Epilogue ou pas

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Après la traduction de ce livre, je suis restée un peu sur ma faim. Pourquoi ce manuscrit m'est-il parvenu, de quand date-t-il, qu'en faire?

J'ai voulu retrouver les traces de ce peuple et je suis montée sur le Mont Chauve, la plus haute montagne du coin, je suis certaine que c'est celle de Mahani.

Au sommet, je me suis couchée dans l'herbe, sous un chêne, sans doute plusieurs fois centenaire, en me demandant si un jour, Elias, Mahani était passé par ici. S'était-il couché au même endroit?

Un milan royal a tournicoté au dessus de ma tête, cela m'a encore fait penser à cette histoire. L'oiseau s'est posé sur la branche la plus basse et m'a fixée longuement. J'avais la furieuse impression qu'il me parlait. En me moquant gentiment de moi-même, je me suis dit, :

- Ça y est, me voilà prête à être Mahani ...

Il s'est envolé, je l'ai suivi. J'ai couru pour ne pas le perdre mais il m'attendait à chaque fois qu'un arbre lui proposait une branche. Pour finir, il s'est immobilisé au sommet d'un rocher en pain de sucre. La roche était lisse, blanche presque bleue. Je n'avais jamais vu un caillou aussi étrange, on aurait dit une dent géante...

Je l'ai touché, caressé, il était chaud. En une fois, je me suis souvenue d'un souvenir très ancien, peut-être même mon premier souvenir... un truc idiot, ma soeur m'avait fait un sale coup, elle devait avoir cinq ans et moi quatre.

Mais je m'égare, j'étais contre ce rocher et j'étais bien. Le milan a poussé un cri assez rauque puis s'est envolé définitivement.

Je suis restée seule face à ce pain de sucre, j'ai tourné autour. J'ai trébuché dans un trou et je me suis retrouvé à plat ventre, je me suis mise à rire d'être tombée. Rire pour rien, comme si j'avais fait le plein d'une trop grande énergie.

C'est là que je les ai vus.

Sans même les connaître, je les ai reconnus, Mahani avec ses deux bracelets et son sourire légèrement taquin, Manon, la tête un peu penchée qui m'a tendu la main pour me relever. Puis Garance s'est approchée, nous étions du même bois, je l'ai tout de suite compris. Elle m'a montré le rocher en me parlant cette langue étrange que je ne connaissais que pour l'avoir traduite mais dont les sons une fois prononcés m'étaient complétement étrangers. Garance m'a désigné un endroit précis entre deux pierres, non loin de la roche blanche. Elle me sommait de me mettre d'un côté des pierres et non de l'autre... puis de frapper sur le sol au delà des cailloux.

Puis plus rien, j'ai cru avoir rêver. J'étais toujours à plat ventre près de la roche. M'étais-je évanouie?J'en doute... 

Je me suis relevée, j'ai suivi les indications de Garance. J'ai tambouriné le sol et en une fois, dans un grand bruit sourd, celui-ci s'est ouvert. Il cachait une grotte dont j'étais au sommet.

Mon coeur battait la chamade, à la fois à cause du choc de cet effondrement devant les yeux et à la fois parce que je savais que j'étais sur la piste de mes amis. Je pense être restée une bonne heure devant ce trou en me demandant comment entrer dedans. J'ai eu beau tourner cela dans tous les sens, il me fallait de l'aide.

Alors, je t'ai appelé. Tu étais à l'autre bout du pays et tu m'as pris pour une folle. Je t'ai envoyé des photos et le manuscrit. Tu l'as lu et tu es venu.

Nous avons pris une échelle, nous sommes descendus dans cette petite pièce. Elle était ronde, polie à la main. Un couloir menait à une plus grande chambre au centre de laquelle une stèle pyramidale trônait ou nous attendait. Celle-ci était gravée de cette magnifique écriture que j'étais la seule à pouvoir lire.

  • Qu'est-ce qui est écrit ? m'as-tu demandé.

J'ai déchiffré la face qui était devant moi :

  • Tu as été notre guide, notre lien entre le nouveau monde et l'ancien. Le mahani de tous, celui à la charnière de l'humanité.

J'ai tourné autour de la stèle et ai continué à lire:

  • Salween - Gaoligong - Begawan - Manon - Garance
  • Tiens, même Garance ! t'es-tu étonné .
  • Oui, il y a aussi Félix, Zoé, les autres, je ne les reconnais pas.
  • C'est une tombe. Et sur cette troisième face ? m'as-tu dit relativement excité.
  • Passant, toi aussi, tu es à la charnière de toute l'humanité. Souviens-t-en.

Nous sommes restés sans rien dire. C'était tellement vrai.

En une fois, je me suis mise à pleurer . Ai-je parce que j'avais perdu mes amis ? Que c'était-il passé? Pourquoi étaient-ils tous morts? Tu m'as doucement consolée, peut-être avaient-ils un âge canonique à leur décès. Nous ne savons pas quand cela s'est-il passé.

J'ai souri entre mes larmes, c'était un trop plein d'émotion. Mon oeil a été attiré par une petite niche dans le fond de la pièce. Une boite dans une matière que je ne connais pas y était déposée. Elle était translucide, rigide avec quand même une certaine souplesse. J'ai mis un certain temps à comprendre comment l'ouvrir. Tu m'as regardée faire sans oser m'interrompre, alors qu'en bon archéologue, tu devais ronger ton frein. Il y avait deux carnets écrits, tous les deux d'une autre écriture que celle de Mahanai, plus mure, plus régulière, c'était celle de Garance. Toi, tu regardais la matière de la boite avec intérêt.

  • Je la prends m'a--tu dit. Je te laisse les carnets. Tu me donneras la traduction?
  • Bien sûr!

J'étais déjà toute excitée à l'idée d'ouvrir les pages et de connaître la suite de l'histoire.

Les carnets de Garance racontent le destin de ce peuple, tellement étrange et prévisible à la fois. Un destin qui est peut-être lié au nôtre ou qui sera le nôtre...

Je vous la dévoilerai volontiers si cela vous intéresse.

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