Chapitre 13

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Son ancienne voiture s’était pourtant fait brûler sur ce parking. Mais, cet endroit lui rappelait des bons souvenirs quand même notamment sa rencontre avec Élisa. Comment en était-il rendu là avec elle, aujourd’hui ? Se comportait-il si mal avec son entourage ? Il se sentait toujours pris pour un pigeon. Devenait-il trop paranoïaque ?

Il s’était rendu dans ce parking et s’était tranquillement endormi. Il avait monté le col de son manteau afin de ne pas prendre froid. Ses jambes étaient engourdies. Une barbe de trois jours se laissait percevoir. À le voir, on sentait qu’il se laissait aller. Il était sept heures du matin quand soudain, il entendit cogner à la vitre de son véhicule.

— Monsieur, vous n’avez pas le droit de vous garer ici !

En ouvrant les yeux, François découvrit la pervenche qui lui avait donné une amende, il y a quelques mois, lors de sa rencontre avec Élisa.

— Encore vous ! osa-t-il.

— Comment ça, encore moi ? répliqua-t-elle. Je ne fais que mon travail. Le parking est pourtant assez grand.

— Ma voiture est un utilitaire.

— Non, pas à mes yeux. Allez sur l’autre parking !

François soupira et s’exécuta. Elle n’avait vraiment que ça à faire, ennuyer les gens à sept heures du matin. Sans un mot, il remit son moteur en route et alla se garer sur l’autre parking, juste à côté, se trouvant vide. La pervenche le regarda faire. Et lorsqu’elle le vit s’arrêter pour s’endormir à nouveau, elle alla une nouvelle fois vers sa voiture pour cogner à sa vitre.

Subjugué, François prit un air menaçant.

— Quoi encore ? Je n’ai pas le droit de dormir dans ce parking ?

— Peut-être avez-vous besoin de parler ! s’exclama-t-elle gentiment.

— Vous êtes aussi psychologue ?

— Je vois simplement que vous n’avez pas l’air bien. Et il n’est pas normal de voir quelqu’un dormir dans sa voiture.

— Il y en a qui dorment sur les trottoirs et on les ignore ! fit remarquer cyniquement le jeune homme. En tout cas, j’ignorais que je faisais autant pitié à vos yeux.

La pervenche ne savait pas comment elle devait prendre sa remarque. Elle s’attendait bien à recevoir les pires horreurs en pleine figure. Or, elle sentait que ce jeune homme avait besoin d’aide et surtout de parler. Après quelques secondes, d’un air déplacé, voire culotté, elle déclara :

— C’est que…

— C’est que quoi ?

— C’est que je ne souhaiterais pas avoir votre mort sur ma conscience !

— Franchement, j’ai une tête à me suicider ?

— Je ne sais pas…

— À m’enquiquiner comme vous faites, ça me donne encore plus envie de mettre fin à mes jours ! Foutez-moi le camp et laissez-moi dormir s’il vous plaît !

— Vous êtes sûr…

— Mais puisque je vous dis de me laisser tranquille !

La pervenche décida de s’en aller. Elle fit une dizaine de mètres et se retourna de nouveau. Fatigué, François lui fit signe par sa main de continuer son chemin. À nouveau, elle fit une dizaine de pas et se retourna encore. François fit de nouveau un signe pour s’en aller plus loin.

Et après, on dit que la femme est le sexe faible ! J’ai mal à le croire ! Celle-ci est encore plus butée qu’un homme ! pensa-t-il.

Pour de bon, la pervenche continua son chemin et ne se retourna plus. François remonta de nouveau le col de sa veste. La journée s’annonçait ensoleillée et les oiseaux chantaient. Sa mère avait essayé de l’avoir à l’heure de sa pause, mais celui-ci préféra ne pas lui répondre. Elle s’inquiète, tant pis. Ce n’est plus mon problème désormais, se dit-il. Apparemment, cette nuit dans sa voiture ne lui avait toujours pas donné de bons conseils à l’égard de sa famille.

En retrouvant le calme, il ferma les yeux et essaya de penser à un endroit où il aurait aimé être. Soudain, il pensa à l’Île aux moines dans le Morbihan. Il se souvint de cette fois où il s’était perdu lors d’une randonnée en faisant le tour de l’île à pied. C’était, il y a quelques mois. Ce souvenir lui paraissait tellement lointain. Il se laissa facilement emporter par les paysages de cette Bretagne dans ses souvenirs, qui le délassait tellement. Cela fut de courte durée, dix minutes plus tard, on cogna de nouveau. Cette fois, il s’énerva pour de bon.

— Non, mais qu’est-ce que je vous ai dit… Caro ! s’interrompit-il.

— Qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle, en réalisant son agacement.

— C’est plutôt moi qui devrais te poser cette question.

— On t’embêtait ? ajouta-t-elle.

— Non, c’est une pervenche qui se prenait pour une psychologue.

— Pour une quoi ? dit-elle, étonnée.

— Oh ! C’est une longue histoire.

— Tu ne travailles pas ce matin ?

— Non, j’ai décidé de chômer ! répliqua-t-il.

— Ça te prend comme ça ?

— J’en ai simplement assez qu’on me prend pour un con ou plutôt pour un pigeon ! C’était ton idée de départ, non ?

