Chapitre 1 : Le paradis perdu
Avertissement
Il est vrai que les histoires de science-fiction sont souvent poussé à l’extrême. Très généralement, elles narrent et décrivent des mondes qui n’ont de cessent de repousser les limites de l’imaginaire,
entre dystopie et utopie, et n’ont de cesse d’éloigner le lecteur de sa réalité encore, nous l’espérons, loin de là… Parmi toutes ces histoires, il est compliqué à présent de proposer quelque chose qui n’est pas encore vue ou revue. Les innovations, les touches personnelles et originales ne passent pas tant par ce qui est raconté en lui-même que la manière de le raconter. Et, en cela, j’ai essayé au mieux de créer une originalité à mon histoire qui a, bien sûr, pour but de vous plaire et de vous divertir. Mais dans la dégénérescence la plus sordide et infâme de l’Homme,voilà qu’il en devient bien habile que de sortir de ce traquenard qu’est l’originalité. Face à vous, oui, face à vous va se jouer la tragédie que l’humanité est destiné à vivre si mes pronostiques sont bonnes… Car au fond, ce n’est pas de l’originalité qu’il nous faut… mais…
Une identité !
Peut-être n’arrivez-vous pas à suivre ce que je dis. Dans ce cas-là, il est temps pour vous de tourner la page et de suivre le fil destructeur qu’est le temps sur l’être humain…
Les progrès techniques et les innovations se sont accéléré.
Paradoxalement, la sur-pollution, la surpopulation et les inégalités ont fait rage.
Le climat s’est déréglé de manière fulgurante.
Les migrations climatiques ont forcé certains États à se barricader.
D’autres ont ouvert leurs portes par obligation.
D’énormes guerres de territoires, de ressources et de pouvoir ont détruit la race humaine jusqu’à ne plus la fragmenter qu’en populations vivant sous des abris de verre…
Elle lève le bras, pointe son doigt en direction du mur de verre, loin, très loin ; un doigt qui se veut partir loin, très loin, partout. Sauf ici. Elle laisse tomber son bras contre sa hanche.
- Météorologue, dans c’petit monde, il y en a du taff. Que ça soit étudier le vents et leurs directions grâce aux ballons stationnaires positionnés à trois-cents, cinq-cents et un kilomètre de haut, la pression de l’atmosphère et de la troposphère ; que ça soit aller farfouiller des morceaux de terres, de sables et de poussières dans leur environnement naturel pour les étudier, étudier leur passé et tout un tas de choses compliquées – qu’on aurait pas soupçonné d’un météorologue - à l’aide, surtout, du labo transportable ; que ça soit vérifier les taux des différents gaz présents dans l’air aux alentours de leurs emplacements ; que ça soit par l’observation, aussi, de tous les sentiers et de tout le ciel ; que ça soit étendre ses recherches sur de la climatologie, de la physique, de l’astronomie, la géologie, gemmologie, spéléologie, des mathématiques… Ouais, c’est compliqué et assez remplit, sans te parler des conditions climatiques abominables. Je te le répète et te le répète, je sais, mais il faut se rendre compte du truc. Tout ça pour le continent sacré, t’imagines ?! Pour une prospérité vaine…
En tant que météorologue, Gaïa est primordiale pour les terres de Zava et pour notre petite société, elle doit décider d’où déplacer les serres et où les placer ensuite. Sorte d’énormes bâches transparentes qui tiennent à l’abri les cultures des rayons extrêmes. Il y en a des plus grosses, faites de verre, pour la population, pour nous, qui rassemblent des territoires bien plus grands, mais elles ne fournissent pas toujours un climat parfait pour notre nourritures et nos récoltes. Bref, Gaïa se charge de déplacer les serres, ce, tous les levés du jours jusqu’à leur résorption. Si on réfléchit bien, elle est donc essentielle pour la bonne culture, donc pour la bonne nourriture, donc pour la bonne survie de notre population : Zava. Sa cheffe, et, accessoirement, la cheffe de toute notre population, Némésis, elle a une phrase pour dire à quel point ce qu’elle fait est important ; elle nous répète toujours : « Pas de météo, pas de gâteaux ! » Oui, c’est nul comme proverbe. Mais à force de l’entendre on ne fait plus vraiment attention. C’est Gaïa qui l’a prêché de l’importance de la météo, elle s’est battue… Puis, de toutes les cheffes de la dynastie, c’est bien elle qui est la moins difficile de caractère, donc elle a écouté et comprit Gaïa.
