Chapitre 10 : Katamo - Malaka

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Je m'excuse pour tout ce retard, la vie ne m'a pas fait de cadeau. Mais voilà le chapitre suivant.

Dès que le sortilège nous liant à nos sièges disparut, je me jetais sur le corps de Riham, tremblant et inquiet. Mais il s'assit difficilement face à nous.

Grâce au ciel, il est en vie ! Comment ?

Je fus immédiatement frappé par la cicatrice sur son torse, bien qu'il s'efforçât de la cacher avec les restes de sa tenue. Soline le fit presque tomber en sautant sur lui.

  • Ce n'est rien, faites moi confiance...
  • J'ai eu si peur pour toi ! pleura-t-elle. Merci du fond du cœur.

Elle tremblait, mais cela ne me surpris pas. Iram semblait vouloir vomir. Ils n'ont probablement jamais vu la couleur du sang dans un combat. Ils n'ont probablement jamais vraiment combattu. Mais le fait qu'il voulait qu'on lui fasse confiance alors qu'il venait de se sacrifier pour nous...

  • Confiance ?! Riham, tu viens de te faire exploser chaque partie du corps pas un démon ! Tu perdais ton sang ET tes organes ! Ne dis pas que ce n'est rien !
  • Katamo...

Si seulement je pouvais rester énervé à lui...

Soline me laissa la place et je le serrais contre moi, tremblant. N'étais-je donc pas pathétique... Si vieux déjà et pourtant en train de pleurer...

  • Ne t'en fais pas, je ne comptais pas mourir...
  • Tu étais bien partie pour, idiot... Je ne peux pas... Pas mon élève, mon meilleur ami...
  • Je ne suis pas Laeticia. Je ne te laisserais pas, je ne t'abandonnerais jamais.
  • J'espère bien.

Soren se ramena avec des vêtements de rechange et la côte de maille de Riham.

  • Tu en auras besoin pour te protéger le temps que tu guérisses.

Une décision sage de la part de l'elfe. Mais Riham secoua vivement la tête.

  • Je vais bien, ne t'inquiètes pas.

C'est seulement à ce moment là que je remarquais enfin ce que j'avais sous les yeux : du torse aux bas-ventre, où le sang et les boyaux se vidaient il y a quelques minutes... rien d'autre que sa peau brillante de sueur.

  • Riham... Comment ? Par quel miracle ? Oméranum... Comment ?
  • Je... Je ne sais pas bien.

Il se dépêcha d'enfiler sa nouvelle tunique et se redressa, donnant une réponse hâtive :

  • Probablement sa mort qui a effacé mes blessures.

Je n'étais pas convaincu mais nous devions avancer au plus vite pour éviter de tomber sur d'autres monstres. Nous retrouvâmes nos montures et jamais je n'avais demandé à une bête de galoper aussi vite que je le fis maintenant. Riham me suivait de près, l'air pâle et il se massait les tempes de temps à autre, ce qui ne fit que renforcer mes soupçons. Mais ceux-ci tournèrent en soulagement quand nous sortîmes enfin de cette forêt sans encombre.

Le soleil commençait déjà à se coucher, ce qui ne faisait aucun sens vu à laquelle nous avions quitté le château. Comment le temps s'était-il écoulé dans cette bulle avec ce monstre.

Si nous avons failli périr face à un, comment ferons-nous face aux Malaka...

Je butais contre Gorim et m'excusais. Il s'était arrêté devant l'étonnante bâtisse où résidait Caligostro.

  • Impressionnant, n'est-ce pas ? soufflais-je.

C'était le mot, en effet. Un petit manoir rongé par le temps et les mauvaises herbes, grimpants le long de ses façades. C'est un labyrinthe tortueux de feuilles et d'épines, le toit percé était rafistolé avec des planches clouées à la va-vite. Tout semblait sur le point de rendre l'âme. Soline hocha la tête vigoureusement :

  • Non, ce machin à l'air plus vieux qu'Oméranum en personne. Je suis courageuse, mais pas à ce point là !

Avant que quiconque puisse parler, Andromé lui saisit la main. Un instant passa et elle gémit de désespoir.

  • On y va, alors... Mais je refuse de mourir dans ce trou à rats.
  • Il va falloir être discret. Si ces Majestés ont dit vrai, les Malaka le retiennent prisonniers. Nous nous devons pas les laisser se préparer à notre attaque. Riham...
  • Je me sens bien, Katamo. Juste épuisé.
  • Donc pas bien... Je pense que tout le monde l'est. Je vous propose que l'on se repose quelques heures et nous attaquerons dans la nuit, êtes vous d'accord ?

Tous étaient fatigués, moi compris. Donc nous retournâmes à la lisière de la forêt, pour éviter les monstres et d'éventuelles patrouilles. Juste quelques heures pour poser nos yeux... Juste...

