Eustache inquiet
— Mon koala… je vous trouve bien distant.
— Il ne tiendrait qu’à votre moustache de paraître davantage. À vous les activités nocturnes, à moi le taciturne.
— M’en tenez-vous toujours grief ?
— Ce n’est pas que je vous fasse reproche des actes eux-mêmes. Mais enfin… vous tardez, vous vous attardez, et remuez votre moustache avec arrogance sitôt après.
— C’est que, mon koala, je sens l’éloignement croître.
— Vous vous faites des idées, mon bien-aimé.
— Vous changez de ton et de registre pour me rassurer.
— Non, Eustache… non. Je vous aime. À la folie. Plus que de raison. Satisfait ? Est-ce là ce que vous souhaitiez entendre ?
— Oui… et pourtant non… et cependant si. Je veux dire… bien sûr, mon koala. Je suis troublé que vous le prononciez désormais sans rougir. Longtemps, j’ai cru que ce refus s’assimilait à quelque vengeance ou remontrance.
— Eustache… j’enrage de vous entendre dire cela. S’il est vrai que l’expression des mots les plus simples ne m’est pas aisée, je puis vous assurer que la sincérité de mes sentiments demeure entière. Toutefois… je m’étonne.
— Pourquoi donc, mon cher et tendre ?
— N’est-ce pas l’évidence même ?
— Je dois vous avouer ne point vous suivre.
— Là repose le malentendu, je le crains. Eustache… j’enrage, oui. Souvent. Je tempête, j’explose, je vous reproche votre conduite adolescente en matière d’affaires étrangères… mais, Eustache, ne compreniez-vous donc point, tout ce temps, que tout cela n’était que l’expression d’une passion brûlante ? D’un amour que je pensais absent de ma destinée… à tout jamais.
— Mon koala… je me trouve bien benêt. J’ai méjugé vos intentions. Pire : j’ai piétiné vos sentiments. Je vous aime… mais je crains de ne vous avoir jamais compris tout à fait.
Je demeurai un instant silencieux.
— Voilà qui, du moins, a le mérite de l’honnêteté.
Eustache esquissa un sourire incertain.
— En ce cas, mon tendre ami… tout est bien qui finit bien ?
Je le fixai.
— Non.
Il cilla.
— Non ?
— Non. Mais tout est… enfin dit.
Puis, après un soupir :
— Et cela me suffit, pour aujourd’hui.
Eustache s’approcha légèrement.
— Puis-je, du moins, espérer demain ?
Je détournai les yeux.
— Ne soyez point si pressé de vivre éternellement, Monsieur.
Un temps.
— Commençons par ne pas nous perdre… ce soir. Et de grâce, éloignez votre moustache !

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