- Tu vois, je pense que j’en ai marre de toujours être ici, d’être celle chargée et endossée du gros boulot, pour une terre sacrée pour laquelle on prit, sans jamais rien recevoir. Sans trouver de ce fameux Zava nul part qui, « d’antan » était abondant.
Oui. Zava, c’est le nom de notre population, mais c’est aussi le nom d’une pierre. Compliqué.
- D’autant plus avec les minis-famines qui commencent à s’immiscer chez nous, Je pense… mouais, je pense que c’est des conneries tout ça. T’es pas d’accord ?…
Après avoir fait son boulot, généralement, il lui faut arroser les terres, comme tous les soirs et tous les matins, avant d’aller prier. Ce soir, Gaïa est partie dans sa hutte, comme tout le temps, pour aller chercher les déclencheurs d’arroseurs automatique. C’est un peu spécial, il faut les programmer et les remplir avant de les laisser faire leur travail tout seul. Ils sont moins ergonomiques que les anciens modèles, mais depuis la grande guerre qui a fait rage six hivers plus tôt, celle entre nous et Hurta, après cette guerre oui, il fallait bien s’y attendre : la baisse technique des outils élémentaires, contre des armements. Une hausse de sécurité pour un peu moins de liberté, c’est ça le deal. Enfin, celui qu’il nous est imposé. Bref. Je la vois ressortir une fois la tablette de contrôle en main, avant de se diriger vers son arroseur. Je l’accompagne. Moi, je suis son frère. Disons qu’on a presque toujours été ensemble, depuis notre plus tendre enfance, seulement, quelque fois, les choses de la vie nous ont séparé, ou nous on rapproché – qu’on le veuille ou non - mais nous nous sommes toujours retrouvés. Ce n’est pas le fait d’être fusionnel, c’est plus que ça. Bien plus que ça. On se comprend tout le temps, on lit presque dans nos pensées, rien qu’avec un regard, un clin d’œil. Mais là, avec les années, peut-être parce qu’on grandi, que l’environnement change, là, j’ai l’impression qu’elle va de moins en moins… bien. Enfin, c’est pas le bon terme, mais disons qu’il n’y a pas mieux pour le décrire. J’ai l’impression de moins en moins la comprendre. Ça aussi, c’est compliqué.
- Hein frérot, me dit-elle, t’es pas d’accord ? Ce sont des conneries.
- Perso, j’en sais rien, je réponds. Je ne fais que suivre ceux qui sont au-dessus de nous. Némésis. Et le reste de la tribu. Ceux qui ont toujours la parole. Les scientifiques et tout ça. Mais je pense que c’est important de croire en quelque chose, de croire en Zava. Ça nous fait avancer.
Elle descend les marche de la hutte. Je me lève et la suis. Nous marchons vers le robot arroseur. L’hydrobot. Moi, je suis un peu distrait par le ciel. Normal. Même si ça a toujours été là, difficile d’appréhender de telles mégastructures que ces abris de verre. D’abord, les grandes esplanades de verre, aux cartilages en métal, plafonnent les plantes de plusieurs centaines de mètres de haut, sur plusieurs de long ; ce sont les énormes serres qui donnent l’illusion d’un ciel gigantesque et transparent, ensuite, plus encore dans les hauteurs, le véritable plafond, beaucoup plus démesuré, presque imperceptible, lui, nous protège des vents, des rayons, des débris, de la poussières et tout un tas de choses dangereuses. Parce que dehors, c’est invivable. Et si j’y mettais les pieds, c’est vraiment qu’à ce moment-là, je serai fou. Ce plafond, il se courbe puis retombe pour faire un dôme qui nous emmure dans une superficie totalement inimaginable pour l’esprit humain. Alors, mes yeux retombent sur les plus petites serres, voilà des choses plus aisément à ma portée de petit insecte. Mais… à y réfléchir, ça n’est pas rien de les déplacer tout-de-même, bien qu’elles soient sur pilotis à roulette. C’est pour ça qu’elle ne doit pas se tromper, Gaïa, sur où les diriger, car il y a toute une équipe de gros bras avec elle pour qu’elle les guide, qui sut à grosse goutte. C’est aussi pour ça que son travail est complexe, ce n’est pas juste de l’observation, qu’un truc de « pseudo-scientifiques qu’aiment bien rester cloîtrer dans leur laboratoires » si je reprends ses mots, mais c’est aussi gérer toute une troupe, c’est aller faire les choses concrètement. Elle a une phrase pour ça… c’est quoi déjà… un truc du genre : « c’est pas dans les labos qu’on apprend la… »
- Avancer… comment ? J’ai de plus en plus de mal à te distinguer, distinguer ton opinion… « ça nous fait avancer », de quoi ? Croire au mythe de Zava, déesse de la terre propice, l’alliage qui est à la base de toutes les guerres et batailles remportées ? Cette pierre précieuse détournée à l’avantage de la sauvagerie humaine ? Pour toi, « ça nous fait avancer » ?…
- …
- En continuant les guerres contre les autres peuples ?! Continuer à les tuer, à se faire tuer ?! Le Zava, ça ne nous a apporté que des problèmes. Désolé, mais moi je n’ai plus envie de travailler pour l’industrie du mal ! Et j’ai sûrement pas envie que mon frère se fasse embarqué dans leur… dans leur… rhaaa, c’est bon !…
- Je pense que t’es dure avec ça. Le monde a évolué comme ça, ce n’est pas de notre faute.
