Chapitre 3

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Face à cette révélation, Judith crut à une mauvaise plaisanterie. Une petite grimace apparut sur son visage. Pourtant cette remarque avait l’air d’être bien réelle. Se demandant ce qu’il se passait, Dominique alla rejoindre sa femme et déclara :

— Que se passe-t-il ?

— Je te présente ta fille ! s’enquit Judith, en retournant à l’intérieur de leur maison.

— De quoi ? dit-il, surpris.

— Tout à fait. Je suis votre fille, avoua la jeune femme. Je n’ai qu’un sentiment à votre égard, c’est de la haine. Si je suis venue, aujourd’hui, c’est sur l’ordre de ma mère.

— Vous devez faire erreur ! observa-t-il.

— Emmanuelle Rondeau, ça ne vous dit rien ?

Soudain, toute sa jeunesse qu’il avait oubliée ressurgit d’un coup à la surface. Ne sachant quoi répondre, la jeune femme ajouta en lui disant :

— Ma mère se trouve sur son lit de mort. Elle demande à vous voir.

— C’est que…

— Non, je m’en moque de vos états d’âme ! Vous m’avez peut-être fait la paire, mais vous n’allez quand même pas encore ignorer ma mère juste avant sa mort.

— C’est qu’il y a un malentendu.

— Quel malentendu ?

— À l’époque, j’ai bien rencontré votre mère. Elle a bien été enceinte de moi, mais je n’avais que dix-sept ans. Je ne pouvais pas assumer cette responsabilité, du coup je lui avais conseillé d’avorter !

— Je sais, elle m’a dit tout ça. Elle m’a aussi dit que vous la quitteriez si elle gardait cet enfant. Et c’est ce que vous avez fait. Vous n’êtes qu’un lâche.

Dominique ne pouvait pas la contredire. Elle avait typiquement le même caractère que sa mère. Cette nouvelle fille était franche, butée et certainement sans scrupule, voire égoïste. Elle était pire que sa nouvelle belle-fille. Il lui proposa néanmoins de venir dans le salon de sa maison.

— Il en est hors de question ! Vous allez prendre votre manteau et me suivre !

— Je dois prévenir ma famille.

— Vous aviez trente ans pour le faire ! Il fallait y réfléchir avant !

Décidément, elle savait y faire avec l’autorité. Dominique sentit qu’il lui avait fait beaucoup de mal. C’était un mal impardonnable. Elle avait été élevée par sa mère et n’avait jamais connu ce que c’était d’avoir un père.

Du coup, il fila dans son salon et s’exécuta pour prendre une veste. Judith demanda :

— Tu fais quoi, là ?

— Il faut que je la suive.

— Pourquoi ?

— Écoute Judith, je vais être franc. Je ne t’ai jamais trompé depuis le jour de notre rencontre. Cette fille a été conçue avant que nous nous connaissions. Je n’ai jamais voulu la reconnaître et j’avais demandé l’avortement à sa mère…

— Mais comment as-tu pu me cacher une telle chose ? s’écria-t-elle.

— Oh ! Tu ne vas pas t’y mettre non plus ! Pense à mon diabète !

— Je m’en fous de ton diabète !

Sans aucun autre mot, Dominique alla rejoindre sa fille et la suivit en voiture. Judith piqua une crise en se demandant si elle ne rêvait pas. Elle finit par s’asseoir sur un des fauteuils du salon en laissant couler des larmes.

Pendant plus de vingt-cinq ans, son mari lui avait caché cette fille qui se baladait dans la nature. Comment avait-il pu supporter cette idée-là, durant toutes ces années ? Jamais, elle n’aurait pu s’empêcher de voir un de ses enfants grandir. François essaya de la rassurer tant qu’il le put.

— Je vis avec un inconnu, observa-t-elle, en regardant François.

— Il y a certainement une explication à tout cela, dit-il.

— Tu sais, toi, tu vas avoir un enfant et au moins, tu vas l’assumer ! Quand je pense qu’il a osé te faire la morale tout à l’heure. Je te jure, quand il va revenir, il va entendre parler de moi !

— Après s’être fait courser par un taureau, il se fait rattraper par sa fille. Il faut bien que ce soir, tu t’ajoutes au tableau ! plaisanta François.

