui n’est pas dans les livres… Et elle est vraie.
Tao regarda le vieux monsieur avec appréhension puis accepta finalement. Il voulait au moins avoir quelques informations sur cette femme. Le vieil homme se racla la gorge puis commença son récit :
« Notre histoire commence à la mort du 5ème Empereur. Le pays fut bouleversé par la disparition brutale de son souverain. Il laissa derrière lui son immense richesse et aussi sa petite fille, Marianne. C’était une jeune femme brillante, jolie, gentille. Elle avait tout pour diriger le pays vers la gloire et la paix. Malheureusement, à cette époque, une femme n’avait pas le droit de porter une si lourde responsabilité. Son père n’ayant aucun garçon pour lui succéder, la jeune Marianne dut choisir un époux. Elle était très amoureuse d’un homme, c’était un petit paysan très intelligent et honnête. Elle le connaissait depuis son enfance et l’aimait plus que tout au monde. Pourtant, elle se maria avec un homme riche qu’elle n’avait rencontré qu’une ou deux fois. Il habitait une grande maison et avait d’immenses terrains à lui. Le paysan comprit le geste de la jeune femme. Elle était obligée de choisir quelqu’un avec une bonne éducation. Vous imaginez un paysan ne sachant même pas lire, gouverner un pays tout entier ? Vous me direz, il aurait été capable de bien meilleures choses que celui que Marianne avait épousé. C’était un homme qui avait tout, sauf la douceur et la gentillesse. Il ne s’était marié à la jeune femme que pour son titre et sa richesse, peut-être un peu pour sa beauté. Il devint Empereur après leur union.
Les années passèrent. L’Empereur était un homme tyrannique qui n’arrangeait en rien la misère du peuple, ça, tout le monde pouvait le voir. Mais ce que personne ne voyait, c’était la tristesse de la jeune Marianne. Seul son premier amour avait la capacité de voir ses larmes invisibles. Le paysan d’ailleurs, s’était marié lui aussi. Sa femme l’aimait sincèrement mais l’homme lui, ne pouvait s’empêcher de préférer l’Impératrice. Il appréciait quand même la femme avec qui il vivait, il avait eu deux enfants avec elle. Ce n’était pas un amour faux, du moins, pas comme celui que l’Empereur éprouvait envers sa femme.
De temps en temps, Marianne sortait de ses jardins pour se rendre sous un petit cerisier. Elle l’avait planté avec le paysan quand ils étaient petits. Parfois, par une heureuse coïncidence, les deux amoureux se retrouvaient face à face au pied de l’arbre et discutaient de leur journée. C’était le seul bonheur de la jeune femme.
Un jour, un homme vint voir l’Empereur. Il travaillait autrefois pour le père de Marianne et lui était très proche. Il lui rapporta que l’ancien souverain avait un grand trésor et que c’était sa fille qui devait le cacher. La jeune femme fut questionnée mais elle ne voulut pas répondre à son mari. Celui-ci, voulant savoir où était le trésor, devint plus dur. Il usa de son autorité pour parvenir à ses fins. Pendant un an, Marianne du rester enfermée dans son palais, chaque jours interrogée. Elle n’avait plus aucune liberté, plus aucun loisir. C’était un enfer pour elle.
Puis un jour, la jeune femme craqua. Le paysan, qui passait par hasard devant le cerisier, l’aperçut en larme assise au pied. Il la rejoignit et essaya de la consoler. Elle lui raconta ses jours à recevoir des coups pour ce fichu trésor. Le paysan et elle avaient une bonne raison pour que ce coffre ne soit pas découvert. L’homme furieux, se leva d’un bon et hurla à Marianne de s’enfuir. Elle lui répondit que c’était une bonne idée mais qu’elle ne pouvait pas y aller seule. Le paysan hésita d’abord puis proposa de l’accompagner. La femme sécha ses larmes et fit son premier sourire depuis un an.
Le soir venu, le paysan expliqua à sa femme la situation. Elle n’appréciait pas trop le fait de s’opposer l’Empereur mais elle accepta tout de même. Il n’y eut qu’une seule condition : « Reviens moi une fois qu’elle sera en lieu sûr » dit-elle en serrant son mari dans ses bras. L’homme promis de revenir, puis s’en alla. Il parti le soir même avec la jeune princesse.
L’alerte fut vite donnée. L’Empereur, venu questionner sa femme encore une fois, remarqua son absence. Il envoya ses hommes à sa recherche qui repérèrent les deux fugitifs dans un village voisin. L’Empereur, dans un moment de fureur, parti avec ses troupes aux trousses de sa femme. Ils montèrent sur leurs chevaux et ne mirent pas longtemps à rattraper les deux amis.
