Chapitre 33

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Quelques secondes passèrent et celle-ci le relança à nouveau, car aucune réponse ne venait :

— Bon, eh bien, j’attends ! Que proposes-tu comme prénom ?

— Attends, ça va me revenir, dit-il.

— Pas trop non plus !

— Ça y est ! Izénah !

— Izé quoi ? répéta-t-elle, stupéfaite.

— Izénah ! Cela va aussi bien pour une fille que pour un garçon.

— Où as-tu été dégoter un prénom pareil ?

— C’est le prénom de la compagnie maritime qui mène les touristes de Port-Blanc à l’Île aux moines, dans le Morbihan. C’est joli, non ?

— Tu te moques de moi, là ?

— Pas du tout. Pourquoi ?

— Tu ne veux pas appeler notre enfant Marie ou Jésus, mais par contre tu es prêt pour référencer son identité à une compagnie de bateau qui amène des touristes sur une île de curé !

— De moines, chérie ! Mais il n’y en a plus aujourd’hui !

— Tu sais que tu m’agaces sérieusement ?

— Je te faisais juste ma proposition.

— Une suggestion qui s’accorde aussi bien avec toutes celles que je viens de faire !

Voyant qu’ils n’arriveraient pas à trouver un terrain d’entente, François proposa de remettre cette discussion à plus tard.

Le ragoût était prêt. Aussitôt, ils se mirent à table et allumèrent la télévision pour s’informer de l’actualité. Depuis l’élection du nouveau Président de la République, les couacs ne cessaient de se répéter dans son gouvernement. Celui-ci avait d’ailleurs supprimé la défiscalisation des heures supplémentaires, pensant que ça allait amener les patrons à embaucher plus et faire baisser la courbe du chômage. Finalement, il se trompait, car les chiffres ne cessaient d’aller dans le sens inverse.

— On n’est pas sorti de l’auberge avec ce nouveau président ! Les politiques vivent vraiment sur une autre planète, s’exprima François.

— Pourquoi ? demanda Élisa.

— Ils disent que nos impôts ne vont pas augmenter, mais avec ces heures supplémentaires qui ne sont plus défiscalisées, ce gouvernement ne nous aide pas du tout à embaucher du personnel.

— Sans oublier qu’ils sont nombreux, ceux qui profitent du système !

— Toi qui étais pour les socialistes, tu leur tournes le dos désormais ? s’étonna le jeune homme.

— Ça arrive à tout le monde de se tromper. Je ne suis pas pour une droite qui penche certaines fois à devenir comme l’extrême droite. Je suis pour le multiculturalisme.

— J’avais oublié tes grands mots ! plaisanta-t-il.

— De toute façon, quand tu regardes les médias, il est rare d’entendre de bonnes nouvelles ! J’ignore pourquoi tu voulais les regarder ce soir.

— Juste pour m’informer.

— Lire le journal du coin me suffirait ! lâcha la jeune femme.

— D’ailleurs, il y a une question que je me pose à ton sujet.

— Laquelle ?

— Tes convictions religieuses ne sont pas du tout en accord avec les décisions politiques du parti que tu soutenais.

— Comment ça ?

— Le mariage pour tous va bientôt voir le jour !

— C’est bien pour ça que je ne le soutiens plus !

— Tu pourrais revenir vers la droite, proposa François.

— N’y pense même pas !

Quand leur repas fut terminé, Élisa alla se coucher et François rangea la maison. Chaque jour, ils inversaient les rôles. Entre eux, ils avaient inséré une égalité sans faille.

En s’installant près d’elle, dans leur lit, il prit un livre sur sa table de chevet. Dès ce soir, il envisageait de le terminer vu qu’il lui restait qu’une dizaine de pages à parcourir.

Cet ouvrage racontait l’histoire d’un homme partageant des souvenirs d’enfance, d’adolescence, des connaissances. Il était à la fois romancé, mais aussi rempli de poésie.

— Tu les dévores les bouquins, remarqua Élisa.

— Tu sais très bien que j’ai toujours aimé lire.

— Ça raconte quoi ?

— On rentre dans la vie d’un gamin qui se nomme « Sacha ». C’est un enfant qui nous fait part du savoir que ses grands-parents lui ont transmis.

— Il n’a pas de parents ?

— Si. Mais on observe qu’il est en conflit avec son père. Un peu moins avec sa mère.

— Tu dois te reconnaître en lui. Je comprends mieux pourquoi tu dévores ce bouquin !

