Chapitre 21

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Judith était revenue travailler, mais elle n’avait plus le goût à rien. Dans sa famille tout allait de travers depuis que Mylène s’était introduite du jour au lendemain dans leur quotidien. Récemment, elle a surpris une conversation entre elle et Dominique. Elle lui demandait de l’argent et ce n’était pas qu’une petite somme. Hier soir, elle s’était de nouveau fâchée avec lui. Tout ce que cette fille lui demandait, il le lui offrait. Mais était-il sûr qu’il s’agissait bien de sa fille ?

— Qui veux-tu que ça soit ?

— Je ne sais pas. Mais ton premier amour était peut-être moins innocent que tu ne le penses.

— Tu oses mettre en doute mes sentiments de gosse ?

— Pas les tiens, mais les siens !

— Qu’est-ce que tu peux être cynique parfois ! C’est facile de salir la mémoire d’une personne qui n’est plus là ! dit Dominique.

— Dans ce cas, demande-lui un test d’ADN ! Et nous le saurons si c’est ta fille ou pas !

— Même si ça ne l’est pas, je n’avais pas à les abandonner comme ça !

— Tu ne les as pas abandonnées ! Ce sont tes parents qui t’ont tout caché ! s’énerva-t-elle.

Thomas en avait plus qu’assez d’entendre ses parents se fâcher. Il enviait Laureen toujours partie à droite et gauche avec ses amies ! Sans oublier le nombre de mecs, qu’elle accumulait. Elle n’avait que dix-huit ans ! Son hobby personnel, c’était : « les mecs ». Un de ces quatre, elle finira par se faire violer. Peut-être devrait-elle rencontrer Caroline pour se calmer ! Quant à Marc, il était bien mieux dans le Sud, à Nice. Il vivait avec sa petite-amie. C’était peut-être celui qui s’en sortait le mieux. Quoique… Elle travaillait pour lui. Il vivait à ses dépens. Pourquoi François ne revenait-il pas à la maison ? Il était le mieux placé pour amener le calme parmi eux. Il faut croire que cette histoire le surpassait.

Un midi, Judith revint à la maison. Elle avait besoin de sentir seule, pour réfléchir. Elle ne savait plus quoi faire. Elle commençait sérieusement à en vouloir à son fils aîné. Il l’aimait, mais certainement moins que ce qu’il prétendait. Et cette réalité la blessait profondément. Soudain, son téléphone sonna. Qui pouvait appeler à une heure pareille. François ?

— Bonjour, je suis bien chez monsieur Le Pigeon.

— Oui, répondit Judith. Je suis sa femme, objecta-t-elle, angoissée par cette voie inconnue.

— Je me prénomme Patrick Lefront. Je suis le père d’Élisa. Je ne devrais certainement pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais je vous appelle au sujet de votre fils.

— Il lui est arrivé quelque chose ?

— Non, il va bien. Mais ma fille a fait une fausse couche suite à beaucoup de stress accumulé. Du coup, vous comprenez ma préoccupation.

— Oh, mon Dieu ! Quelle horreur ! François est à l’hôpital ? demanda Judith.

— Oui, il reste auprès d’elle. Expliquez son absence à son travail.

— Je n’expliquerai rien du tout. Je vais venir le voir.

— Je pense que c’est…

— Je serai sans son père, coupa Judith en raccrochant.

Patrick se disait qu’il venait de commettre une nouvelle erreur. Il avait horreur des femmes qui raccrochaient net au téléphone. Il espérait sincèrement que cela n’allait pas rajouter du stress inutile au jeune couple.

Dans la chambre de l’hôpital, François s’était endormi. Mais il se réveilla aussitôt quand il sentit la main d’Élisa, bouger dans la sienne. Il leva sa tête et lui fit face en se demandant bien comment elle allait réagir. Il espérait sincèrement à ce qu’elle ne le rejette pas :

— Je vais appeler les docteurs ! déclara-t-il.

— Non, reste là, balbutia-t-elle.

François ne l’écouta pas, il partit quand même. Élisa avait besoin de lui parler. Le songe qu’elle venait de faire l’avait en quelque sorte rassurée, mais devait-elle croire en lui ? Disait-il vrai ? Tout paraissait tellement merveilleux !

Deux infirmières arrivèrent à son côté avec un grand sourire sur les lèvres. L’une d’elles annonça à Élisa qu’elle avait besoin de se reposer.

François, soulagé, appela Patrick. Celui-ci arriva à son tour dans la chambre, mais on insista pour ne pas être trop nombreux, autour de la jeune femme. Élisa demanda à se retrouver seule avec François. Patrick quitta la pièce. Tous les deux se regardèrent. Y avait-il besoin de mot pour se comprendre ? Non. Leur regard en disait tant. Suite à toutes ces épreuves, elle en avait quand même perdu son enfant.

Elle prit sa main. François sentit qu’elle était à bout de force. Des larmes coulaient le long de son visage. Il s’approcha d’elle et essuya ces quelques gouttes de tristesse.

— J’ai tué notre enfant, affirma-t-elle enfin.

— Non, tu n’y es pour rien.

— Je ne te mérite pas, François.

— Alors pourquoi nous aimons-nous autant ? On a toute la vie devant nous, maintenant.

— …

— Tu sais. Pour Caroline…

— Je le sais. Tu n’y es pour rien, avoua-t-elle.

— Qui te l’a dit ?

— Ma mère.

François ne comprenait plus rien. Élisa était tellement fatiguée, qu’une illusion avait peut-être paru à ses yeux. Il n’osa pas lui dire qu’elle n’existait plus. Elle le lut dans son regard.

