La Dame du Lac

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Note de l'auteure : ce texte mélange les créatures polonaises rusalka et topielica, mais il ne fait que s'inspirer pour réécrire.

Hanna regardait les étoiles qui se reflétaient dans le lac, les pieds dans l’eau. Leur image se déformait et ondulait sur la surface agitée comme de l’argent fondu.

Celui lui rappela son père, forgeron de talent, lorsqu’il avait fabriqué la bague. « Pour toi, Hanna, pas l’or des princesses de la cour, mais l’argent particulier des fées des bois ». Les souvenirs se bousculèrent dans son esprit : l’anneau à son doigt, le visage froid de son fiancé, la maison glacée, sans aucune lampe. Le lit tâché de leur mariage tout juste consommé, mais aussi de la première entaille que son mari lui avait infligée, superficielle mais symbolique.

Elle savait que Lescek vivait à l’écart du village pour une raison, elle savait qu’il changeait de femme presque chaque année car elles se donnaient la mort les unes après les autres, mais il était le seul prêt à l’acheter et son père l’avait vendue. Avec un visage si repoussant, la jeune femme n’aurait sûrement pas d’autre chance. Il avait dit l’aimer jusqu’au moment de la conduire à l’hôtel, mais au final, il ne l’avait pas protégée de son monstre de mari.

Maintenant, six mois plus tard à peine, le corps d’Hanna était couvert de croûtes et de cicatrices, marqué par les abus. Sa peau, autrefrois douce et lisse, se trouvait désormais charcutée, détruite. Lescek la blessait chaque soir ou presque, mais elle ne comprenait jamais si c’était pour son propre plaisir, ou simplement pour la punir d’être si laide.

Elle ne pouvait plus le supporter.

Alors cette nuit-là, elle avait attendu qu’il se soit endormi, puis s’était glissée hors de leur manoir et avait couru jusqu’au lac. Plié ses vêtements et posé son anneau en argent par-dessus.

Elle avait choisi de mourir comme elle l’entendait plutôt que de la main de son époux.

Nue, frissonnante dans la fraîcheur nocturne, elle contempla le paysage qui s’offrait à elle, pour graver cette image et l’emporter avec elle dans l’au-delà. Mais il était temps. Elle prit une grande inspiration, et se prépara à se laisser glisser dans le lac, quand, soudain, une voix l’interpella :

— Hanna.

Une main agrippa sa cheville sous la surface et elle aperçu les deux yeux vert brillant qui l’observaient dans le noir. Ils appartenaient à un visage pâle, aux traits féminins, encadré de cheveux roux falmboyants, quoique un peu en bataille.

— Ne fais pas ça, continua la créature.

Hanna chercha à se dégager, mais la poigne sur sa jambe était trop forte.

— Ne te tue pas pour lui. Il ne le mérite pas.

— Co… comment connaissez-vous mon nom ? articula-t-elle.

— Ça n’a pas d’importance.

— Mais…

— Tais-toi et laisse-moi parler. Ce que je vais te proposer sera ton unique chance de lui échapper autrement que dans la mort.

La jeune femme déglutit et obéit à la créature.

— Je suis la Dame du Lac, et depuis la nuit des temps, j’exauce les vœux des jeunes mariées. Si tu me donnes une goutte de ton sang, je te changerai en poisson et tu pourras nager jusqu’à la mer, loin d’ici. Tu seras enfin libre, sans aucun homme pour te vendre, t’acheter, ou te dire quoi faire.

Hanna réfléchit. Elle avait appris à ne jamais faire confiance aux esprits de la forêt, et encore moins à ceux des eaux. Ce marché trop beau pour être vrai pourrait se révéler pire que son destin actuel.

Elle hésita trop longtemps au goût de son interlocutrice. Elle hurla, mais elle se trouvait si loin du manoir, si profond au coeur des bois que personne ne l’entendit.

Seule la lune pu assister au spectacle de la Dame sortant du lac, enserrant la gorge de Hanna de ses doigts palmés, plantant ses crocs acérées dans son cou pour aspirer son sang et petit à petit, lentement d’abord, puis plus vite à mesure que la vie quittait le corps de la jeune fille, se défaire de sa forme de poisson. Les écailles sur ses jambes, ses bras et son dos tombèrent au sol. Ses poumons se gonflèrent d’air tandis qu’elle respirait à nouveau, pour la première fois depuis si longtemps.

La créature ramassa les vêtements de Hanna sur la berge et les enfila sur son corps maigre, passa négligemment les doigts dans ses cheveux pour y remettre un peu d’ordre. Sa silhouette, humaine et délicate, s’éloigna de l’eau dans la direction du manoir, frêle et fragile, presque chancelante.

Mais ses yeux, eux, ressemblaient à des poignards aigusés par la haine et la vengeance.

La Dame du Lac ne se souvenait pas de grand-chose de sa vie d’humaine, mis à part le nom et le visage de Lescek. Elle se remémora une époque qui lui semblait fort lointaine, un temps où on l’appelait Silwia, où elle rêvait de devenir tisserande, où elle ne vivait pas au fond d’eaux sombres dans la solitude la plus profonde sous forme de poisson.

Après que Lescek l’ait répudiée, Silwia s’était rendue au bord du lac et avait pleuré toutes les larmes de son corps. Son ancien mari, entendant ses sanglots alors qu’il chassait dans les bois, l’avait alors poussée puis noyée, ingorant qu’il venait de changer sa femme en monstre vengeur. Désormais, dès qu’une jeune mariée cherchait à se donner la mort dans l’étang, Silwia la dévorait, car leur sang lui permettait de recouvrer petit à petit son humanité. Bientôt, elle retrouva son visage délicat et ses cheveux roux brillants, malgré les écailles bleu sarcelle qui continuaient de luire sur ses membres, son dos et ses flancs. Mais s’abreuver de Hanna lui avait rendu son ancienne forme, et à mesure qu’elle avançait dans la forêt, les souvenirs lui revinrent.

Lescek la tailladant, Lescek la laissant mourir de faim, Lescek l’abandonnant dès que son corps ne pouvait plus supporter tous ces coups de poignard. La tuant finalement, sans aucune compassion pour une pauvre jeune femme qui n’encassait plus toutes ces violences.

Cela ne fit qu’attiser sa haine.

Elle marcha plus vite, courant presque sur le sentier qui menait jusqu’au manoir.

Elle trouva Lescek dans la bibliothèque, assis au coin du feu, lisant tranquillement un roman à la couverture reliée. Rageant : il ne méritait pas ce luxe, cette oisiveté.

La Dame du Lac se glissa sans bruit derrière lui, enroulant ses doigts autour de sa gorge, comme elle l’avait fait avec Hanna plutôt. Il tourna la tête vers elle en tentant vainement de se dégager, la fixant de ses yeux vides et exorbités.

— Je suis sûre que tu ne te souviens même pas de mon nom, murmura-t-elle. Pour toi, je n’étais qu’une épouse de plus, un être faible et incapable.

Elle le regarda suffoquer et se tortiller comme un poisson hors de l’eau, et alors qu’elle lui volait son dernier souffle, ses lèvres semblèrent articuler Silwia.

Elle ne s’en émeut pas. Il y avait encore tant de femmes à venger, tant de monstres à punir. Ils devaient payer pour ça. Elle se dirigea vers l’extérieur.

La Dame du Lac avait quitté son étang, le coeur empli de haine et le corps encore gravé de cicatrices.


Note de l'auteure : je n'aime pas trop ce texte, je le trouve trop tiré par les cheveux et sans réel sens... alors si vous avez des conseils pour l'améliorer, n'hésitez pas :)

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