- Oui, bah fait, ne serait-ce, qu’une journée de tout ce que je fais. Tu va voir si toi aussi ça ne te saoule pas de trimer pour la survie de tueurs ! Nous sommes fragmentés ! L’humanité est fragmentée ! Tout ça, c’est de la faute de, de… AAAAh ! Je… je sais que c’est pas de notre faute, alors ne continuons pas dans leur connerie ! Bordel, je suis la seul en plus à trimer que de mon côté pour faire avancer les choses. Ce n’est pas des scientifiques qui restent cloîtrés dans leur bureau qu’on verra la lumière du jour, hein !
Ah… elle y arrive…
- Puisque, comme je le répète toooooout le temps, c’est pas dans les labos qu’on comprendra la nature !
Bingo !… enfin, j’y étais presque…
Elle faisait souvent ses longues tirades moralisatrices sur le fait que notre population soit en déclin, que l’Homme soit en déclin et en évolution régressive, mais ce soir, ce soir oui, j’ai l’étrange impression qu’elle le dit véritablement du fond du cœur, et non pas par simple énervement. Qu’elle y crache une boule de contrariété de tous les jours, qui s’est, par le biais du temps et des années qui ne bougent que lentement, oui, qui s’est transformée en une boule d’éréthisme et d’irritation. Elle reprend son souffle, se calme, puis m’annonce solennellement :
- Je veux partir. Tu le sais. Viens, viens avec moi Hyppolite.
Tout en parlant, elle essaye de faire fonctionner l’hydrobot. Je ne me concentre plus sur ce qu’elle dit, bien que je le pourrais, or, je le sais déjà, elle me le répète très souvent un peu tous les soirs, sans jamais vraiment le concrétiser, non, je ne me concentre plus là-dessus mais plutôt sur comment va-t-elle faire marcher cette machine une fois de plus. Va-t-elle renoncer ou aller jusqu’au bout ? J’y vois la métaphore de sa vie.
Elle ne l’appréhende toujours pas, ce nouveau modèle d’hydrobot, cela lui paraît bien trop long à faire, mais d’un autre côté, heureusement que ce robot a des diffuseurs au bout de chaque « bras », ce qui n’était pas le cas des anciens modèles ; sortes d’énormes brumeuses, ballons à jets de vapeur, fait d’acier et d’articulations en bois flotté, qui nous donnent un prolongement excessivement grand de nos capacités d’arrosage, facilitant drôlement bien la tâche, oui, tout ça pour arroser ses plantes. Et ses cultures, ne l’oublions pas. Je vois ses doigts chercher les touches, hésiter, tenter, se reprendre et ainsi de suite, jusqu’à ce que son bras retombe à sa hanche en signe de renoncement. 1 - 0 pour l’hydrobot. Encore.
- …Écoute moi Hyppolite, m’annonce-t-elle plus gravement, je ne veux pas faire comme papa ou maman à vivre et à combattre pour ce clan. Et encore moins pour Zava, pour Hurta, non, et encore moins pour ce sentiment d’appartenance. Pour rien…
Elle me sort de mes songerie.
