Chapitre 31

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Les deux jeunes amoureux firent la queue pour caresser de la main, la Grotte de Lourdes où six millions de personnes se rendaient chaque année. Une fois le chemin accompli, ils mirent ensemble un cierge et souhaitèrent profondément voir leur famille s’agrandir. Puis, ils revinrent vers les robinets.

François avait prévu deux bidons de trois litres et deux verres. Il les remplit ensemble puis il laissa Élisa boire un premier verre. L’eau était tellement bonne et fraîche qu’elle s’en offrit un deuxième.

— Non ! Lâcha-t-elle soudainement en se touchant le ventre.

— Quoi ? demanda François, étonné.

— Rien. Je deviens folle, je crois. Pardonne-moi. Je suis tellement heureuse d’être ici que mes pensées m’égarent.

Quelques secondes passèrent et, cette fois devant tout le monde, Élisa jura :

— Nom de Dieu !

— Élisa ! Ça ne se fait pas de jurer dans un lieu saint comme celui-ci, objecta-t-il.

— J’ai senti deux coups !

— Comment ça ?

— Dans mon ventre !

— Tu plaisantes ?

— Pas du tout.

— Ça ne me fait pas rire, déclara-t-il.

— Moi, non plus. Je suis sérieuse ! Je crois que je suis enceinte ! osa-t-elle.

— Tu as senti deux coups parce que tu as bu deux verres, c’est tout.

Il n’avait même pas terminé sa phrase qu’elle venait d’en ressentir un troisième. Trop excitée devant tout le monde, elle prit sa main et la posa sur son ventre. Se sentant gêné de sa stupéfaction, François ne savait plus où se mettre devant les gens qui assistaient à la scène.

Soudainement, il sentit à son tour, un nouveau coup du bébé qui avait bien l’air d’être présent dans le ventre d’Élisa. Comment était-ce possible ? Aurait-elle fait un déni de grossesse ?

Ne souhaitant pas voir une foule de gens s’agglutiner sur eux, il décida d’en terminer avec ses bidons et désira sortir de ces lieux religieux le plus rapidement possible.

La jeune femme ne comprenait pas sa réaction. Elle restait stupéfaite parce qu’il venait de se produire. Lorsqu’ils furent un peu plus au calme, elle lui déclara que son souhait le plus cher se trouvait exaucé. Celui d’avoir une famille avec lui.

— Il est hors de question, à ce qu’on l’appelle Jésus ou Marie ! s’écria-t-il.

— Mais c’est un enfant bénit ! S’excita-t-elle.

— Ah, non ! Tu ne vas pas faire comme mon grand-père ! s’emporta-t-il.

— Comment ?

— Il avait mal à une dent et il paraît qu’après avoir bu de l’eau de Lourdes, sa dent était partie, volatilisée ! dit-il, en faisant de grands gestes avec ses mains. Monsieur est un miraculé !

— Tu ne crois pas aux miracles ?

— Élisa, s’il te plait ! demanda-t-il, en souhaitant la voir devenir un peu plus raisonnable. Le docteur nous a dit qu’avoir un enfant était quasiment impossible !

— Non, il nous a dit qu’il restait un infime espoir et que ce ne serait pas pour tout de suite ! Il faut que nous soyons à Lourdes pour qu’il se montre ! dit-elle, en touchant son ventre.

— Il n’est même pas né qu’il commence déjà à me faire chier ! Tu n’aurais pas pu attendre que nous soyons à Arcizans-Avant ! dit-il, en regardant le ventre d’Élisa. Avec ses convictions, elle va faire de toi un curé !

— C’est un miracle ! répéta-t-elle.

— Ce n’est rien du tout ! renvoya-t-il.

— C’est grâce à l’eau de Lourdes !

— Normal ! Elle est tellement fraîche qu’elle a dû le réveiller ! remarqua-t-il avec sa mauvaise langue.

— Qu’est-ce que tu insinues ? dit-elle, en arrêtant son pas.

— Rien du tout.

— Que je suis toujours chaude ?

— Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit !

— Mais c’est ce que tu penses !

— Élisa. Nous sommes à Lourdes. Parlons d’autres choses s’il te plait ! L’obscénité ne te va pas du tout, d’ailleurs !

— Nous règlerons ça dans notre gîte.

— Avec grand plaisir, dit-il, en reprenant sa marche.

— Et le chemin de croix, tu en fais quoi ?

— Bah, si tu es enceinte, mieux vaut l’éviter. Tu veux faire une troisième fausse couche ?

— Crois-tu que je l’aie fait exprès d’avoir perdu ces deux bébés ? répondit-elle, vexée.

— Non, mais ça monte dur ! Ça ne serait pas raisonnable de le faire.

— Il était là hier, ajouta-t-elle en montrant son ventre. Ça ne nous a pas empêchés de faire tous ces kilomètres !

— Et les bidons, tu veux que je les traine ?

— Ils seront ton chemin de croix pour ta peine ! conclut-elle, en prenant la direction de celui-ci.

François fut bouche bée face à sa réplique. Elle était tellement décidée qu’il n’avait pas d’autres choix que de la suivre. Si j’avais su, j’aurais fait ces bidons en fin de journée, se dit-il entre les dents. Oui, monsieur Le Pigeon venait une nouvelle fois de se faire plumer.

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