— …

— Je vois qu’Antoine n’a pas été sympathique avec toi, observa-t-il.

— Tu es encore gentil sur le terme que tu emploies.

— Sache qu’il n’est plus mon ami.

— Je le sais. Élisa m’a tout dit et d’ailleurs, elle te cherche. Elle avait l’air assez angoissée, ce matin.

— Vraiment ?

— Tout à fait.

— Je pensais qu’elle ne voulait plus entendre parler de moi vu qu’elle m’a mis à la porte.

— Il en serait peut-être mieux ainsi pour vous deux. Vous n’êtes pas fait pour être ensemble, affirma-t-elle.

— Qu’est-ce que tu en sais ?

— Ça se remarque ce genre de chose ! lâcha-t-elle, en voulant l’enfoncer davantage.

— Tu sais, ce n’est pas parce qu’Antoine a été violent avec toi qu’il faut obligatoirement mettre tous les mecs dans le même sac !

— Ça, c’est ce que tu en penses.

— Il existe toujours quelques exceptions !

— Mais elles sont tellement rares ! Et toi, tu ne fais pas partie de celles-ci, lâcha-t-elle.

— Comment peux-tu le savoir ? Tu ne me connais même pas !

— Le simple fait que tu es couchée avec Élisa, le soir même de votre rencontre. Et que tu l’aies mise enceinte le prouve !

— Tu ne comprends rien.

— Oh que si je comprends tout !

Des passants passèrent devant la voiture de François. Celui-ci décida de sortir. Il avait la tête au niveau de la poitrine de Caroline, qui n’hésitait pas à la pencher pour qu’il jette un regard dedans. Gêné, il préféra se mettre à sa hauteur pour lui faire comprendre qu’une seule femme comptait à ses yeux : Élisa.

— Je pense que nous devrions faire la paix, suggéra-t-il. Même si j’avoue ne pas savoir de quoi être coupable. À part du simple fait d’être un homme.

— On peut reprendre tout à zéro. Mais pour moi, ça ne changera rien, confirma Caroline. Sauf si…

— Sauf si quoi ? coupa-t-il.

— Tu me plais bien, tu sais…

— Je t’arrête tout de suite ! Ton attitude vis-à-vis d’Élisa est hypocrite. Et tu as beau posséder de jolies formes, tu ne seras jamais à sa hauteur !

François se rendit compte que la tâche n’allait pas être aussi facile avec elle. Élisa aussi se laissait abuser et aveugler par sa meilleure amie. Comment allait-il pouvoir lui ouvrir les yeux sur Caroline ?

Ecœurée par sa franchise, Caroline pensa à un plan diabolique pour le séparer d’Élisa, car pour elle, celle-ci ne le méritait pas du tout. Il n’était pas juste qu’elle n’ait pas le droit au bonheur comme elle.

— Tu comptes passer plusieurs nuits dans ta voiture ?

— S’il le faut, oui.

— C’est ridicule. À ta place, j’irai dans un hôtel.

— Pour vider mon compte en banque ? Non merci.

— Ah, oui ! C’est vrai que tu es radin. C’est Élisa, qui me l’a dit.

Apparemment, Élisa ne lui cachait rien du tout. À espérer qu’elle ne lui racontait pas non plus leurs ébats amoureux. François fit un effort sur lui-même en essayant d’ignorer sa remarque.

— Tu reprends le travail quand ? demanda-t-il.

— Dans quelques jours. Je donnerai plusieurs jours de repos à Élisa. Elle le mérite.

— C’est clair. En plus pour le bébé, ce n’est pas très prudent.

— Entre nous, je préférerais qu’elle n’ait pas cet enfant !

— Pourquoi autant de haine envers elle ? lança-t-il.

— Ce n’est pas de la haine. Mais elle t’a pris pour un pigeon au départ et elle te prendra toujours pour son pigeon. Quoi que tu fasses. Votre histoire n’a pas lieu d’être.

— En clair, tu ne m’accepteras jamais ?

— Tu sais François. Même si je ne te connais pas, j’avoue quand même que tu m’as l’air sympathique. On aurait même pu être plus tous les deux. Mais tu n’es pas du tout le genre d’homme qu’il te faut pour Élisa. Je la connais mieux que toi. Reste encore seul dans ton coin. Et tu finiras par t’en rendre compte réellement. Mais sache que je resterai toujours là pour toi.

— De la part d’une amie, tu n’y vas pas de main morte. Antoine était peut-être hypocrite envers moi, mais je crois que tu as l’air de l’être encore plus envers Élisa.

— Pense ce que tu veux. Cela m’est égal. Ce n’est pas que je m’ennuie, mais j’ai des courses à faire. Sur ce, bonne sieste.

Comment dormir après une conversation comme celle-ci ? Caroline lui avait fouetté son cœur sans aucun remords. Cette pervenche aurait peut-être mieux fait de rester près de lui.

En se réinstallant dans sa voiture, il comprima le volant entre ses mains. Soudain, il lâcha ses nerfs et finit par pleurer. Puis au bout de quelques minutes, il alluma la radio et tomba étrangement sur la chanson de Marc Lavoine : « Le parking des anges ». Celle-ci amena sur son visage un mince sourire. L’heure était venue pour lui de reprendre sa vie en main.

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