Episode 1

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Le bruit était assourdissant. C’était des alarmes. Moi qui croyais que les animaux avaient un traitement de faveur. J’aurais jamais dû grimper dans la soute. Déjà fallait supporter l’odeur de bergerie pendant tout le vol, mais en plus ça ? Magnifique ! Ils sont réveillés maintenant. Vas y que ça gueule dans tous les sens. J’ai des poils dans la bouche. Il va falloir que je bouge. Je regarde à droite et à gauche. J’ai du mal à entendre ce qui se passe là-haut. On dirait des bruits de bottes magnétiques. Je regarde ma montre. Elle n'est pas synchro, on n'est pas arrivé. Fais chier. Une queue de comète a balayé le vaisseau, j’en suis sûre. La compagnie a prévu quoi comme manœuvre de survie pour les animaux ?

La carlingue se met à trembler. C’est pas bon signe. Les lumières s’éteignent : largage d’urgence. Et merde. Des douches commencent à répandre un liquide blanchâtre dans la cabine. Je prends ma respiration. La mousse envahit la pièce et devient plus visqueuse. Elle est très aérée et pour cause : elle se solidifie autour de nous. Quand je dis nous, je veux dire moi. Les autres occupants de cette cabine sont des animaux domestiques. Nous sommes pris au piège, incapables de bouger.

Une autre secousse, plus profonde. Ça sifflait à l’extérieur. Une odeur de métal brûlé m'agresse les narines. La soute tremble. La mousse censée nous protéger contre l’impact nous bloquait. Nos corps vibrent au rythme des turbulences. L’entrée dans l’atmosphère, c’était quelque chose. Nul besoin de toucher le sol pour ressentir l’apesanteur. L’inertie me plaque contre la mousse. J’entends une explosion, c’est une cartouche de sédatif. Bravo les mecs. Au moins, j’aurai pas à stresser. Mes yeux se ferment doucement quand j'entends les aérofreins s’ouvrir. Si jamais j’ouvre les yeux demain, j’aurai survécu.

Dans ma tête, c’est un capharnaüm. Palpitations et acouphènes jouent un concert. Va falloir baisser le volume là. Je sais même plus comment je m’appelle. L’atterrissage a été rude. Ça m'étonnerait qu’on vienne chercher les bestioles de sitôt. Je dois m’arracher d’ici et fissa. La mousse avait perdu de son pouvoir absorbant. Il a fallu se battre pour s’extirper de la masse collante, puis de la cage, puis de la soute. C’était qui le con qui avait décidé de mettre une poignée ? Il n’y a pas de gardien avec les animaux. Qui était censé leur ouvrir de l’intérieur ? Tu parles d’une erreur de design. Remarque : ça venait de me sauver la vie. Probablement celles de mes compagnons de vol aussi.

Quel merdier ! Les débris s'étendaient sur des kilomètres. J’étais là, seule, entourée de créatures de compagnie. Mon costume de poulet me grattait le cul. Un sol aride jusqu'à l’horizon, des débris partout. Le vent me brûlait la peau. La poussière collait à la sueur. Les carcasses fumaient encore, j’aurai bien fait cuire un steak. Les modules de survie ne devraient pas tarder à descendre, avec à leur bord : équipage et sac de survie. D’un geste sec, je retirais le casque de mon costume. Pas besoin de checker si l’air est respirable. Tous les animaux partaient dans une direction différente. Ils respiraient à plein poumon et moi aussi :

  • Bon, ben, va falloir marcher. Comme d’habitude.

Avancer en costume, c’était comme nager en pyjama : on croit que ça va être confortable mais non. J’ai des plumes rôties, des ailes trouées, des pattes de pigeon mécanique et la tête qui traîne derrière. Je ne sais même pas qui pourrait encore croire à mon déguisement. De toute façon, il faudrait déjà que je rencontre qui-que-ce-soit. Ça fait déjà un moment que je marche. Les sifflements hydrauliques ressemblent à des cris de douleur. Le soleil tape comme un marteau sur une enclume, et c’est moi l’enclume.

Rien à bouffer, pas d’eau, pas d’ombre. J’ai retrouvé un morceau de panneau avec le logo du convoi dessus : “TransGal Mining - toujours plus loin !”

Ouais, bah on est loin, ça c’est sûr. J’ai vu un module de sauvetage explosé, des cages ouvertes, une vache morte la tête dans le sable. Charmant tableau. Je commence à croire que j’ai survécu juste pour faire le bilan des pertes.

Dans un dernier soupir, le ventilo du costume venait de rendre l’âme. Je suppose que la poussière a eu raison de lui. Plus de clim dans le poulet… Je devais m’asseoir. Au moins pour retirer cet accoutrement. Personne ne va me demander mon billet, de toute façon. J’ai fouillé les entrailles du poulet. : Une poche à eau, la batterie organique, les orthèses mécaniques et des bandages. Je chope le capteur de proximité planqué dans le collier et c’est terminé. On a pas besoin de plus pour l’instant. Je rangeais mes trouvailles dans un sac de fortune, quand une ombre s’étira sur le sol devant moi. J’ai cru à un mirage. Puis il a bougé.

Une silhouette était assise sur un module de survie, droite comme une pique. Il m’a regardée sans surprise, frais, méthodique, propre comme si le désert ne l’avait jamais touché. Il rangeait ses affaires dans une valise ? Une valise ? Dans le désert ? Je me sentais un peu comme une pouilleuse à trimbaler mon baluchon. Il se leva, essuyant la poussière sur son costume. Il portait une armure légère, genre vieille génération militaire. Sur le flanc, un sabre. Pas un truc décoratif : un vrai. Un foutu sabre, c’était dans la soute ? J’essayais de lui faire un signe :

  • Salut !
  • Vous êtes blessée ?

Sa voix était sacrément calme, pour un rescapé. Pas essoufflé, pas de stress, pas d’humanité.

  • J’y ai laissé des plumes.

J’ai cru voir un sourire, mais je pense que c’est la lumière qui éblouissait. Il regarde autour de lui, il avait l’air à la recherche de quelque chose :

  • Vous avez un traqueur, n’est ce pas ?

Observateur… Un chasseur de prime ? Je secouais la main avec la machine en question. Autant lui dire le strict minimum. Il pourrait peut-être me servir avec un peu de chance.

  • La soute à bagage est là bas. Si on veut boire ou manger, c’est la meilleure direction.
  • Il y a peut-être des survivants également.

Compte pas là dessus… Le vaisseau était éparpillé. A moins d’un coup de bol, quitter son pod de survie pour aller pile poil dans la direction de la soute… Il a eu de la chance d’être tombé sur moi. Et pour l’instant, j’avais de la chance d’être tombée sur lui. Rendez-vous à la soute…

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