Le paysan et Marianne avaient atteint une grande prairie quand soudain les troupes de l’Empereur sortirent de toute part. Ils étaient encerclés. L’Empereur, qui était sur le plus grand cheval, lança à la jeune femme un regard noir plein de haine. Il l’aurait tué si elle n’était pas nécessaire pour trouver le trésor. En apercevant le paysan, l’Empereur comprit que c’était lui qui avait donné l’idée à sa femme de s’enfuir. Il ordonna à l’un de ses soldats de le tuer. Celui-ci brandit son arc et pointa une flèche vers l’homme. Mais l’Empereur était bête et ne comprenait rien aux sentiments de Marianne. Elle s’interposa au moment où le soldat tira. Elle fut transpercée. Le paysan ne comprit pas tout de suite, c’est seulement quand la femme tomba sur lui, ses vêtements tâchés de sang, qu’il réalisa. Marianne mourut dans ses bras. L’Empereur poussa une exclamation d’horreur, plus pour le trésor perdu que pour se femme. Le paysan, sous le choc, resta paralysé mais la rage l’envahit bientôt. Il sortit de sa poche un petit couteau puis se rua sur le cheval de l’Empereur. Prit de panique, celui-ci ordonna d’achever le paysan. L’homme reçut plusieurs flèches au flanc et au bras mais continua sa course. Il fit basculer l’Empereur de son cheval. Le souverain hurla et fut piétiné par le quadrupède. Le paysan s’approcha lentement, complètement hors de lui, et donna un coup fatal à l’Empereur. Quand l’homme reprit conscience, il avait tué tous les soldats, et par je ne sais quel miracle, il était encore en vie.
Le paysan prit le corps de celle qu’il aimait et l’emporta loin. Il ne revint jamais chez lui et brisa la promesse faite à sa femme. Il ne pouvait pas revenir auprès de ses enfants, lui l’assassin. Il erra donc à travers le continent.
C’est ainsi qu’à la mort du 6ème Empereur, c’est une République qui fut mise en place. »
Tao resta bouche bée après le long récit du vieil homme. Il ne pouvait rien dire et se contenta de cligner des yeux avec admiration. Il ne demanda pas au monsieur comment il savait cette histoire mais se leva pour s’en aller et la confirmer.
— C’est dommage que cet homme n’ait jamais revu sa femme et ses enfants… Fit Tao en sortant de la bibliothèque.
Le vieux soupira et quand Tao fut partit il murmura : « Oui… Mais il sera revenu dans son village au moins une fois. »
Le jeune homme se rendit directement au cerisier. Il y trouva la jeune Impératrice, Marianne. Oui, il en était sûr, c’était son fantôme… Il aurait pu s’agir de sa descendante mais il savait que ce n’était pas le cas. Il approcha doucement.
— Je sais qui vous êtes, dit-il en observant sa réaction. Mais moi je ne suis pas celui que vous croyez. Si j’ai bien deviné…
La jeune femme se contenta de sourire. Puis, peu à peu, bizarrement elle s’effaça. Elle devint transparente. Tao cligna des yeux plusieurs fois et ne la vit plus du tout. Il se laissa tomber. Il était complètement perdu et ne comprenait plus rien. Soudain, il aperçut quelque chose dans l’herbe sous l’arbre. Il approcha et vit une pelle posé par terre. Il la prit et fronça les sourcils. Enfin, comme si son cerveau le lui ordonnait, il creusa. Une idée stupide, simplement impossible venait de lui traverser l’esprit. Son coeur battait la chamade, son souffle ralentissait. Puis, il eut l’impression qu’il allait exploser d’excitation quand sa pelle toucha une surface dure. Il lâcha son outil et déterra sa trouvaille. Il sortit de la terre un petit coffre. Il était en velours rouge sur le dessus et était incrusté de pierres qui scintillaient. Son coeur s’arrêta le temps qu’il ouvre la boite. Il avait peur de se réveiller d’un rêve fabuleux, de soudain se retrouver dans son lit. Sous ses yeux, des milliers de pièces d’or brillaient de mille-feux. L’homme passa sa main entre les pièces et tomba sur quelque chose qui n’était pas de l’argent. Il sortit un vieux livre usé, qu’il ouvrit doucement. Il fut émerveillé de ce qu’il vit. C’était un album rempli de pleins de photos de Marianne et du paysan. Ils marquaient leur journée dedans et mettaient des dessins et des images d’eux. L’homme qui était aux côtés de l’Impératrice était brun. Il était singulier, ni beau, ni moche.
Il prit le livre et le coffre avec précaution, et retourna à la bibliothèque pour montrer au vieil homme ce qu’il avait découvert. Quand il entra, il le trouva derrière son comptoir. Il fut ravi de voir Tao débarquer. Le jeune homme se précipita sur lui et expliqua toute l’histoire, en omettant la présence du fantôme. Tao n’avait lui-même pas comprit tout ce qui s’était passé, mais il savait une chose ; sa famille pourrait vivre en paix des années.
— J’ai oublié de dire une chose ! cria soudain le vieil homme qui paraissait aux anges. Je ne t’ai pas dit que le paysan s’appelait…
Tao attendit la suite mais ce fut le silence. Il releva le nez des photos et s’aperçut avec horreur qu’il n’y avait personne devant lui. Il resta immobile, cherchant le vieux des yeux. Un frisson le parcourut. Le vent s’engouffra dans la bibliothèque, dans son souffle il crut entendre la voix du vieil homme : « il s’appelait Jun Li. »

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