2,2 secondes Neuvième chapitre
Effectivement, Laura et Simon ont parfaitement compris le sens de leur mission. Même s’ils ignorent les raisons qui les poussent à fouiller dans cette vieille histoire oubliée, l’affaire les passionne réellement. Ils prennent donc rapidement contact avec la rédaction de Cannes-matin, leurs réputations journalistiques les ayant précédées, ils obtiennent illico un rendez-vous avec Charles Petit, le responsable des archives. Après les présentations et un petit espresso bienvenu, nos trois pros de l’info pénètrent dans une salle poussiéreuse, vaste comme un hangar d’aviation.
— Vous voilà à pied d’œuvre, annonce Charles Petit, je vous conduis jusqu’aux travées des années soixante-dix. Tout a été soigneusement classé depuis plus d’un siècle. Ici, nous sommes devant la période août-septembre 1974, celle qui vous intéresse. Je vous demande juste d’enfiler ces gants, le papier étant devenu très fragile. Si vous n’avez pas de date précise, vous allez devoir tout éplucher. L’archiviste leur tend un post-it : si vous avez besoin de moi, appelez-moi à ce numéro. Bon courage !
Deux heures plus tard, Simon pousse un cri de soulagement :
— Hourra ! J’ai quelque chose, Laura !
Cette dernière rejoint son ami et se penche sur la page du journal qu’il vient d’étaler sur une table de lecture. Parcourant du doigt le titre en caractère gras d’un article, il lit à haute voix : « Des jeunes filles ont rapporté avoir été poursuivies par des hommes, dans la garrigue de Grasse, un témoin se manifeste. Il s’agit de monsieur Claude Lespinasse, un randonneur présent sur les lieux, ce dernier aurait vu des filles courir, entendu des cris et des coups de feu. Il a été entendu par les gendarmes, mais ces derniers n’ont pas donné suite à ses dires, aucune plainte n’ayant été déposée, ni aucune disparition n'ayant été signalée. »
— Nous avons le nom d’un témoin supposé... On a peut-être une chance de mettre la main dessus !
— On va devoir contacter les mairies, les commissariats... ça ne va pas être simple de retrouver un bonhomme après quarante ans ! s’inquiète Simon.
— On a peut-être des chances supplémentaires grâce à Internet et aux réseaux sociaux, espère Laura, on commence par-là ?
Grâce à leur instinct, nos deux limiers retrouvent rapidement le profil Face book de Claude Lespinasse. Par chance, il est toujours de ce monde et vit encore dans la région, à une cinquantaine de kilomètres de Grasse. Avec l’aide des pages blanches de la poste, Simon et Laura disposent désormais de son adresse et de son numéro de téléphone fixe.
— J’appelle et on y va ! Lance Laura remontée à bloc.
On dit que la volonté porte toujours ses fruits, quelques minutes après le coup de téléphone à Claude Lespinasse, les deux reporters prennent possession d’une voiture de location et roulent en direction du village de leur témoin.
— J’espère qu’il a une bonne mémoire.
— Pourvu qu’il n’ait pas le syndrome d’Alzheimer ! Rétorque Laura.
Par chance, Lespinasse a une solide mémoire. Il se souvient clairement de cet été-là :
— En vérité, je n’étais pas un randonneur, comme cela a été rapporté. J’étais sur place, en tant que... Disons en tant qu’enquêteur... privé si vous voulez.
— Vous étiez détective privé ? interroge Simon.
— Pas vraiment, je surveillais ce type qui avait des agissements tout à fait louches. Il sévissait pour le compte d’un prétendant au conseil régional. En fait, je fouinais pour ses opposants au moment où j’ai vu les meurtres. On était en pleine période des « ballets roses », des élites en haut-lieu étaient mouillées jusqu’au cou ...
— Vous n’avez pas voulu témoigner ? S’indigne Laura.
— C’est ça. Je n’ai pas voulu me prendre une balle à mon tour. Les menaces et les intimidations à mon encontre étaient assez explicites !
— Nous cherchons le nom de ce meurtrier, dit Simon, il y a prescription maintenant. Pouvez-vous nous aider ?
— Vous en ferez quoi ? Interroge Lespinasse.
— Nous voulons boucler définitivement ce « Cold case », continue Laura.
— D’accord, mais je vous préviens, il y a des risques... C’est un politique qui gravite encore dans les plus hautes sphères de l’état. Vous voulez son nom ? Je vais vous le donner. Ensuite, oubliez-moi... Définitivement !

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