— Je sais qu’elle n’est plus de ce monde, le rassura-t-elle. Mais elle reste en moi et pendant mon repos, j’ai rêvé d’elle. Je sais que lorsque nous mourrons, nous avons le droit à la vie éternelle.

— Tu crois à tes rêves maintenant ? Toi, une femme si cartésienne !

— Je le suis beaucoup moins que tu ne le penses.

— Tu me surprendras toujours.

Il la sentit épuisée. Du coup, il essaya de répondre par des phrases courtes. Sa présence lui faisait du bien. Ensemble, ils ne faisaient qu’un. Le temps passait quand même et soudain, Patrick ouvrit la porte pour demander François.

— Il y a quelqu’un qui aimerait te voir.

— Qui ça ? s’interrogea le jeune homme.

Patrick ne répondit pas. François laissa Élisa et l’informa qu’il ne tarderait pas à revenir.

— Tu sais ce qui me ferait plaisir ? lança la jeune femme.

— Dis-moi.

— Que tu retournes travailler. Tu vas avoir besoin d’argent si tu…

— Pour rien au monde, je ne te quitterai, avoua-t-il, en quittant la chambre.

De retour dans le couloir, François découvrit devant lui sa mère. Il ne sut comment réagir. Patrick décida de s’effacer du paysage et de retrouver sa fille.

Judith n’était plus sûre de ce qu’elle faisait et elle tremblait comme une feuille. Sans un mot, François s’approcha d’elle et la serra fortement dans ses bras, en laissant couler des larmes :

— Oh, maman ! Si tu savais !

— Pleure mon grand ! Ça ne peut que te faire du bien. Ça fait partie de la vie. Je suis tellement rassurée de pouvoir te retrouver.

François l’aimait toujours autant, il le lui prouvait. Mais depuis quelque temps, il apprenait à se débrouiller seul. La vie ne le gâtait malheureusement pas. Et c’est tellement difficile de supporter tout cela en soi. Surtout quand on croit perdre les personnes à qui on tient le plus.

Judith ne demanda pas à voir Élisa. Elle ne voulait pas la brusquer. François réclama un peu de temps pour que la vie dans leur famille reprenne un tempo normal. Ensemble, ils filèrent dans la cafétéria du hall de l’hôpital et prirent une consommation.

— Papa sait que tu es là ?

— Non. Il me croit au travail. Je suis comme toi. Je chôme pour une fois, dit-elle en essayant de rire. Reviens à la maison, ajouta-t-elle.

— Non, je suis désolé.

— Il faut parler François. Ce n’est pas en fuyant la réalité que tout s’arrangera.

— Avec tous ces tracas, Élisa en a perdu le bébé. Papa pourra s’en réjouir. Puisqu’il a eu le culot de me dire de mettre un cierge à l’Église pour qu’elle fasse une fausse couche. Son vœu est exaucé. Il sera content.

— Tu plaisantes ?

— Pas du tout.

— Il faut quand même que tu reviennes travailler.

— J’y reviendrai demain, mais je donnerai ma démission dans les mois prochains.

— Pourquoi ? Tu vas avoir une maison sur le dos !

— Mais j’ai une femme et j’ai envie d’être épanoui à ses côtés et non d’être usé à force de découper de la volaille. Et quand on voit le salaire…

— C’est toujours mieux que de ne rien faire.

— Qui t’a dit que je souhaitais ne rien faire ? Avec Élisa, je ne risque pas de chômer. Tu la connais mal !

— Qu’est-ce que tu comptes faire maintenant ?

— M’installer avec elle.

— Où ça ?

— À Saint-Barthélemy d’Anjou.

— Cela va te faire plus de routes.

— Pendant deux mois oui. Mais après, non. J’ai un projet en tête et je ne t’en parlerai qu’au bon moment venu.

— Tu emménages quand ?

— Dans les jours qui viennent.

— Et les affaires à la maison ?

— On ne va pas avoir tout en double. Je reviendrai les chercher au bon moment venu.

— J’aimerai bien qu’entre ton père et toi…

— Je le sais maman, coupa-t-il. Mais tant qu’elle sera dans ses barrages, je ne pourrai rien faire. Il ne voit que par elle.

— Je ne vois pas ce qui peut l’aveugler autant.

— L’amour qu’il portait pour sa mère.

— Si ça l’est !

— Comment ça ?

— C’est sûrement la fille de son premier amour, mais est-ce vraiment la sienne ? Je l’ai convaincu pour qu’il passe un test d’ADN.

— Tu crois qu’il le fera ?

— Nous verrons bien. Mais j’ignore si ça changera les choses, observa Judith.

— Un beau jour, il se réveillera, avoua François. Il a peut-être envie de lui montrer qu’il est capable d’en faire plus que ses parents.

— Certainement. Elle profite de cette situation et sa naïveté. Moi, je ne sais plus du tout quoi faire.

— Je ne pourrai pas t’aider malheureusement. J’ai ma vie, maintenant. Elle me suffit. J’espère que tu me comprends.

— Je le sais, François. Mais je ne veux pas te perdre une nouvelle fois.

— Tu ne m’as jamais perdu. Et la porte de ma maison restera toujours ouverte pour toi, maman.

Judith ne s’incrusta pas davantage. François la raccompagna à sa voiture et l’embrassa sur la joue une dernière fois avant qu’elle ne s’en aille. L’un comme l’autre s’était réconforté. Maintenant, François savait qu’une nouvelle vie démarrait. Élisa lui prouvait une nouvelle fois qu’elle l’aimait plus que tout. Ce n’était pas parce qu’elle avait perdu leur enfant, qu’ils devaient se séparer. Au contraire, cette nouvelle épreuve les rapprochait. Mais lequel des deux aura un jour l’audace de voir en l’autre tout le contraire d’une menace ?

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