Chapitre 5 – La Lionne de Bretagne, ou la naissance d’un mythe
Bien que la légende date du XIXe siècle, attardons-nous tout de même dessus.
Car s’y glisse peut-être une part de vérité… qui sait.
Et entre nous, une femme pirate, voilà qui ne manque ni d’audace, ni de témérité.
Bien…
Il est raconté que notre chère Jeanne de Clisson prend le large, direction l’Angleterre, mais qu’elle arme au passage deux navires corsaires — bâtiments d’abordage par excellence — afin de s’attaquer, avec une constance remarquable, aux navires français.
Cultivant le chic du haubert et de la gorgière de maille, Jeanne s’élance au combat, tête la première : elle aborde, saborde et, quelquefois, embroche les malheureux sur son passage.
De vains persiflages iront même jusqu’à qualifier la pratique de systématique.
Mais mettons de côté ces mauvaises langues, car en la matière, je crains que l’offense réside davantage dans la vision d’une femme en armure, guerroyant épée à la main, que dans quelque considération plus… martiale.
Hier comme aujourd’hui, les mufles ne tarissent pas d’imagination.
Toujours est-il que l’entreprise aurait duré près de neuf mois.
Frôlant la capture par les vaisseaux ennemis, Jeanne fuit en barque avec ses enfants, causant au passage la mort de Guillaume, son fils cadet — faute d’eau et de vivres.
Tragédie discrète… au cœur d’une légende tonitruante.
Mais le surnom, lui, demeure :
la Lionne sanglante.

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