CHAPITRE 8 - Partir en fumée

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Les mois passent, et ma carte mémoire se remplie. Je marche, à pas feutrés dans la nature, en tentant de saisir le moindre petit instant de vie. Le lycée se poursuit, dans un chaos pédagogique et une envie de dégomer ces abrutis qui n'auront jamais compris la valeur de l'apprentissage. J'ère, la haine au ventre et la tête prête à exploser à tout moment. La communication avec mon frère est devenu une tentative désespérée, l'ambiance à la maison est devenu insupportable, et celui qui devait être ma bulle d'oxygène devient peu à peu étouffant. L'argent, la réputation, les idéaux politiques et sociétales de sa famille : tout est prétexte au conflit. Je deviens cynique, irritable, fragile, hystérique. Je sature.

Les autres passent leur BEP, moi je reste dans mon coin. Je reste avec mon groupe d'amis, on se voit surtout en dehors du bahut. Ma cousine, alors dans le même lycée, commence à raconter des choses sur mon dos et à me faire passer pour une personne bien horrible. Pourquoi cela ? Parce qu'elle dit être traumatisé. De quoi ? J'en sais rien. Et j'en saurais jamais rien. Parce que je n'ai plus aucun souvenirs avec elle. Ne me demander pas pourquoi. La deuxième période de stage arrive, et pour une fois, j'ai hâte. Cette fois, ce sera dans un magasin de jeux vidéos, en ville. Au début, ils sont plutôt accueillants, sympathiques. Mais une fois au sein du stage, à part faire les poussières, autant dire que je ne suis qu'une Barbie Wish au milieu des GI-Joe en cartons pâtes. Le ménage, les étiquettes, dire rapidement bonjour au client sans gérer une seule vente : ils me prennent vraiment pour une boniche. On finit par m'envoyer vendre un jeu au magasin d'occasion d'à côté, dans lequel je tombe sur le frère d'une amie de lycée. Ce dernier m'engueule copieusement en me disant que c'est illégal, que j'ai rien à faire là avec ça. Encore une bonne journée. Je rentre une fois de plus me prendre la tête avec le reste de la "famille", m'accrocher à l'espoir que mon copain me réponde, parce que je ne savais pas exister autrement qu'à travers lui. Pour recommencer le lendemain.

Sur l'une de ces journées médiocres, ma mère me demande de venir avec elle pour aller voir ma grand-mère, alors en maison de repos. Je m'y plie, et on file avec la voiture. Mon père s'est absenté de la maison, je sais pas trop où. Depuis quelques temps, il n'est jamais là, toujours en vadrouille à vélo à droite à gauche. On arrive là bas. Je me souviens pas avoir vu ma grand-mère ce jour là. En revanche, je me souviens très bien, sur le chemin du retour, de voir un appel d'un numéro de portable inconnu sur mon portable. A l'autre bout, on me dit "gendarmerie" : elle m'informe, de but en blanc, que la maison brûle, littéralement. Au début, j'ai sincèrement penser à un canular téléphonique. Mais non. En état de choc, on arrive devant la maison, éteinte. Je ne me rappelle pas de la présence des pompiers, mais il faut dire qu'à peine le moteur arrêté, j'ai courru vers le jardin : je ne pensais qu'à une chose, ne pas retrouver de cadavres, animaux comme humain. Heureusement, ça n'était pas le cas. L'instinct de survie (et les ballades) ont eu raison des flammes. J'ai ensuite courru dans ma chambre, pour constater l'étendu des dégâts. En voyant l'hécatombe en bas, les gaînes électriques qui pendouillaient du plafond, la suie, l'odeur insupportable, j'étais effondrée. La maison n'était même pas reconnaissable. Tout ce que j'avais connu en sortant de ce que je pensais être l'enfer, les cafards, les coups, lui. Ce lieu qui avait vu mes larmes, mes tentatives désespérées, mes premières fois, mes dernières aussi, avait été anihilé en un claquement de doigts. Etonamment, en arrivant à l'étage, les choses semblaient moins graves. L'odeur était toujours intenable, les surfaces noires, mais dans ma chambre tout semblait relativement épargné. Il suffira de tout laver plusieurs fois pour récupérer la quasi intégralité de mes affaires. Dans le reste de la maison en revanche, on en était pas là. Des trous dans le sol, une pièce plus noire que la nuit : ravagée. Moi avec. Mais il fallait que la maison tienne debout. Alors j'ai tenu. Progressivement, j'ai vu mon père, puis ma mère s'effondrer. J'ai appelé des amis, à défaut d'avoir une réponse de mon petit-ami. On réunit les animaux, on les compte. On tente de récupérer quelque affaires de valeurs, de faire l'état des lieux. Intérieurement, je suis inerte. Extérieurement, je ne peux pas me le permettre pour l'instant, alors j'avance. Je m'énerve. Je déploie toute l'énergie disponible pour faire le nécessaire. On m'apprend que j'aurais pas de place pour dormir avec le reste de la famille, et que je dois me débrouiller. A ce moment là, je m'attendais à mettre les études de côtés, à devoir redoubler mon année. Après quelques jours de pauses, je tente de recommencer mon stage mais c'est un désastre : en y retournant, on me demande de ranger la réserve et se faisant, je trouve de la drogue, caché entre deux jaquettes de jeux. Je fais mine de n'avoir rien vu et continue mon rangement. Le lendemain, je perds mon stage, après une remarque sur les affiches tendancieuses présentes dans les sanitaires. Je décide alors de m'en aller, pour me réfugier auprès de la belle-famille qui pour le moment reste le lieu le plus sécurisant à mes yeux.

Une fois là bas et les esprits revenus quelque peu en place, il fallait que je termine ma période de stage alors je suis allée postuler en urgence dans une boutique touristique. J'errais, je me transormais au fil des jours en un véritable robot. Je n'aimais pas ce que je voyais. Essayant désespéremment de me créer une façade pour ne pas m'écrouler, je suis restée une partie de l'été là bas. Puis il a fallu revenir, dans cette maison que je ne connaissais pas, que je n'aimais pas. Ce jour là, j'apprend que mon chat a disparu. Depuis un moment. J'étais effondrer : je n'avais donc pas assez perdu ces derniers mois ?

J'étais alors seule et j'avais besoin d'un ami à 4 pattes à qui me confier : après tout, ce sont les seuls qui ne m'aient jamais trahis. Je me mets donc en quête et trouve une petite boule de poil rousse et blanche, à deux heures de routes d'ici et on va le chercher une semaine plus tard. Là, on nous met dans les mains un concentré d'amour : il se roule, ronronne, nous lèche les mains et c'est le coup de foudre. C'est décidé, j'adopte alors Mogwai. Sur le chemin du retour, câlins et ronronnements se font entendre. C'est peut-être bizarre mais je crois avoir enfin trouvé un nouvel ami à quatre pattes, bien plus qu'un simple animal.

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