Chapitre 8

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Par Attrape-rêve: https://www.atelierdesauteurs.com/author/1636430184/attrape-reve

*

Assis à son piano Grégory jouait pour se détendre, depuis sa plus tendre enfance, il avait trouvé cette façon de s’échapper de cette vie de petit prince dans un château bien trop grand. Ses doigts courraient sur le clavier pour avant tout fuir la réalité de cette dernière heure. Il venait tout juste de fêter ses vingt-deux ans et pourtant il n’avait jamais vraiment vécu cette adolescence que tous ses potes appréciaient tant.

Depuis plus de dix ans son père prenait un malin plaisir à lui pourrir la vie, s'en rendait-il vraiment compte ? Avait-il au moins conscience qu’il n’était pas qu’une œuvre d’art qu’il pouvait laisser posée dans un coin, sans la voir ? Il avait bien prévu de lui filer les rennes de cette méga entreprise que Grégory avait finalement appris à haïr.

Ce soir, il n’en pouvait plus. Aussi, assis devant le piano, il cherchait à noyer son chagrin. Pas besoin d’alcool ou de drogues, son père s’en chargeait pour lui. Finalement lequel des deux était l’adulte ? Il se le demandait encore plus à cet instant. Et que dire de cette mère bien trop futile pour se souvenir qu’un enfant n’est pas un sac à main de grande marque que l’on exhibe au cours de ses soirées mondaines ?

Grégory avait tout fait pour les satisfaire, il n’avait rien du fils de riche pourri gâté qu’ils s’acharnaient à construire. Il rêvait d’une autre vie où on l’aimerait tout simplement pour ce qu’il était. Il avait suivi les études qu’on lui avait conseillées, il avait réussi avec succès tous ses examens avec des mentions et félicitations du jury. Et pourtant maintenant, il semblait être une coquille vide et seule la musique comblait cette absence.

Encore un soir, seul dans ce manoir familial, sa mère s’était soi-disant éclipsée pour une soirée entre filles comme elle aimait à appeler ses coucheries. Grégory était loin d’être naïf et avait conscience que son père n’était plus qu’un souvenir dans les draps conjugaux. Après tout il ne pouvait pas lui en vouloir, il n’était pas l’agneau blanc que l’on pouvait voir derrière son bureau. Lui aussi avait une vie nocturne des plus animées. À ce jour finalement le plus raisonnable, c’était bien lui. Il avait appris à se débrouiller par lui-même et ne surtout pas attendre leur aide. Il n’en n’avait jamais eu besoin et encore moins maintenant.

Il était assis, les doigts glissaient avec délicatesse sur les touches et son regard au loin scrutait les lumières de la ville. Puis une fois que les larmes furent sèches, il se leva et alla se coucher, il mit son portable en silencieux, il éteignit la lumière et s’endormit. Il était à peine minuit.

*

Les rayons du soleil vinrent se poser sur ses joues apportant la douceur maternelle qui lui manquait. Il ouvrit ses paupières tout en essayant d’attraper son portable et réalisa qu’il était 8h00. Il se dirigea vers la cuisine et comme il s’y attendait plus ou moins personne n’avait pris la peine de rentrer. Il se fit couler un café, attrapa le pain et le beurre pour se faire des tartines grillées. Pour se sentir moins seul, il alluma son ordinateur pour bien-sûr découvrir les news de cette nouvelle journée. L’écran fit apparaitre une notification qui le secoua, il en échappa la tartine qui s’écrasa au sol accompagnée de la tasse. « Putain papa, dans quel merdier tu nous as encore embarqués ! »

Il saisit son portable, manquant de finir le nez dans la tartine sur laquelle il venait de glisser, se rattrapant tant bien que mal à l'îlot. Et ce fut assis au sol, qu’il essayait de joindre son père qui comme si souvent semblait une fois de plus l’ignorer. « Décidément tu ne me feras aucune fleur. Tu pourrais au moins me répondre. Ma claque de toi et de ta satanée entreprise. Ras le bol des emmerdes » laissa-t-il sur le répondeur. Il envoya un message à Nicolas : « tiens prépare-toi voilà ce qui vient de tomber et si tu vois mon père dis lui que j’arrive mais c’est la dernière fois que je vous sauve la mise ».

Il attrapa son blouson, dévala les escaliers pour se défouler, il avait horreur de l’ascenseur. Grégory ne le prenait plus depuis que son père l’avait bloqué pour ses dix ans pour lui donner une leçon. Il attrapa au vol le bus qui passait et fila en direction de la maison mère. « Étrange nom » en y repensant. Quand il arriva à hauteur du bâtiment, il vit les voitures de police garées. « Et voilà c’est déjà trop tard !» songea-t-il. Alors qu’il pénétrait dans l’enceinte, il percuta la femme qui en sortait avec une glacière.

  • Toutes mes excuses, j’étais distrait.
  • Pas de soucis, rien de mal, lui glissa Liliane Bosc.

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