Chapitre 40

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Le lendemain matin, François arriva dès l’ouverture de la maternité. Il ne voulait rien rater. Aujourd’hui, on allait donner le premier bain à Marie. Il voulait à tout prix être présent.

Élisa n’avait pas cessé de dormir pour récupérer de son accouchement. Elle n’avait aucun moyen pour le contacter puisque son portable était resté dans sa voiture et qu’elle ne connaissait pas son numéro par cœur. Elle demeurait inquiète par rapport au fait qu’elle a appelé au dernier moment, leur fille : Marie. Elle appréhendait la réaction de François. Comment allait-il prendre cette initiative, surtout lors d’un soir de Noël ?

Peu importe le prénom, le fait que leur fille soit en bonne santé demeurait l’essentiel pour le jeune homme. Lorsqu’il rentra dans la chambre d’Élisa, il aperçut une autre jeune femme qu’il ne connaissait pas. Elle était blonde, ses yeux étaient verts. Elle portait un piercing sur sa lèvre inférieure et François observa un tatouage sur son épaule droite, qui représentait la tête d’un loup. Celle-ci lui informa que sa compagne se trouva de l’autre côté du rideau installé au milieu de la chambre, qu’elles partageaient ensemble. Rassuré, François alla au fond de la pièce et découvrit sa compagne. Afin de se jouer d’elle, il s’amusa à faire croire.

— Coucou, mes amours ! C’est papa ! Alors, comment va mon petit garçon ?

Le sourire d’Élisa disparut aussitôt, suite à ce qu’il venait de déclarer.

— Euh… François. C’est une fille !

— Ah, bon ?

— Tu ne le savais pas ? dit-elle, déçue pour lui. J’espère que tu n’as pas prévenu toute la famille en leur disant que c’était un garçon ! s’inquiéta-t-elle.

— Merde, j’ai totalement oublié d’appeler qui que ce soit !

— En plus, c’est Noël, aujourd’hui ! Papa va s’angoisser s’il ne me voit pas arriver chez lui pour le repas de ce midi.

— De toute façon, on ne pourra pas y aller ! fit observer le jeune homme.

— Bah, ça, je le sais !

— Donc, c’est une fille ?

— Oui.

— Bon, ce n’est pas grave, ajouta-t-il en continuant sa comédie. Tant qu’elle se trouve en bonne santé, c’est le principal ! Et puis, ce ne sont que deux lettres à rajouter sur ton joli prénom. Pas vrai, ma jolie Gabrielle !

De nouveau, le sourire d’Élisa disparut de son visage. Le faisait-il exprès en ce jour de Noël ? Elle eut tout de suite la réponse à son interrogation quand il rajouta :

— Tu me reconnais ! C’est papa ! C’est le gentil monsieur qui est venu te rendre visite hier soir ! dit-il en se vendant, sans le vouloir.

— Alors, toi ! Tu ne perds rien pour attendre !

— Tiens ! J’allais dire la même chose ! rétorqua-t-il.

— Pourquoi as-tu joué la comédie alors que tu savais que je l’avais appelée Marie ?

— Un prénom que je ne voulais pas, répondit-il.

— C’est le prénom de celle qui m’a aidée à la mettre au monde !

— Tu plaisantes ?

— Pas du tout. Et pour ta gouverne, papa a raison ! Tu es une vraie petite chochotte !

— Est-ce que j’y suis pour quelque chose si je ne supporte pas la vue du sang ?

— En tout cas, j’aimerais bien que nous l’invitions à la maison pour la remercier de m’avoir aidée à accoucher.

— Qui ça ?

— Celle qui m’a aidée à faire venir au monde, Marie.

— Mais, on ne la connait même pas !

— Oh, que si ! Nous la connaissons fortement bien ! Tu ne te souviens pas de cette pervenche qui m’a traitée d’hystérie lors de notre rencontre sur le parking de La Rochefoucauld ?

— Non, ce n’est pas elle ? lâcha-t-il, en se mettant la main droite devant la bouche.

— Si !

— Et tu veux l’inviter à manger ? répéta-t-il, ahuri.

— Ce serait la moindre des choses !

— De toute façon, nous n’avons même pas ses coordonnées, constata-t-il.

— Rien ne nous empêche d’aller l’attendre sur le parking de La Rochefoucauld, conclut-elle avec un sourire taquin pour le démoraliser.

Soudainement, Marie qui dormait profondément se mit à bouger. Aussitôt, François se rapprocha de sa fille. Il la regarda avec tendresse et amour. Élisa était sûre qu’il serait un très bon père pour elle.

De l’autre côté du rideau, ils entendirent le bébé de la jeune femme blonde se mettre à pleurer.

— Ce n’est pas que ça me gêne, mais je pensais que nous aurions eu une chambre rien que pour nous, dit tout bas, François.

— C’est temporaire. Demain, ce sera le cas, répliqua Élisa.

— Tu ne la trouves pas… bizarre ? demanda-t-il sur le même ton.

— Non, au contraire, elle est très gentille ! Ce sont les infirmières qui nous ont mis ce rideau entre nous pour qu’on puisse garder notre intimité alors que ça ne sert à rien. Anaïs ! Ça va ? demanda la jeune femme.

— Oui, ne t’inquiète pas.

— Ça te dérange si François enlève le rideau.

— Pas du tout, au contraire !

