Chapitre 36

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(24 Décembre 2012)


Cette fois, la famille et les amis étaient loin de se mêler de leur histoire. Seule, Judith savait qu’elle allait devenir grand-mère. Dominique voyait son fils de temps à autre, mais il ignorait tout. François préférait garder la surprise. Il n’était venu qu’une fois chez ses parents, sans Élisa. Il se demandait par moment, si sa mère avait tenu sa langue vis-à-vis de son père. Il le savait très bon comédien !

Les mois étaient passés et le ventre d’Élisa s’était bien arrondi. François jurait que c’était un garçon. Élisa espérait avoir une fille. Le principal pour tous les deux était de voir leur enfant arriver en bonne santé.

Depuis quelques semaines, Élisa s’était mise en congé de maternité. François devait alors gérer seul son magasin et cela ne lui simplifiait pas la vie, car nous étions en pleine période de Noël. Et ce n’était pas toujours aussi simple !

Grâce à Patrick, son beau-père, il embaucha une personne. Patrick lui présenta plusieurs profils. Il en eut de toutes les couleurs. De la petite brune à lui faire du charme pour obtenir le poste jusqu’au plus fainéant dont son but n’était pas de servir le client, mais d’empocher de l’argent.

Heureusement, parmi tous les profils, il trouva un homme plus âgé que lui. Il avait un peu plus de trente-cinq ans. Au départ, François le surveillait de près et très vite, il apprit à lui faire confiance et à devenir de bons amis, en dehors du travail. Patrick lui disait souvent qu’il fallait se méfier de tout le monde. Pour François, plus on devenait paranoïaque, moins on vivait ! Mais Patrick, n’avait-il pas raison ? S’il avait été patron, il aurait été du genre à ne pas faire confiance à son personnel. François demeurait son contraire.

Chaque soir, en fermant son magasin, il filait sur le parking de La Rochefoucauld. Les rues du centre d’Angers étaient formidablement bien éclairées. La foule se trouvait nombreuse pour trouver un dernier cadeau afin de faire plaisir.

Aujourd’hui, exceptionnellement, Élisa venait le chercher avec sa voiture. Il n’aimait pas la voir conduire dans cet état. Il lui restait quelques petites courses à faire et vu qu’il travaillait, elle avait envie de lui préparer un bon dîner en cette veillée de Noël. Était-ce pour autant raisonnable ?

En arrivant sur le parking, il vit sa voiture, mais celle-ci ne se trouvait pas à l’intérieur. Où était-elle encore passée ? Il attendit cinq minutes. Puis au bout de dix minutes, il la vit arriver toute souriante avec un sac dans la main.

— Qu’est-ce que tu faisais ? dit-il sur un ton ahuri.

— J’étais parti faire quelques derniers cadeaux !

— À la veillée de Noël ?

— Je n’ai jamais été championne pour m’y prendre en avance, constata-t-elle. J’ai fait quelques courses comme convenu que j’ai rangé ce matin.

— Ce n’est pas du tout sérieux, ma chérie. Tu en fais beaucoup trop ! Et puis, avec la foule qui traine aujourd’hui, je me demande si tu as envie d’accoucher dans le centre, lâcha-t-il.

— François, la venue de cet enfant est prévue que dans un mois !

— La seule chose que je demande, c’est qu’il ne vienne pas ce soir.

— Arrête ! Il va finir par croire que tu ne le souhaites pas.

— Je ne veux simplement pas le voir devenir curé avec tes convictions religieuses.

— Bah s’il vient ce soir, on l’appellera Jésus !

— T’es sérieuse ?

— Bah, bien sûr ! rétorqua-t-elle avec ironie.

— Tu me passes les clés ?

Elle s’exécuta. François fit le tour de sa voiture et lorsqu’il mit le moteur en route, il l’entendit pousser un gémissement lorsqu’elle s’installa à ses côtés. Inquiet, il lui demanda ce qu’il se passait. Elle déclara qu’elle ne se sentait pas bien. Soudain, la pluie se mit à tomber violemment :

— Seigneur Jésus-Marie ! Je crois que je suis en train de perdre les eaux ! déclara-t-elle.

— Vierge Marie de Saint-Joseph, tu vas nous faire un petit Jésus ! Il ne manquait plus que ça ! lâcha-t-il. Je fonce à l’hôpital.

— Le gynécologue a dit que c’était pour fin janvier ! répéta-t-elle.

