Chapitre 2

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Le coq ne réveilla pas les deux tourtereaux. Ce ne fut pas non plus l’un des frères à François qui les éveilla, avec sa musique à tue-tête. C’était plutôt son père qui criait : « Au secours ! ».

François se leva d’un bond et ouvrit ses volets à toute vitesse. Il découvrit son père poursuivi par un taureau, lâché par mégarde par un des agriculteurs voisins. Dominique était parti promener son chien. Le pauvre caniche, à la vitesse dont courait Dominique, n’arrivait pas à suivre son allure. Du coup, il se laissait transporter en l’air par le bout de la laisse. L’image était trop comique à voir, mais au fond, ce n’était pas drôle du tout.

Dominique distingua François de loin et lui demanda d’aller chercher une fourche rapidement. François eut à peine le temps de s’habiller, que le problème fut résolu. Un tracteur s’imposa de justesse entre Dominique et le taureau. L’animal fit demi-tour et un agriculteur fit le nécessaire pour le ramener là où il devait se trouver. Le pire dans l’histoire, c’était que le caniche ne cessait pas d’aboyer contre le taureau ! Sa voix disparut lorsqu’il se trouva pendu en l’air quelques secondes.

Il n’était même pas dix heures du matin. Élisa se demandait bien comment son amoureux arrivait à tenir avec si peu de sommeil :

— C’est tous les matins comme ça ? demanda-t-elle.

— Presque, avoua-t-il.

— Tu plaisantes, j’espère ?

— Si tu parles d’un réveil brutal, je ne plaisante pas. Mon frère a le don de m’énerver le matin en mettant sa musique à tue-tête.

— Et tes parents ne disent rien ?

— Il le fait quand ils sont partis au travail. Malheureusement, je n’ai pas les mêmes horaires qu’eux.

Élisa était subjuguée par ce qu’il venait de lui apprendre. Il était l’aîné, mais apparemment, il n’avait aucun pouvoir sur qui que ce soit, dans sa famille, à l’entendre parler. Lorsqu’elle le vit se diriger vers la sortie de sa chambre, elle lui demanda :

— Tu ne reviens pas te coucher ?

— Non, j’ai du matériel à ranger. Et puis, il faut que je te ramène sur Angers. Demain, tu travailles, non ?

— Non, je suis en repos demain.

François découvrit les avantages de son travail, mais il devait certainement y avoir pas mal de contraintes. Élisa préféra profiter un peu plus de son lit et des draps de celui-ci. Après un court baiser, il sortit et fila dans la cuisine.

Au plafond, il y avait des poutres qui venaient juste d’être rénovées. La table était toujours remplie d’ingrédients. Judith, sa mère, adorait cuisiner. Elle y passait presque tout son temps libre dedans. Ce qui la décevait parfois, c’était de ne pas voir ses plats se vider. Mais, elle en faisait toujours trop.

Dominique claqua la porte d’entrée. Il était essoufflé. Il annonça que le voisin risquait d’en entendre parler, dans les heures à venir. On ne peut pas laisser un taureau s’échapper ainsi. Encore heureux que ce soit un tracteur qui s’interposa et non, une de leur voiture. Lorsque son père posa le regard sur François, il essaya de se calmer et demanda :

— Tu as dormi avec Antoine ?

— Pourquoi me poser cette question alors que tu connais la réponse, papa ! Tu sais très bien qu’il n’est pas revenu avec moi.

— Tu es donc rentré tout seul.

— Non.

— Je te signale que notre maison n’est pas une auberge ! informa-t-il.

— Ça y est ! Il s’est fait courser par un taureau alors il va être de mauvaise humeur pour toute la journée, s’exaspéra Judith.

Sa mère n’avait pas encore pris le temps de faire sa toilette. Elle se trouvait en robe de chambre, les cheveux en bataille et ses premiers gestes servaient à cuisiner le repas du midi.

— Ça se voit que ce n’est pas toi qui eus un taureau au derrière ! La prochaine fois, je te laisserai promener le chien ! rétorqua Dominique.

— Pour le peu de choses que tu fais, en plus ! admit-elle.

— Et voilà, c’est encore de ma faute !

Soudain, Élisa apparut dans l’entrebâillement de la porte. Elle entendit la scène de ménage entre les parents de François. Chez eux, ça devait être habituel, mais ça ne les empêchait certainement pas de s’aimer.

Judith découvrit la jeune femme. Dominique se tut aussitôt et laissa un petit sourire se faire apercevoir sur son visage. Il dévisageait la jeune femme que son fils aîné avait ramené chez eux. Judith la fit asseoir sur une chaise et lui demanda ce qu’elle voulait prendre pour son petit déjeuner.

— Je ne mange presque jamais rien, le matin ! répliqua-t-elle.

— Ah ! Ces jeunes ! Ils ne savent jamais ce qu’ils ratent ! grommela Dominique. Avec François, il va falloir t’y habituer, car il n’hésite pas à manger avant de partir au travail.