— Non, c’est une bouffée d’oxygène qui te permet de découvrir aussi la vie campagnarde dans les Pyrénées-Orientales.

— C’est qui l’auteur ?

— Laurent Cassagne.

— Je ne connais pas.

— Une très belle plume, en tout cas. Je suis sûr que ce livre te plairait. La religion a une place importante dans cet ouvrage.

— Vraiment ?

— Si je te le dis !

La jeune femme se leva et fila chercher leur appareil photo. Elle avait envie de regarder toutes ces images qu’elle avait découvertes à ses côtés. Il y en avait près de neuf cents ! Les albums allaient devenir nombreux, car il était hors de question pour elle de les stocker juste dans un disque dur. Il fallait prendre les meilleures et cela risquait d’être bien difficile.

— Au fait, je crois avoir trouvé un bon prénom pour notre enfant.

— Et là voilà qui recommence ! Izénah ne te plaisait pas ?

— Non. Ce n’est pas mon style.

— OK.

— Je pensais à Sylvain, continua-t-elle.

— Sûrement pas ! Oublie ça tout de suite !

— Quelle en est la cause cette fois ? dit-elle après un long soupir.

— J’avais un collègue qui s’appelait ainsi. Chaque jour, lorsqu’il pétait, il était préférable de se mettre à cent mètres de lui !

— Tu plaisantes, j’espère ? demanda-t-elle en trouvant sa raison stupide.

— Quand je changerai les couches du petit, je n’ai aucune envie de penser à ce collègue s’il me chie dessus.

— Alors, Mathieu !

— Non plus ! Ça, c’était le pervers de la boite !

— Mais tu ne travailles plus dans cette entreprise, François ! On dirait qu’elle te manque !

— Pas du tout.

— Bon, donne-moi les prénoms de tes anciens collègues. Comme ça, je les éviterai, annonça-t-elle en voulant faire pour lui, un effort supplémentaire.

— Alors, il y a Ibrahim, Yassan, Mohamed, Youssef…

— François ! coupa-t-elle. De préférence, des prénoms français !

— Mathieu, Sylvain et moi étions les seuls français en découpe. Ah, non ! Il y avait Cédric aussi !

— Tu souhaites vraiment ta mort ce soir ! approuva Élisa en commençant à perdre patience.

— Est-ce de ma faute s’il n’y a que les étrangers pour faire le sale boulot ?

— François ! cria-t-elle avec un air menaçant et en le faisant sursauter.

— Mais, ne me regarde pas comme ça ! Je n’ai rien dit de mal !

— Je préfère dormir plutôt que d’écouter tes idioties !

— Bah, voilà ! Ça va être encore de ma faute ! Est-ce que je suis responsable des Français qui ne veulent pas travailler ?

— Inutile d’en rajouter ! La France aime travailler ! Si les Français pointent au chômage, c’est parce qu’ils ont perdu leur emploi et qu’il est difficile pour eux, d’en retrouver un. Pourquoi ? Parce que les patrons cherchent toujours à payer de la main-d’œuvre au SMIC pour s’en mettre plein les poches.

— Au moins, je sais pour qui tu as voté aux dernières élections !

Elle ignora sa remarque et lui tourna le dos pour retrouver les bras de Morphée. Le faisait-il exprès ? Pourquoi la cherchait-il autant ce soir ?

Mettant sa nervosité sur le compte de sa grossesse, celui-ci ne chercha pas à la provoquer davantage. De toute façon, ça ne changeait rien aux sentiments qu’il éprouvait à son égard. Il l’aimait avec ses défauts et ses qualités.

Quelques heures plus tard, après s’être rendormi, François se réveilla brusquement. Élisa ne lui tournait plus le dos. Elle s’était endormie en posant sa tête au-dessus de son cœur. Elle aimait l’entendre battre. Mais le nouveau venu n’avait pas l’air d’aimer cette proximité. Du coup, François ressentit ses coups contre lui.

— C’est un enfant béni, chuchota-t-elle. Je t’aime François.

— Moi aussi. On l’appellera Gabriel.

— Et que fais-tu de la chanson ?

— Oublions.

— La religion ?

— Peu importe ce que ça sera, il te ressemblera et deviendra un ange comme toi.

— T’es sérieux là ?

— Je peux réfléchir ?

— Non, je crois que c’est trop tard.

— Eh ! Il va se calmer à me donner des coups comme ça !

— Ce n’est que le début, mon cher.

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