Chapitre 15 - Fin des vacances d’automne (4)

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Vendredi 9 octobre 1964, maison de Frédéric, Lausanne

Kenneth regarda attentivement le gland de Frédéric dont l’aspect était différent du sien, plus humide ; il lui demanda de le décalotter et recalotter plusieurs fois. Daniel observa que le pénis de l’Américain était légèrement gonflé, il imita ensuite son cousin, en racontant qu’il avait eu autrefois des difficultés, mais ne parla pas de l’opération qu’il subirait la semaine suivante. Il posa ensuite une question à Kenneth :

— Tu as une cicatrice brune sur la hampe à l’endroit où la peau change de couleur alors que ton frère n’en a pas. Sais-tu pourquoi ?

— Ça m’a déjà intrigué, mais je ne sais pas pourquoi et je ne saurais pas à qui le demander.

— Tu pourrais le demander à ton médecin.

— Avec ma mère qui assiste à la consultation ? Surtout pas, heureusement que je lui tourne le dos lorsqu’il baisse mon slip, elle ne voit que mes fesses.

— J’ai une idée, fit Frédéric, je vais en parler à Koen, je lui téléphonerai ce soir.

— C’est qui ce Koen ? demanda Jason.

— Mon petit ami, il s’intéresse à ce sujet pour ses études, il veut devenir docteur.

— Tu veux dire professeur docteur, rectifia Daniel.

— Oui, il a la grosse tête. Pourquoi avez-vous été circoncis, si je puis me permettre de poser cette question ? À cause de votre religion ?

— Non, nous ne sommes pas Juifs, répondit Kenneth, c’est l’habitude chez nous et maman trouve que c’est plus propre.

Les Américains se rhabillèrent tandis que les cousins passèrent leurs linges autour de la taille, il ne fallait pas choquer la mère. Ils retournèrent vers la maison afin de se préparer pour le souper. Ils montrèrent à Kenneth et Jason la chambre où ils dormiraient, Frédéric expliqua :

— Vous pourrez aller dans la salle de bain que j’utilise aussi avec mon cousin. Vos parents en ont une autre. Vous pouvez sortir nus, cela ne dérange plus personne. Mes sœurs ont trouvé une excuse pour coucher chez leurs copains, elles ne seront pas là.

— Surtout pas, dit Kenneth, nous pourrions croiser ma mère.

— N’est-ce pas Bob que nos chéris ne doivent pas se promener nus dans la maison ? ajouta Jason.

Les jeunes hommes rirent aux éclats.

— Ce n’est pas très logique, dit Frédéric, elle veut vous voir à poil et vous interdit de le faire.

— Je ne pense pas qu’elle avait des cours de logique à l’école, dit le cadet. Dans le fond, nous l’aimons bien, qui aime bien châtie bien.

Ils se séparèrent pour s’habiller. Ils devaient mettre une veste, une chemise blanche et une cravate lorsqu’il y avait des invités. C’était la femme du jardinier qui assurait le service pour se faire de l’argent de poche et elle avait son fils avec elle pour servir les boissons. Lorenzo était très élégant avec son costume de barman et son nœud papillon. Frédéric regretta une fois de plus qu’il ne fût pas gay, il lui demanda :

— Elle va bien ta copine ?

— Très bien, merci.

— Vous vous entendez toujours bien ?

— Oui, toujours. Je ne suis pas libre, désolé. Il me semble que tu as déjà assez de beaux gosses à baiser ce soir.

Frédéric n’insista pas. Lorenzo tendit des verres de vin blanc aux jeunes Américains pour l’apéritif, du Calamin, un grand cru de Lavaux, vinifié avec du chasselas. Betty intervint :

— Mes enfants ne boivent pas de vin, l’alcool est mauvais pour leur santé, n’est-ce pas Bob ? Vous n’auriez pas du Coke ?

— Le Coke contient beaucoup trop de sucre, dit Anne.

— C’est vrai ? Bob en boit beaucoup et il est en pleine forme. N’est-ce pas Bob ?

Le mari soupira en regardant son ventre proéminent et dit :

— Ils ne conduisent pas ce soir, faisons honneur aux produits de la région.