Je m'éveillais à l'aube.

Malheur !

Tout le monde dormait encore. C'était un miracle que nous n'avions pas été découvert. Je me dépêchais de secouer tout le petit groupe. Riham ouvrit les yeux avant même que je ne le touche. Ses yeux étaient cernés, mais moins fatigués que la veille.

  • Riham, tu n'es pas en état.
  • Bien sûr que si. Allons-y.

Je voulais le retenir, le disputer comme quand il était mon élève... Mais son insistance et son regard plein de courage me fit abandonner cette idée. Soline et Gorim s'étiraient dans la lumière du jour naissant, Soren coiffait ses cheveux et Iram préparait une sorte d'encre dans un petit pot. Andromé polissait son épée. Plus le choix que d'avancer.

Mon épée, mon bâton, ma fiole. J'ai tout.

  • Bien, tout le monde. Nous devons repérer là où ils ne nous verront pas arriver, et prévoir combien ils pourraient être, et où se situe Caligostro.
  • Et on fera ça comment, demanda Andromé.
  • Avec délicatesse et-

Soline, apparemment ennuyée de nos discussion, et toujours aussi naïvement confidente en ses aptitudes, venait de défoncer la porte d'entrée. Elle avait échappé à mon attention, et voilà que tout tombait à l'eau.

Mon Oméranum... Nous sommes perdus...

Mais, n'ayant plus le choix, nous courûmes la rejoindre dans le hall de la maison. Des combats semblaient s'y être déroulé, des griffes, déchirures, des briques en éclats... De beaux portraits trainaient dans la poussière, égorgés. Mais pas de trace de Malaka, étrange.

  • Mh, peut-être sont-ils partis, ou bien...

Je le sentais. Un pas sur la gauche me permit d'esquiver la flèche qui venait de presque m'éborgné.

  • Ah ! Katamo, ça va ?
  • Soline, restes sur tes gardes. Iram, à ta gauche.

Le jeune homme se déplaça rapidement, ce qui ne manqua pas de me surprire, et évita un coup d'épée. Une odeur de pourriture envahissait la pièce, et nous toussâmes. Je fus le premier à voir les Malaka qui tentaient de nous attaquer.

  • Qu'est-ce que...

Mes pupilles s'écarquillèrent de dégoût. Ce n'était rien de ce que je connaissais : des amas de chairs et d'os, pas forcément placés correctement, avec des yeux exorbités et des lignes jaune parcourant leurs corps noirâtres. L'imperfection fait partie de notre monde mais celle-là... C'était plus que de la laideur. Je reconnaissais presque le résultat, comme si quelqu'un avait voulu ramener plusieurs personnes à la vie dans un seul être.

  • Quelle immondice...

Je ne pus m'attrister car elles attaquèrent, épées, haches et poings en avant. Cachant mon œil noir, je regardais le bâtiment autour de moi de mon iris blanche.

  • Il y en a au moins vingt...
  • Donc deux par personne... calcula Soren.

Tous avaient sorti leurs armes. Sauf Iram, à l'écart, qui dessinait à toute vitesse. Les monstres se jetèrent sur nous et je ne pouvais pas me concentrer sur mes amis, juste sur mes propres attaques.

  • Boule d'Elio, Feu Divin !

La pointe de mon canon devint lance-flamme, brulant les ennemis. Mais ils se relevèrent plus en colère encore. Après un bref aperçu des combats que menaient mes amis, je vis que rien ne semblait les tuer. Nous avions beau les poignarder, les découper, la chair immonde qui les composait ne cessait de se regrouper à nouveau.

Même Soline ne trouvait pas d'arme efficace contre eux. Ils n'étaient pas puissants juste impossible à abattre. J'esquivais en permanence les lourds coups de massue que le Malaka essayait de me porter, ne pouvant attaquer. Je n'avais plus beaucoup de sorts d'attaques en stock, ils nous fallaient battre en retraite, aucun d'entre nous ne pourraient s'en sortir maintenant.

  • Tir d'Eldura, déesse de l'Eau !

Le jet qui fut projeté du doigt de Soline traversa la poitrine d'un Malaka. La chair sembla fondre et laissa apercevoir une sorte de pierre occulte à la place du cœur du monstre. Un regard entendu avec mes camarades me permit de savoir qu'ils l'avaient également remarqué.

  • Nous allons partir à l'étage. Quand je le dis... on court vers l'escalier... Maintenant.

Nous courûmes en zigzag pour déstabiliser l'opposition, et après une courte mais haletante course, nous nous réfugiâmes dans la salle de bain de l'étage.

