Chapitre 38

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Par simple précaution, François se reposait dans une chambre d’hôpital. Ce réveillon de Noël, il allait s’en souvenir. Le dîner que sa compagne avait prévu tombait à l’eau. Mais à cet instant, il savait qu’il était papa. Toutefois, il ignorait toujours le sexe de son bébé.

Une infirmière, âgée d’une trentaine d’années, arriva. Elle était brune, bien élancée, portait des lunettes qui donnaient encore plus de charme à ses yeux bleu-vert.

— Mon fils, où est-il ? demanda François, sûr qu’il avait mis au monde un garçon.

— Il y a eu plus de frayeur que de mal, affirma l’infirmière.

— Comment ça ?

— Cela vous arrive souvent de perdre connaissance ?

— Je n’aime pas la vue du sang ou plutôt, je ne la supporte pas.

— Ah ! Vous êtes hématophobique !

— Hémato quoi ?

— Vous ne supportez pas le sang.

— Oui, c’est ce que je viens de vous dire.

— Je comprends mieux votre malaise. En tout cas, quand vous étiez inconscient dans ce parking, les pompiers en ont profité pour vous faire une prise de sang et…

— Je vous arrête tout de suite ! coupa François. Il est hors de question à ce que je prends un traitement comme mon père pour le diabète !

L’infirmière ne put s’empêcher de rire au nez de François. Sur le même ton, elle ajouta :

— Vous êtes un drôle d’oiseau, monsieur Le Pigeon ! Et rassurez-vous, vous avez de belles années devant vous.

François se sentit soudainement idiot face à cette jeune femme. Elle lui affirma qu’il possédait un sang assez rare, un sang qui pourrait sauver de nombreuses vies. En réalité, elle le testait pour voir s’il était bien hématophobie. Lorsqu’elle le vit se toucher les mains, elle comprit qu’il ne jouait pas la comédie sur cette peur. Le simple fait de parler de sang l’angoissait. N’attendant pas plus longtemps et pour lui changer les idées, elle ajouta que le docteur l’autorisait à aller voir sa petite fille.

— C’est une fille ? répéta-t-il.

— Oui, vous l’ignoriez ?

— Je pensais que c’était un garçon.

— Elle reste quand même en très bonne santé. Sa maman dort en ce moment, mais elle va bien. Je pense que vous allez pouvoir vous souvenir de ce Noël.

— Oui, c’est vrai. Joyeux Noël à vous !

— À vous aussi.

En quittant la pièce, François aperçut dans le couloir des guirlandes qui erraient à divers endroits. Il y avait aussi un sapin dans une salle de repos. Le couloir restait désert, car à cette heure de la soirée, les visites n’étaient plus autorisées. Il quitta le bâtiment et fila à la maternité. Il faisait nuit et toujours aussi mauvais temps. Cette année, le père Noël ne distribuera pas ces cadeaux sous la neige. Quel temps de chien ! pensa François.

Bien sûr, l’accueil de la maternité se trouvait éteint. Pour y accéder, il devait passer par les urgences. Les détours, les contours et les allers et retours, il connaissait ça ce soir.

Tant bien que mal, il suivit les pancartes qui indiquaient le dortoir des nouveau-nés en pénétrant dans la maternité. Vu que son enfant venait de naître, il avait le droit d’être là, à ses côtés, pour l’accompagner dans sa première nuit au moins quelques instants.

À l’entrée du dortoir, il croisa une infirmière de nuit qui le reçut gentiment.

— Je sais que les visites sont interdites, mais j’ai l’autorisation d’un docteur pour rencontrer ma fille.

— Comment s’appelle-t-elle ?

— Gabrielle Le Pigeon.

— Gabrielle ? s’étonna l’infirmière.

— Oui. Gabrielle Le Pigeon.

— J’ai bien une Marie Le Pigeon, mais pas une Gabrielle !

— Vous plaisantez ?

— Pas du tout. Tenez, suivez-moi.

Comment Élisa, avait-elle pu changer le prénom de leur enfant à la dernière minute ? Elle qui s’amusait à dire qu’il devait tout partager ensemble. Elle ne perdait rien pour attendre.

Quand il aperçut cette petite fille de deux kilos et six-cents grammes, dormant profondément, il ne put s’empêcher de sourire avec fierté et d’avoir une larme de joie.

— C’est ma fille, ça se voit, dit-il. Elle suce son pouce comme je le faisais quand j’étais petit. Qu’est-ce que tu es belle !

— Non ! Dites-moi que je rêve ! intervint une voix bien masculine dans son dos.

Le jeune papa se retourna et le choc fut brutal. Antoine lui faisait face ? Que faisait-il dans un tel lieu, lui aussi, un soir de Noël ?

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