En regardant son amoureux, Élisa comprit qu’il possédait plus de proximité avec sa mère qu’avec son père. Elle s’aperçut aussi que la famille pour lui, c’était sacré. Elle ne connaissait pas les repas en famille, le soir, autour d’une table. Elle avait rarement eu d’occasion comme celle-ci pour parler avec son père. En même temps, sa mère s’était envolée trop vite suite à un cancer. Elle n’avait que dix ans. Elle en avait pleuré toutes les larmes de son cœur. Mais elle se disait pour se réconforter que plus nous passons du temps avec ceux que nous aimons, plus la séparation deviendrait difficile. N’était-ce pas la pire des épreuves dans une vie ?

Au bout de quelques minutes, François quitta sa mère. Il n’aimait pas la laisser seule, dans sa tristesse. Il fit confiance à son jeune frère Thomas, pour reprendre sa relève. Puis, avec Élisa, il fila dans sa voiture.

— Je n’ai même pas encore déchargé le matériel ! dit-il.

— Tu le feras ce soir.

— J’en ai pour vingt minutes. Tu peux attendre ?

Élisa soupira. François comprit qu’elle en avait assez de patienter.

— Je vais t’aider ! dit-elle.

— Sûrement pas. Tu es enceinte, il est hors de question à ce que tu fasses le moindre effort.

— C’est marrant, mais parfois, tu as les mêmes répliques que Caroline.

— Peut-être, mais je n’ai pas une poitrine aussi exquise !

— Eh ! N’as-tu pas honte de parler comme ça de ma meilleure amie ?

— Excuse-moi, mais elle fait tout pour se mettre en valeur ! As-tu vu le décolleté qu’elle portait hier soir ?

— Tu n’étais pas non plus obligé de regarder dedans !

— Je suis un homme.

— Ce n’est pas une raison ! rétorqua-t-elle.

— Oh ! Tu ne vas pas me faire la tête pour ça ?

— Oh, que si !

— Tu sais très bien qu’il n’y a que toi dans ma vie, maintenant. Non ?

— Rattrape-toi ! Et qui te dit que tu ne feras pas comme ton père ?

— Ah, non ! Il en est hors de question ! Et je ne veux sûrement pas de son diabète en plus !

François avait toujours le mot final pour la faire rire. Il commença par dételer sa remorque et l’emmena sous un abri puis la recouvrit d’une bâche. Ensuite, il s’exécuta pour vider sa voiture. Il commençait toujours par le plus gros dès le départ. C’est-à-dire les enceintes, les platines, une valise d’accessoires, quelques jeux de lumière… Élisa se demanda où il amenait tout cela. Quand elle découvrit qu’il allait jusque dans le grenier, elle constata l’effort énorme que ça devait lui demander, au lendemain d’une soirée. Quand il eut terminé, elle affirma :

— Si tu veux aller boire un coup, je peux comprendre. Mais après, il faudra que nous partions.

— J’ai juste besoin d’un baiser de toi pour survivre, réclama-t-il.

Elle sentit ses gouttes de sueur qui glissait le long de son dos. La chaleur de son baiser l’envoûta plus que tout. Elle ne pouvait pas le repousser. Elle n’y arrivait pas.

Thomas regardait au travers des rideaux du salon de la maison. Il s’amusait à les espionner.

— Tu n’as pas honte de les regarder ainsi ! annonça Judith.

— N’empêche ! Il a du souffle le frangin ! Ça se voit qu’il ne boit pas !

— Il n’est pas comme toi pour ça !

— Je te signale que j’ai arrêté de boire maman !

— Et depuis quand ?

— Bah ! Depuis que Papa s’est fait courser par un taureau ! Il en faut du souffle pour y échapper ! dit-il, en rigolant.

— Ce qui me désole, c’est que j’ai fait un bon plat et que personne ne sera là pour le manger. Je serais bien mieux à l’usine.

— Ne dis pas ça ! Je suis là, moi !

— Je le sais et heureusement, affirma-t-elle avec un mince sourire.

— N’empêche qu’en dehors de toi, j’ai aussi une compagne !

— Ah, non ! Tu ne vas pas t’y mettre à ton tour ! supplia Judith.

— En plus, tu la connais ?

— Comment ça ?

— Tu la maudis d’ailleurs !

— La voisine ?

— Eh bien, non, maman ! Elle est juste devant toi sur la table ! C’est ma bouteille !

— Qu’est-ce que tu peux être énervant parfois !

— N’empêche que je te fais rire !

— Je me demande parfois qui vous a donné à tous, cet humour que vous avez dans le crâne !

— La bonté divine, maman ! lâcha Thomas.

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