Kenneth et Jason burent pour la première fois de leur vie du vin et ils apprécièrent. Ils dégustèrent aussi du vin rouge pendant le souper et de l’eau-de-vie avec le café. Betty, qui avait monopolisé la conversation et parlé de son caniche blanc, le pauvre, il devait s’ennuyer (pourvu qu’il crève d’ennui, pensa Kenneth, ses aboiements sont insupportables) ; de ses poissons rouges, ils devaient s’ennuyer ; des recettes de cuisine qu’elle réussissait le mieux (le moins mal, pensa Jason) ; de la société de couture (où elle tricotait des horribles pulls, pensèrent ses fils) ; de Billy Graham qu’elle avait vu dans un stade (le baseball est plus passionnant) ; demanda soudain :

— Votre fils a-t-il une girlfriend ?

— Pas à ma connaissance, répondit Anne en souriant.

— Les miens non plus, ils auraient pourtant l’âge, n’est-ce pas Bob ?

— Ils ont bien le temps, fit le mari, trop jeunes pour avoir des rejetons.

— Voyons, Bob, ils ne feraient pas, comment dire… Ils resteraient sages avant de se marier. Et votre neveu, il a une petite amie ?

— Oui, elle s’appelle Dominique.

Les cousins devaient faire un effort pour ne pas rire, Anne fit diversion en proposant de se lever de table. Elle invita Betty à visiter la maison tandis que Charles et Bob discuteraient affaires. Les garçons allèrent dans la pièce qui ressemblait à l’intérieur d’une station spatiale. Les Américains parlèrent avec enthousiasme de la NASA, ils avaient un oncle qui y travaillait et ils avaient pu visiter Cap Kennedy, des endroits normalement interdits au public. Frédéric demanda ensuite :

— Vous avez aimé le repas ?

— C’était excellent, fit Jason, ça nous change des hamburgers et des pizzas.

— Et les vins ?

— Excellents aussi, dit Kenneth. Ce n’est pas l’habitude chez nous d’en boire.

— Et pas si mauvais pour la santé, avec modération, fit Daniel en riant.

— Ma mère… J’en étais sûr, elle a parlé de nos petites amies, elle ne rate jamais une occasion de nous reprocher de ne pas en avoir. Frédéric, tu as parlé… d’un boyfriend ?

— Oui, je suis gay. J’allais oublier, je vais lui téléphoner. Il est aux Pays-Bas chez ses parents.

Daniel expliqua que son amie Dominique était une femme trans avec un corps masculin. Frédéric revint quelques minutes plus tard.

— Il est très occupé, son ami scout a été satisfait de ses services et lui a envoyé un autre pour… des conseils au sujet de son orientation sexuelle avec des exercices pratiques.

— Il savait pour la cicatrice ? demanda Kenneth.

— Bien sûr, la circoncision a été faite avec un appareil spécial alors que celle de ton frère a été faite à la main. Il regrette de ne pas être là, il aurait pu te dire de quel type en la voyant, Gomco ou d’autres dont j’ai oublié le nom. Tu pourrais lui envoyer une photo.

— Ça alors, c’est un génie ton ami.

— Il le pense aussi.

À 22 heures, la mère vint vers eux avec son mari.

— C’est l’heure de vous coucher, les enfants, vous devez être fatigués, n’est-ce pas Bob ?

— Ils peuvent veiller plus longtemps, Betty, ils sont en vacances.

Ils ne protestèrent pas. Daniel et Frédéric se réjouissaient d’être seuls pour confirmer leur orientation sexuelle avec des exercices pratiques. Ils prirent congé des parents et montèrent. Les Américains se lavèrent les dents avant d’aller dans leur chambre. Ils se déshabillèrent et passèrent leurs pyjamas en laissant un slip dessous. Ils se couchèrent. Au bout de dix minutes, Kenneth demanda à son frère :

— Tu dors ?

— Non, je n’arrive pas à trouver le sommeil.

— Moi non plus.

— Ce doit être le décalage horaire.

— Non, je pense aux gars, ils sont les deux homosexuels et dans la même chambre.

— Ce sont des cousins, il ne se passe rien entre eux, dit Jason.

— Qui sait… Ils ont l’air de bien s’entendre, on dirait même qu’ils sont amoureux l’un de l’autre.

— Oui, tu as raison.

— Et, si j’ai bien compris, l’ami de Frédéric baise avec des scouts chez lui. Ils doivent tolérer ça.

— C’est à la mode à présent, les hippies, Peace and Love.

Kenneth ajouta après quelques instants de réflexion :

— Je ne sais pas si je devrais te le dire, ça me fait bander de penser à eux.

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