Chapitre 37

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— Tu m’énerves ! balbutia-t-elle, en reprenant son souffle.

— Ça y est, je crois que c’est la tête que je vois ! Au moins, il sort dans le bon sens !

Des personnes par curiosité s’approchèrent. François demanda de s’écarter pour laisser de l’air à sa compagne. Or, lorsqu’il vit la tête ensanglantée du bébé, son visage devint blême. Il commença à tourner de l’œil.

— Non, s’il te plait ! Ne m’abandonne pas, supplia Élisa. Ce n’est pas le moment !

Elle n’avait même pas terminé sa phrase qu’il avait déjà perdu connaissance. Comme une conne, elle ressentit une nouvelle douleur et cria en poussant de tout son être. Elle sentit le petit naître et sortir de son corps. Cette situation inédite et si imprévue l’inquiéta plus que tout. Le stress n’était pas bon, elle le savait. Elle devait rester calme devant les passants qui se demandaient ce qu’il se passait au milieu de ce parking. Soudainement, une pervenche fit son apparition et éloigna les gens qui se trouvaient agglutinés autour de leur voiture, située au beau milieu d’une allée.

Certaines personnes l’encourageaient à pousser et d’autres se trouvaient horrifiés à la voir ainsi donner la vie dans le coffre d’une voiture. Quelques-uns la plaignaient de vivre un tel moment juste avant la soirée du réveillon de Noël.

— Mais vous accouchez ! s’exclama la pervenche.

— Oui, mon compagnon a tourné de l’œil, déclara Élisa.

Trempée par la pluie, la pervenche se protégea sous le coffre ouvert. Elle enleva sa veste et aida Élisa à accoucher. La jeune femme la reconnut aussitôt. C’était celle qui leur avait mis une amende, l’an passé. Elle se sentait tellement mal dans cette position, qu’elle mit sa colère ou sa fierté mal placée de côté.

La fonctionnaire l’aida à reprendre son souffle. Elle appela les pompiers, mais une petite fille ne les attendit pas pour pointer le bout de son nez. François s’était trompé. Allait-il être déçu, lui qui s’attendait tant à être le papa d’un petit garçon ?

Il n’était pas loin de vingt heures. François demeurait inconscient au sol et ne se réveillait toujours pas. Heureusement pour lui, la pluie se calma. Afin de le protéger, la pervenche prit une couverture qui errait dans le coffre de son véhicule et la déposa sur son visage. Il était tellement lourd, qu’elle ne savait pas du tout quoi faire de lui.

Une fois le bébé sorti, les pompiers arrivèrent et aidèrent Élisa à se délivrer du placenta. Sans aucune péridurale, l’accouchement se déroula miraculeusement bien. Très fatiguée, Élisa remercia la pervenche et lui demanda son prénom.

— Je m’appelle Marie, affirma-t-elle.

— Merci d’être intervenue. Sans vous…

— C’est la première fois que j’exerce ce genre de chose dans ma profession, scanda Marie. J’aurais vraiment tout vu avec vous dans ce parking !

— Nous sommes encore bloqués, avoua Élisa avec un mince sourire.

— Cela ne vous a pas servi de leçon !

— Non. Ça reste notre lieu de rencontre.

— Vous avez dégoté un sacré pigeon quand on le voit affalé comme il l’est au sol.

— C’est sûr. Il n’est pas très…

— Téméraire ? coupa Marie.

— C’est un trouillard en effet et très volatile ! Cela dit, il possède de nombreuses qualités qu’il dissimule bien, avoua Élisa.

— Faire naître un enfant, un soir de Noël, vous évitera de faire à nouveau les cadeaux.

— Ça tombe bien, son père est assez radin, se permit d’avouer Élisa.

— En tout cas, cette petite a tout pour lui plaire ! Affirma Marie.

À leur tour, les gendarmes arrivèrent au moment où un conducteur se délogea d’une place où il n’avait pas le droit de se garer. Les pompiers finirent par ramener François à la vie. Il se trouvait dans un sale état. Lorsqu’il se réveilla, Élisa se trouvait déjà en route pour l’hôpital. Le plus dur avait été fait.

Ne voulant pas avoir de nouveaux ennuis supplémentaires avec la police, les gendarmes contactèrent le capitaine Laroche.

Quand il arriva sur le parking de La Rochefoucauld et qu’il découvrit le Kadjar, il regarda l’un des gendarmes en affirmant.

— On aura vraiment tout vu avec ce parking ! L’an passé, des voitures calcinées et aujourd’hui, une naissance. Il va vraiment falloir que nous fassions quelque chose !

— Devons-nous appeler la fourrière pour le Kadjar ? demanda un gendarme.

— Il appartient au jeune papa ?

— Oui.

— Ils n’ont rien demandé. Comment s’appelle-t-il ?

— Monsieur Le Pigeon, intervint la pervenche.

— Vous vous moquez de moi ?

— Non, pas du tout.

— C’est sa femme qui a accouché dans sa voiture ?

— Oui, je l’ai aidée ! Ils ont eu une petite fille !

— Ce pigeon, il va me faire tourner dingue ! lâcha-t-il.

— Vous le connaissez ? demanda la pervenche.

— C’est celui qui s’est fait brûler sa voiture, l’année dernière. Et vu l’état de son coffre, après le feu, c’est au sang dont il va avoir le droit.

— Oui, je le sais, car je suis aussi la pervenche qui leur a donné une amende lorsqu’ils se sont rencontrés ! À ce propos, voici les clés de sa voiture. Il serait mieux de la garer dans un lieu plus sûr, lâcha-t-elle à l’égard du capitaine. Comme le parking de l’hôpital.

— Parce qu’il faut que je serve de pigeon à mon tour ? s’écria-t-il.

— Capitaine. Comment étiez-vous le jour où vous avez vu votre premier enfant venir au monde ?

— Euphorique. Un peu stressé. Et puis, la question ne se pose pas, Marie ! De plus, ma femme n’a pas accouché dans le coffre de mon véhicule sinon…

— Oh, je vois tout à fait ce que vous auriez fait, coupa-t-elle. Et justement, essayer de le comprendre. Je suis d’ailleurs sûre qu’il sera ravi de vous retrouver à l’hôpital !

— Et puis quoi encore ? Il va falloir que je me propose comme nounou ensuite ?

— Je les ai bien aidés à faire venir leur fille au monde ! Et pourtant, ce n’est pas inclus dans mes fonctions.

— Justement ! Allez donc mettre des amendes aux voitures mal garées ! ordonna le capitaine Laroche.

Celui-ci prit entre ses mains la voiture de François et la gara sur le parking de l’hôpital d’Angers. La pervenche l’avait piégé. Il se trouvait obligé de rendre les clés à son propriétaire. Du coup, il fila à l’accueil et décida de les remettre à la secrétaire afin qu’on puisse les restituer à François. Comme approuverait le capitaine : je préfère me faire passer pour un pigeon plutôt que de l’être. Il m’est hors de question de le devenir à six mois de ma retraite !

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