— En même temps, je n’ai pas le choix vu que je bosse dans le froid, fit remarquer le jeune homme.

— Tu ne nous la présentes pas ? demanda Judith.

— Si, je vous présente Élisa.

— La fille du parking ! intervint Thomas, un de ces frères, en arrivant entre-temps dans la pièce.

— Oui, c’est moi, dit-elle, en lui souriant.

— Je comprends mieux pourquoi il y a eu des secousses sismiques toute la nuit ! ajouta-t-il.

— Il ne faut pas le prendre au sérieux, dit François en regardant Élisa. Sinon, tu ne t’en sors pas.

— Il est mal tombé avec moi !

— Pourquoi ? se risqua Thomas.

— Elle déteste ne pas avoir le dernier mot ! informa François.

— Tu peux parler ! osa-t-elle.

La conversation était lancée. Dominique ne savait plus où regarder. Entre les remarques de Thomas, la découverte d’Élisa et puis son fils aîné, toujours aussi rêveur, il avait du choix ! Il était content de le voir retrouver cette jeune femme. Depuis quelque temps, François apparaissait plus renfermé que d’habitude.

Judith demanda si sa soirée s’était bien passée. Le jeune homme essaya d’être le plus bref possible. C’était sa dernière soirée avant plusieurs mois. Thomas insista pour qu’Élisa puisse manger un croissant et François fit taire tout le monde en lui disant :

— Dans ton état en plus, ce n’est pas très prudent.

Élisa ne savait plus où se mettre. Judith regarda son fils qui lui demanda de lui parler en tête-à-tête. Dominique s’interposa en disant qu’il avait horreur qu’on lui cache des choses dans son dos.

— Fais la connaissance d’Élisa et nous te dirons ensuite de quoi il s’agit, implora Judith.

— C’est toujours la même chose ! On me met toujours en arrière-plan ! grogna-t-il. Mais, je crois avoir deviné. Ne me prenez pas pour plus con que je ne le suis à vos yeux !

François se dirigea dans la chambre de ses parents. Le lit n’était pas encore fait, mais les volets demeuraient ouverts. Sa mère, angoissée, se doutait bien de ce qu’il allait lui dire. Du coup, elle le coupa court dans sa révélation en disant :

— Tu crois qu’il est sérieux que vous gardiez cet enfant ?

— Comment le sais-tu ?

— François, même ton père a compris ! Vu ce que tu viens de dire ! Ce n’est pas sérieux du tout. En plus, il n’est même pas de toi !

— Au contraire ! Il est de moi.

— Tu plaisantes ?

— J’en ai l’air ?

— François ! Dis Judith, après quelques secondes. Comment se fait-il que cette fille soit enceinte alors que vous ne vous êtes jamais touchés ?

— Ça, c’est ce que tu crois.

— Arrête ! Vous n’avez quand même pas fait ça sur ce parking ?

— Non, dans un hôtel.

— Vous souhaitez garder cet enfant ? s’inquiéta-t-elle.

— Elle m’a annoncé la nouvelle hier soir. Sur le moment, j’étais content. Maintenant, je m’aperçois que ma vie risque de prendre un chemin différent.

— Et tes rêves, tu en fais quoi ?

— Un enfant, ça ne se refuse pas maman. Et puis, il y a des jours pour rêver et d’autres pour les réaliser. Actuellement, j’en ai assez de toujours espérer. Qui te dit que je deviendrai chanteur ?

— Tu ne vas quand même pas découper de la volaille jusqu’à la fin de ta vie ?

— Non, mais rassure-toi, j’ai d’autres projets en tête.

— Si tu voulais me voir seul à seul, c’est pour que je te soutienne face à ton père, n’est-ce pas ?

— Non, j’avais juste envie de te parler. Je sais que c’est dur à encaisser. Je vous présente ma petite-amie et je vous annonce qu’elle est enceinte !

— C’est vrai que ça fait beaucoup ! Tu n’as rien oublié, j’espère ?

— Je ne pense pas, non.

Ils restèrent ensemble quelques minutes à discuter. Son fils changeait. Elle allait devenir grand-mère. Ça lui faisait drôle cette expression.

Pendant ce temps-là, Thomas ne cessait pas de rire face aux remarques d’Élisa à l’égard de Dominique qui ne riait pas du tout. Cette jeune femme était très élégante, mais trop franche à son goût. Elle n’hésitait pas à dire ce qu’elle pensait tout haut. Il se demandait bien comment son fils pouvait lui tenir tête. Lorsqu’il le vit de retour auprès de sa mère, il déclara :

— Je ne veux pas en entendre parler !

— Tu n’as pas le choix. Il faudra bien que tu finisses par accepter, protesta Judith.

