SOUVENIRS D'UN GARDE : LES TESTS PHYSIQUES

4 minutes de lecture

Milieu des années 80... Soldat depuis quatre mois dans le cadre du service militaire, je viens d'être affecté au piquet de sécurité de la caserne en plus de mes fonctions de secrétaire. Le piquet, c'est le deuxième échelon de la garde. Si l'on fait une comparaison avec la défense d'un château fort au Moyen-Age, le piquet serait le groupe de soldats assis dans la salle des gardes, prêts à bondir si une sentinelle sur le chemin de ronde ou à la porte donne l'alerte. Je suis donc un garde, même si l'appellation règlementaire est "homme de piquet ". Rien d'étonnant à cela. Outre le besoin de l'unité, mon score moyen aux tests psychotechniques me place naturellement dans le " vivier garde" de la caserne, les scores moyens ou légèrement en dessous de la moyenne étant visiblement ciblés par l'encadrement qui veut pour la garde des soldats qui obéissent sans discuter, autrement dit des exécutants fiables et dociles.

En ce samedi matin, un gradé entre dans la salle des gardes pour nous annoncer que nous, les hommes de piquet - "gardes" dans le langage courant de la caserne - nous allons tous, au cours de la matinée, passer une série de tests physiques sur le petit stade situé au centre de la caserne. Le 100 m permettra de tester la vitesse, le saut en hauteur l'explosivité, et le 1000 m l'endurance. C'est ainsi qu'un premier groupe de dix gardes dont je fais partie doit rapidement troquer le treillis contre la tenue de sport règlementaire - short blanc court, T-shirt bleu clair, chaussettes blanches et chaussures de sport - tandis le reste de l'effectif va demeurer au corps de garde en attendant son tour.

Une fois prêts, sous les ordres du gradé, nous gagnons au pas de course le petit stade où nous sommes accueillis par une gradée qui donne immédiatement le ton :

— Les gardes ! Alignez-vous face à moi. Ce matin, tests physiques. Je veux du silence et de la discipline.

Nous nous mettons en ligne et nous tenons immobiles, épaules droites, regard fixe, mains derrière le dos, sans relâchement. Le plus grand d'entre nous doit faire 1m 80 et le plus petit 1m70. Nous sommes tous plus grands que la gradée qui comme nous est en short et T-shirt, mais porte un sifflet autour du cou, signe de son autorité en plus des galons. Elle fait l'appel ( Dupont, Martin, Dupouy... ) puis lance :

— Échauffement !

L'échauffement terminé, elle annonce la première épreuve - le 100 m - tandis que son collègue va se placer à l'arrivée, chronomètre à la main. C'est donc elle qui va donner le départ avec son sifflet. Nous allons courir l'un après l'autre sur une piste en cendrée, et je me souviens à cet instant avoir fait 12"5 à 17 ans mais c'était sur du bitume. La gradée nous interpelle sèchement :

— Les gardes ! Préparez-vous !

Dans la foulée, elle annonce :

— Dupont ! En position !

— Prêt ?

Coup de sifflet, et c'est parti pour Dupont... En le regardant courir, je me dis que je vais faire un meilleur temps que lui, c'est certain.

— Le suivant se prépare... lance la gradée.

C'est donc au tour de Martin...puis de Dupouy... Mon tour arrive enfin. Je suis le quatrième garde à être appelé.

— ... En position !

Je me penche vers l'avant.

— Prêt ?

Le coup de sifflet retentit et je fonce pour tenter d'approcher mon record sur une piste moins rapide qu'une surface bitumée. Je passe la ligne d'arrivée et me dirige vers le chronométreur qui me fixe et me lance laconiquement :

— Treize sept...

Je suis déçu. Je pensais faire treize mais pas presque quatorze ! Maigre consolation , la plupart des gardes qui vont me succéder ne feront pas mieux. Ils seront même bien au - delà de quatorze.

— Les gardes ! Deuxième épreuve : le saut en hauteur... lance la gradée.

Comme les autres gardes, je fixe le sautoir qui est plus que rudimentaire : deux poteaux, un fil, pas de tapis de réception, juste un peu de sable. Dans ces conditions, il est inutile que je me focalise sur mon record, à savoir 1m 45. Nous allons tous devoir sauter en ciseaux et les performances seront des plus modestes. Ainsi 1m25 devient la hauteur d'écrémage. A 1m 30, nous ne sommes plus que trois gardes à franchir la barre ou plutôt le fil. 1m35... j'échoue par trois fois. Le dernier garde en piste passera 1m 40 et n'ira pas plus haut.

Reste une épreuve, le 1000 m. C'est mon point faible. Pour le 1000 m, nous allons courir tous ensemble. La gradée sort son chronomètre. Il y aura donc deux chronométreurs.

— Les gardes ! En position ! lance la gradée.

— Prêts ?

Coup de sifflet et le groupe s'élance pour quatre tours de stade. La course est disputée mais à l'arrivée les temps sont médiocres : 3'40" pour le meilleur puis quelques gardes à 3'45" dont je fais partie. Avec de tels chronos, des lycéennes spécialisées en athlétisme nous auraient donné une sévère leçon !

Les chronométreurs nous observent sans faire de commentaires. La gradée note quelque chose dans son carnet et nous fait mettre en ligne avant de "claironner" un :

— Garde-à-vous !

Nous nous figeons instantanément face à elle ; puis après un bref temps de silence :

— C'est terminé ! Rompez !

Nous regagnons la salle des gardes. Grâce à ces tests, nous avons pu sortir de celle-ci pour autre chose qu'une alerte ou une patrouille, et réaliser au passage que nous n'étions pas des champions !

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 8 versions.

Vous aimez lire Pion ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0