  • Nous avons peu de temps, mais nous l'avons tous vu. Au moins l'un d'entre eux possède une pierre oculte, donc un centre artificiel.
  • Mais nous ne pouvons le détruire, fis remarquer Gorim.
  • C'est réputé pour sa solidité, concédais-je. Mais rien ne nous empêche de leur retirer cette pierre...
  • Katamo, c'est de la folie ! Personne ne peut s'approcher de ce monstre ! s'exclama Soren en secouant la tête. C'est peine perdue !
  • Tss, tu veux pas te salir les mains, c'est tout... marmonna Soline.
  • Soline, pas maintenant, rétorqua son frère.
  • Arrêtez, tous. Je le ferais.

Mon ton était final, ma décision prise. Avant que quiconque puisse répliquer, j'ajoutais :

  • De toute façon, je ne vous laisse pas le choix. Soline, quand ils nous attaqueront, je veux que tu perces la poitrine de l'un d'entre eux. Tu auras cinq secondes pour agir, par monstre. Je veux que tu tires en continue, compris. Ta maîtrise est instable, c'est pour ça qu'elle est puissante.
  • Katamo, ils sont dix huit ! Je vais perdre le contrôle avant !
  • Tant pis, essayes !

Elle hésita, mais finit par acquiescer.

  • Bien, c'est parti.

Ouvrant la porte, nous nous jetâmes sur l'ennemi. À peine Soline eut-elle ouvert la cage thoracique d'un adversaire, je me téléportais au plus proche de lui.

  • Yvorius, Dieu des Vents. Lance Divine.

Puisque difficilement brisable, la pierre ne pouvait être détruite par nos pouvoirs, je me servis de la lance pour la projeter hors du corps du Malaka. Elle avait besoin d'un corps pour être dangereuse. Iram la récupéra rapidement avec son gant de peinture tandis que Soline continuait à attaquer, et moi à faire valser les pierres. La sueur coulait le long de sa tempe. C'était un combat contre elle-même et elle n'était pas en âge.

Plus que dix...

Mais Soline fatiguait et elle rata une attaque, puis deux. Elle s'écroula au sol, incapable d'attaquer. Je n'avais plus le choix. Je courus vers elle mais un Malaka fit s'écrouler sa massue sur mon dos, me projetant au sol, loin de mes amis. Ils pouvaient se battre, cela devrait aller. Mais voyant l'état de fatigue de Soline, je pris ma décision.

  • Eldura, Leviathan.

Un gigantesque serpent d'eau apparut, desséchant les corps des monstres. Raides, secs et vidés de leur eau, je pus aisément traverser leurs poitrines et en retirer les pierres. Les uns après les autres, ils s'écroulèrent en un tas de poussières.

Je m'affalais contre le mur, la tête me tirant et mon énergie magique vidée. Un grand silence s'installa dans la pièce alors que nous avions tous la même réalisation : s'il était si dur d'en battre une poignée, comment allions nous vaincre les bataillons que nous pourrions rencontrer durant notre quête ?

Certains de mes camarades avaient la tête entre leur mains, Andromé priait et même moi je me demandais si nous avions vraiment une chance, prophétie ou non. Mais Riham fut le premier à se lever.

  • Katamo, pourquoi ne pas avoir utiliser le serpent d'eau dès le début ?
  • ... Cela m'aurait vidé de mon énergie, ce qui le cas au final...
  • Nous n'avons aucune chance... C'est trop dur...
  • Iram...
  • Non, Soline, j'ai été fou de nous avoir embarqué ici. Nous avons failli mourir trois fois alors que notre voyage a commencé il y a quelques jours à peine ! Nous sommes perdus !

Personne n'osait le contredire. Sauf Riham qui prit encore la parole :

  • Non, j'interdis un tel pessimisme ! Oui, nous allons rencontrer des monstres, des ennemis plus forts que nous. Mais nous ne pouvons pas abandonner quand le sort du monde dépend de nous. Je ne laisserais pas le monde mourir juste parce que nous ne sommes pas suffisants ! Je veux essayer, je préfère mourir en essayant que de rester les bras croisés !
  • Nous mourrons dans tous les cas...
  • Alors je mourrais avec honneur, Soren ! Avec honneur et détermination ! Maintenant, retrouvons Caligostro, et finissons-en avec cette mission !

Il nous força sur nos pieds et, prudemment, nous reprîmes notre marche dans le château, notre moral bas, mais plus au fond du gouffre.

Tu es un grand homme, Riham... Je te l'assure.

Je n'en dis rien, mais la pensée ne me quitta pas. Enfin, nous atteignîmes le grenier du manoir, sans encombre. J'ouvris la porte, et vit un diamant plus grand que la chaise sur laquelle le petit homme âgé se tenait, s'affairant à le tailler. Je le reconnu !

  • Caligostro...

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