— Je suis né un mois en avance ! informa François. Je te dis que c’est un garçon et qu’il fera comme moi !

— Tu n’es pas né un 24 décembre, fit-elle savoir.

— Non, un 14 juillet ! En plein feu d’artifice ! Ce n’est pas mieux !

Il n’avait même pas terminé sa phrase, qu’Élisa cria de douleur. Le feu d’artifice se déclarait plutôt à l’intérieur d’elle-même.

À toute vitesse, François démarra sa voiture et recula trop rapidement.

— Oups ! dit-il. Je crois que je suis rentré dans une voiture.

— J’ai perdu les eaux !

— Ah, non ! Pas maintenant !

— Je sens qu’il arrive ! affirma-t-elle.

— Tu vois, tu admets que c’est un fils !

— S’il te plait, aide-moi.

— Bon, le boulet de canon ! Ce n’est pas parce que je viens de parler de feu d’artifice, que tu dois sortir de suite pour autant ! dit-il au bébé.

— J’ai mal, gémit-elle.

François sortit de sa voiture et regarda les dégâts en vitesse. La sienne n’avait rien, mais l’autre se trouvait mal en point.

— Tant pis ! Le bébé n’attendra pas ! se dit-il à voix haute.

De toute hâte, il remit le moteur en route et fila vers la sortie du parking quand soudain :

— Ah, non !

— Quoi ?

— On est bloqué.

— Tu plaisantes ? dit-elle, le front en sueur.

— Attends, je vais faire une marche arrière.

François recula. Il n’y avait aucune issue. La pluie qui s’abattait sur le pare-brise l’énervait plus que tout. Élisa devint toute blême. Ne sachant que faire, il sortit de la voiture, plia ses sièges et l’invita à s’allonger à l’arrière du véhicule afin de se sentir plus à l’aise.

— Tu ne peux pas lui demander d’attendre jusqu’à demain matin ?

— J’ai mal.

— Oui, je le sais. Oh, merde ! T’as vu le siège de la voiture ! Il est tout mouillé. Et c’est quoi ça ? dit-il en approchant son doigt. On dirait des glaires. Comment je vais faire pour enlever ça, moi ?

— Merde, François ! s’emporta Élisa. Au lieu de faire des caisses pour ta voiture, occupe-toi de moi, bordel !

— Eh, du calme, ma puce ! Mais attends, tu n’envisages pas d’accoucher dans mon coffre de voiture ?

— Ai-je vraiment le choix ? rétorqua-t-elle, en serrant les dents.

— Et la moquette ?

— Nom de Dieu ! Au lieu de penser à la moquette de ta bagnole, tu ne peux pas m’aider à le faire sortir !

François aida Élisa à se positionner plus confortablement. Il était garé en plein milieu d’une allée sur le parking de La Rochefoucauld.

Se trouvant gêné de laisser Élisa à découvert, dans cette position devant quelques inconnus, il décida de fermer le coffre de son Kadjar :

— Tu fais quoi ?

— Ça ne se voit pas ? Je ferme le coffre.

— Mais j’ai besoin d’air !

— Attends, tu ne vas pas te montrer comme ça devant tout le monde !

— Je m’en moque des autres ! hurla-t-elle. Je suis en train de donner la vie à un môme qui me fait autant chier… que toi en ce moment ! Aïe, aïe, aïe !

— Euh, je crois que tu as raison finalement, affirma-t-il.

Elle criait tellement qu’elle lui cassait les tympans. Soudain, il lui demanda d’écarter un peu plus les cuisses.

— Je ne suis pas de la volaille ! hurla-t-elle.

— Tu as peut-être mal, mais tu n’es pas obligée d’être méchante ! Je fais ce que je peux !

— J’ai des jambes François !

— Oui, mais ça sort bien entre les cuisses, non ?

Sa tête la faisait rire. Le problème, c’est que ça amplifiait ses douleurs et les contractions devenaient de plus en plus violentes. François lui annonça de respirer calmement et de pousser au moment où ça faisait le plus mal.

— J’ai souvent vu ça dans les films ! déclara-t-il.

— Putain arrête avec… ah…

— Oui, c’est bien, ensuite c’est B !

— Je vais le tuer !!!!!

Les yeux d’Élisa le fusillaient du regard. Il ne perdait rien pour attendre. En tout cas, sans y réfléchir, elle lui préparait son plus beau cadeau de Noël. Celui de devenir papa.

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