- …Rien, tu m’entends ? continue-t-elle. Je veux faire ma petite vie, en dehors de tout ça, indépendante et réaliste. Pas de « continent sacré ! ». Pas d’idéal, pas de guerre. Pas de Zava. Regarde où est-ce que ça nous a ramené, dit-elle en levant les bras et désignant l’énorme dôme. Regarde ! À des populations qui vivent de l’agriculture et qui sont même pas capable de supporter l’environnement extérieur qu’elles ont elles-mêmes détruit. Peu importe où le temps nous emmènera, loin ou pas l’un de l’autre, je veux que tu suives toujours la voix de ta rais…
Je réalise ce qu’elle dit, puis, instinctivement, je m’irrite. Généralement, dans ce genre de discussion, je m’irrite facilement quand j’entends typiquement ces mots-ci, ce genre de discours, sur ce ton-ci, parce que ça me rappelle l’histoire de papa et maman que je n’ai presque pas connu sans hypocrisie, leur histoire, l’histoire de leurs convictions, semblable sur certains points, après avoir combattu pour Zava, à celles de Gaïa, et l’histoire de mon abandon, de notre abandon à elle et moi au pris de cette liberté infâme et fausse. Ces phrases résonne dans ma tête comme des tocsins de souvenirs. Et d’amertume.
- Mais on y arrivera pas ! Je crache. C’est impossible, je te le dis, nous ne pouvons pas partir comme ça. Nous n’avons pas les technologies adaptées pour sortir de nos frontières, pour sortir de nos abris !… On ne peux pas sortir de notre petite bulle, regarde le climat !
- J’allais y venir, moi si !
- …
- Je te rappelle que je suis météorologue, climatologue, géologue et tout un tas d’trucs qui finissent par « logue »… je sais où se déplacent les vents. Je suis même la seule de Zava à connaître et à comprendre l’environnement extérieur. Il faut me croire ! Ce n’est pas pour rien que je m’y intéresse depuis toute gamine!Que je me la suis tuée jusqu’à n’en plus dormir des nuits ! J’ai déjà étudier l’extérieur, il est encore vivable à certains endroits ! Il me faut juste une combinaison. Grâce à n…
- Arrête.
- …Grâce à…
- ARRÊTE GAÏA !
- …C’est encore une chance que je sois là, Hyppolite. C’est pour toi que je reste. Rappelle-toi qui a toujours été là.
- …
- OUI ! C’est moi ! Et tu t’en rappelles, tu partageais le même rêve avant… Mais là, c’est trop !…
- Mais mieux vaut qu’on reste ! C’est ça que je veux te faire comprendre ! Surtout toi, toi qui joue un rôle capital dans notre petite société. Je sais, ils font pas toujours des choses bien, mais…
- Ils ne font rien de bien !
- …Enfin… disons que ça n’empêche, que…
- Que quoi ?!
- Ce… c’est grâce à eux, c’est grâce à notre population, c’est grâce au Zava que nous sommes logés, que nous vivons, que nous bouffons. Que nous nous chauffons, qu’il y a encore de l’électricité, c’est grâce au Zava oui ! Grâce à cet idéal ! C’est un travail d’équipe auquel je fais partie, tu fais partie, surtout toi, et que tout le monde fait partie.
- Qu’on fait partie sans y consentir.
- …
- Mais auquel on adhère par obligation. Pour ensuite tuer d’autres personnes, pour leur voler des terres, des ressources et… je sais pas, tout ce que tu veux !… pour faire souffrir d’autres personnes qui font elles aussi partie d’une société et qui croient elles aussi à une terre imaginaire et abondante ! Regarde Hurta… c’est la même chose ! C’est même pire !…
- Eh bien va ! Part toute seule ! Si c’était juste moi qui te retenais, c’est bon, t’as carte blanche ma sœur ! Comme Pr…
- Tu sais qui j’ai l’impression d’entendre ?!…
- …
- Tu sais ou pas ?! Un soldat d’Hurta ! OUI ! C’est ça, t’as… t’es… Tes convictions sont celles d’Hurta, je l’ai toujours pensé depuis quelques années, tu ne fais que remplacer le mot « Hurta » par « Zava », mais c’est la même chose. T’as bien changé… t’as complètement changé ! Mais bon, part toi aussi, si tu veux ! Te retiens pas non plus, PART de ma vu !
- …
Le silence. Son dernier cri résonne entre les huttes alentours, entre les terres battues et arrosées ; je sais très bien qu’elle a raison, mais je suis incapable de l’avouer, je suis incapable de l’avouer et de lui répondre ; je préfère, au lieu de ça, tourner ma tête vers le paysage plutôt que de continuer à subir ce shot de vérité, saupoudré, il faut le dire, de moralisme. Et tout ça en pleine figure.