— Ne t’y mets pas non plus ! Ce n’est pas du tout sérieux ! J’ignorais qu’on couchait avec le premier venu sans précaution ! De nos jours, il faut tout leur apprendre !

— Mais on s’aime ! lâcha Élisa.

— Balivernes tout ça ! Ce n’est que le début ! cria-t-il. Je connais mon fils, il changera d’avis dans quelques jours.

— Eh bien, si tu ne veux pas le voir te tourner le dos, tu lui parles autrement ! intervint François.

— Je suis chez moi ! Je parle comme j’en ai envie ! Tu n’as pas de situation, de logement, ni d’argent de côté et tu comptes élever un enfant avec une femme que tu connais à peine ! Mais redescends sur Terre, nom de Dieu !

Soudain, le téléphone portable d’Élisa sonna. Elle fila dans la chambre de François pour répondre. C’était Caroline qui essayait de la joindre. Celle-ci se trouvait en larmes. Élisa n’arrivait pas à comprendre ce qu’elle était en train de balbutier. Du coup, elle coupa la conversation en lui disant qu’elle viendrait la voir dans l’après-midi. Caroline l’interloqua en lui disant :

— Tu devrais le quitter ce François ! Il ne mérite pas mieux que son pote. Il doit sûrement être aussi violent et pervers que lui !

— Pourquoi dis-tu ça ?

— Tu verras ça quand tu viendras me voir ! Et, je veux que tu viennes seule ! Pas avec lui !

— Il n’a rien fait.

— Non, mais je les mets tous dans le même sac, maintenant ! Tous aussi macho, égoïste, pervers et violent !

— Calme-toi et je viens te voir dans la journée !

— Comment veux-tu que je me calme ! Je me sens tellement humiliée !

Élisa ne comprenait pas du tout ce qu’il se passait. Entre la famille de François qui disait que leur enfant n’était pas du sérieux ni le bienvenu et Caroline qui lui conseillait désormais de quitter François, elle s’inquiéta pour la suite de leur histoire qui venait à peine de commencer. Il y avait des jours où il serait préférable de rester seul, chez soi.

Quelques années plus tôt, elle avait failli mettre un enfant au monde. Mais, une fausse eut lieu. Du coup, elle ne souhaitait en aucun cas qu’une deuxième se reproduise. C’était mal parti !

Lorsqu’elle retourna dans la cuisine, François n’était pas là. Il était parti dehors avec son père, qui avait besoin de prendre l’air. En faisant le tour d’un champ, Dominique l’écouta sérieusement, mais il ne décolérait pas.

— Cette goutte d’eau a quand même du mal à passer !

— Il fallait bien t’y attendre tôt ou tard à devenir papy.

— Je te signale que j’ai du diabète ! Et que si j’en fais, c’est en grande partie à cause de vous ! Je ne préfère pas prendre mon taux, ce matin…

— Arrête ! coupa François. Tu stresses d’un rien, de toute façon. On a encore sept mois avant que le bébé arrive. Il peut s’en passer des choses !

— Tu sais, je suis peut-être méchant face à ce que je vais te dire. Mais il serait préférable que tu mettes un cierge pour qu’elle fasse une fausse couche ! Parce qu’elle va mettre ta vie en l’air !

— Il me semble que Grand-Père te disait ça aussi, il y a plus de vingt ans, non ? Tu l’as écouté ?

Cette fois, Dominique ne savait pas quoi répondre. Son fils avait changé et mûrit plus vite qu’il ne l’aurait imaginé. Il avait l’impression de se revoir dans ses yeux. François, au moins, avait l’audace d’assumer ce qu’il était contrairement à lui.

En revenant à l’intérieur de la maison, l’ambiance fut plus calme. Élisa demanda à François, s’il pouvait la ramener à Angers.

— Vous ne voulez pas rester manger ? tenta Judith. J’avoue qu’on n’a pas été très cool avec vous, ce matin. Cela dit, j’ai fait un bon repas et ça nous permettrait de faire votre connaissance.

— Notre mère est une excellente cuisinière ! ajouta Thomas.

— C’est que ma meilleure amie a des soucis. Elle vient de m’appeler !

— Quel genre de soucis ? s’étonna François. Antoine n’est pas avec elle ?

— Je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Mais elle en a après toi aussi. On a peut-être fait une erreur en les obligeant à rester ensemble !

Soudain, une voiture se gara devant la ferme. Dominique regarda du coin de l’œil. Il ne connaissait pas cette marque. C’était la première fois qu’il voyait une Seat Ibiza s’introduire dans ces lieux. Une jeune femme blonde, mince, les cheveux descendant aux épaules, les yeux de couleur marron, sortit du véhicule et frappa à la porte d’entrée. Judith s’élança pour ouvrir et la salua. La jeune femme déclara :

— Je suis bien chez Dominique Le Pigeon ?

— Oui. Que lui voulez-vous ? demanda Judith.

— Je suis sa fille.

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