Le jeune homme se trouvait agacé de voir sa compagne prendre des initiatives sans l’en avertir. Était-ce Noël qui la rendait ainsi ou le fait d’être devenue maman pour la première fois ?

N’ayant pas son mot à dire, François s’exécuta et enleva le rideau entre les deux jeunes femmes. Il ne savait pas du tout comment se comporter avec Anaïs qui ne lui inspirait pas du tout confiance. Mais bon, comme le disait Élisa, c’était temporaire.

— Enchanté, dit-il envers la jeune femme.

— Moi de même. Joyeux Noël !

— Merci, à vous aussi.

— Anaïs, je te présente François, mon pigeon ! s’exprima Élisa.

— Ah, non ! Pas le jour de Noël ! s’exprima-t-il.

— Je plaisante, mon amour. Au fait, tu ne m’as pas rapporté mes cadeaux ? observa-t-elle.

— Non, ils sont restés à la maison. Par contre, dans la voiture, j’ai une valise de vêtements pour que tu puisses te changer. Il me semble que ça te sera plus utile, fit-il remarquer.

— Tu vois, comme je te l’avais dit, il ne peut pas s’empêcher d’être prévoyant, mon homme ! affirma Élisa à l’égard d’Anaïs.

— Et le mien, comme toujours, il se trouve en retard ! acclama la jeune femme.

— J’ai apporté aussi quelques vêtements pour la petite, ajouta François.

— Tu as bien fait ! rétorqua Élisa.

— En tout cas, tu ne devineras jamais ! se lança-t-il.

— Quoi donc ?

François raconta ses péripéties de la veille et ses retrouvailles avec Antoine sans oublier le fait qu’il avait amoché la voiture de sa compagne. Oui, il s’était bien retenu de le lui avouer. Les deux jeunes femmes ne purent s’empêcher de rire. Le visage d’Anaïs perdit son sourire lorsque Antoine fit son apparition dans la chambre, au grand désarroi de François. Que n’avait-il pas encore dit ou fait ? Comment allait réagir Anaïs ?

Prenant sur elle, la jeune femme fit noter à son homme qu’il était en retard.

— Je suis désolée, ma chérie. Mais j’ai eu quelques problèmes.

— De quel genre ?

— C’est que…

— Ça ne concernerait pas ma voiture ? demanda-t-elle, soudain.

— C’est François ? Il t’a tout dit !

— Pour tout me dire, il m’a tout dit ! Ça, je ne peux que l’affirmer !

Le cœur de François battait de plus en plus rapidement. Il avait beau regarder Élisa, celle-ci rigolait intérieurement.

— Tu connais Anaïs ? demanda Antoine à l’égard de François.

— Euh… non.

— De toute manière, intervint Anaïs, cette voiture était bonne pour aller à la casse. Depuis quelque temps, nous n’arrêtons pas d’avoir des frais dessus.

— Bah, à ce propos, je lui ai proposé de la brûler hier, mais il n’a pas voulu ! affirma François.

— Tu as fait quoi ? lança Élisa, sous le choc.

— En tout cas, si je trouvais le pigeon qui m’a fait ça, lâcha Antoine, je crois que je lui arracherais toutes ses plumes !

— Justement ! Il n’existe qu’un seul pigeon de La Rochefoucauld ! Tu n’en trouveras pas deux comme lui, s’amusa Élisa.

— Non, mais tu fais quoi, là ? remarqua François.

— En tant que jeune papa, je te mets face à tes premières responsabilités ! Montre à ta fille comment tu te défends !

Tous les regards tombèrent sur lui. Ne sachant pas quoi faire, à toute vitesse, comme un volatile, il quitta la pièce et partit en courant dans les couloirs de la maternité afin de ne pas être rattrapé par Antoine.

Au départ, il fila vers un ascenseur, mais rapidement, il préféra emprunter les escaliers.

Les deux jeunes mamans ne purent s’empêcher de rire face à la situation. Elles ne risquaient pas d’oublier ce Noël.

— Ah, ces hommes ! Ils demeureront toujours aussi gamins ! constata Anaïs.

— Ça, c’est sûr. Tu sais, avec François, j’en ai vu de toutes les couleurs. Mais ce qui me plait chez lui, c’est que peu importe ce qui lui arrive, il continue de vivre.

— Il n’est quand même pas très téméraire ! affirma Anaïs.

— Effectivement, c’est un grand trouillard. Il a horreur de la violence. Mais pour moi, il restera toujours mon petit pigeon qui demeure moins innocent qu’on pourrait le croire !

— Je me demande bien comment tu fais pour le supporter.

— Il n’a pas que des défauts, rétorqua Élisa. C’est ce que j’ai cru lorsque je l’ai rencontré, la toute première fois. À la maison, on se partage tout. Il lui arrive même de me préparer parfois de bons petits plats.

— Tu as bien de la chance ! Si seulement le mien pouvait me cuisiner autre chose que ses spaghettis à la bolognaise !

— François, c’est la quiche lorraine !

— Pas étonnant qu’ils se sont croisés. Ce sont tous les deux, de grands phénomènes !

— À qui le dis-tu ?

— Je me demande bien comment ils seront dans dix ans !

— Rien que pour être une petite souris, je ne demande qu’à voir ! déclara Élisa en se mettant à rire de joie, aux côtés d’Anaïs.

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