Les lueurs du soleil couchant glissent sur les plafonds de verres d’où nous pouvons apercevoir le ciel, gigantesque, reflété par les énormes plantes autour de notre hutte. Nous pouvons, à ce moment-là, entrevoir encore les vaisseaux filer comme dans des sillons au dessus de nos têtes, leurs éclairages se confondant aux astres, aux étoiles et aux satellites. L’étendue n’est jamais aussi belle qu’à cet instant précis de l’année. Sinon, le jour, ce ne sont que des étendues de fumées et de nuages épais et brûlants. La planète réussi encore à avoir une once de beauté à l’extérieur. Elle a peut-être… raison… Le silence, finalement le silence est bon, il est reposant et c’est bien le seul moment où la cacophonie humaine ne s’immisce pas. Nous ne pouvons qu’entendre le bruit des jets vaporisateurs, doux, calme et mélancolique ; joliesse absurde de la dégénérescence de l’Homme. Wow, ça clac, ça !
L’hydrobot est enfin lancé, plus qu’à attendre qu’il fasse toutes les terres aux alentours avant de revenir tranquillement se positionner à son endroit de départ d’où nous devrons enlever sa batterie de programme. Je rejette un coup d’œil au ciel. Mais à qui était ces vaisseaux d’ailleurs ? Il n’y a pas de vaisseaux dans Zava. Ça ne me dit rien qui vaille… Je remonte la tête plus haut vers le ciel avant de les revoir passer une deuxième fois, dans l’autre sens. Je les regarde de manière plus affirmée, et reconnais des modèles de vaisseaux à éjection de brume. Ce sont des canadairs. Mais un peu spéciaux. Ils vaporisent les terrains d’une brume noire et inquiétante. Je reconnaît que ce ne sont pas les modèles de notre peuple, et je comprend, dès lors, ce qui va se passer. Ce sont des canadairs à destruction. Hurta !… Ils ont brisé le serment de propriété. Ce n’est pas innocent. Ils… ils veulent…
- …GAÏAAAAA !
- Qu’est-ce que tu as, ne me parles plus !
- NON, REGARDE… AU-DESSUS !!
Une fois ses yeux levés, son visage se décompose plus vite que de la pourriture, inerte, statique, mutique. Quelques secondes passent ainsi, nous regardons les vaisseaux virevolter, faire des manœuvres, puis se rapprocher. Ça ne va pas recommencer comme la dernière fois…
Si.
C’est la guerre. Après que la brume toxique soit tombé, qu’elle dégrade l’environnement et qu’elle en cache une partie, une première bombe est lâchée. Nous la voyons traverser le ciel d’un clignotement rouge, flottant dans l’air, brisant l’harmonie de verre qui se tient au dessus de nous, puis se rapprocher de notre horizon. Encore entre terre et ciel, la peur se confond face à cette première bombe lâchée, son bruit si malheureusement habituel pendant une époque, son sifflement, ils arrivent au galop. D’autres arrivent, nous les voyons comme des étoiles rouges tomber du ciel, s’en détacher, telles des larmes qui se détachent d’une joue ; mais, pourtant, un autre sentiment vient s’imposer au fond de mon esprit. Un sentiment de révolte, celui de la discussion de tout-à-l’heure. Il refait surface. Pourquoi est-ce que je pense à ça ?! C’est pas l’moment !…
L’explosion se fait entendre, talonnée par des cris et des sanglots, puis deux autres ; une troisième ; quatre autres et ainsi de suite. D’autres vaisseaux passent, des soldats aussi. La guerre ne prend pas de temps à faire régner le chaos.
Ce soir-là,
la deuxième plus grande guerre de la décennie éclata : ce fut la Guerre des Strass.
Trois centaines de jours passèrent.
Les tueries décimèrent les deux populations Zava et Hurta ensuite.
Les terres furent ravagé.
Gaïa trouva un moyen de s’extirper ; elle sortit du dôme de verre.
Elle s’évapora dans la nature, sans Hyppolite.
Lui, fut capturé par la tribu de Hurta.
Ils le reconvertirent en esclave-guerrier.
Il y rejoignit, plus tard, les troupes guerrières Hurtawoise.
Les années passèrent et les blessures devinrent des cicatrices…

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