Chapitre 20 – Disparition
Je le vis une dernière fois.
Sans savoir que ce serait la dernière.
Il était là. Sur le bord de ma fenêtre. À sa place habituelle.
Je décidai de lire quelques extraits d’un livre. Puis de boire un de ces thés oniriques que j’affectionne particulièrement.
Je remarquai seulement à cet instant que l’appartement entier semblait imprégné de ce sentiment d’apeuraisement.
Au bout de la table, assis en face de moi, mon terroveilleur, impassible mais présent.
Il m’accompagnait.
Je ressentais soudain une fatigue diffuse. Les muscles engourdis. Je me dis qu’un bon bain ne me ferait pas de mal.
L’idée de plonger dans la baignoire, sous la protection anxiopaisante de Maupassant, m’emplissait d’un malaise coupable mais grisant.
Je tournai la tête, presque distraitement.
Il était là.
Le paquet de cigarettes à billes aussi. Comme une invitation à ce rituel d’autrefois.
Je fermai les yeux un instant.
Quand je les rouvris, il avait quitté la pièce.
En sortant du bain, je regardai machinalement vers la droite, là où se trouve la porte d’entrée.
Elle s’ouvrit, dévoilant dans l’embrasure une ombre fascinante, hypnotisante, que je connaissais bien.
Je le regardai en souriant.
Puis je regagnai la chambre et m’allongeai sur le lit.
Accompagné de sa présence terroveillante. Comme une berceuse, me laissant gagner peu à peu par le sommeil.
Porté par cette terreur rassurante.
Le cauchemar de mes cauchemars.
Lorsque je me réveillai le lendemain, il avait disparu.
Qui donc es-tu, Maupassant ? Ou qu’es-tu ?
Un mécanisme de défense ?
Une dérive de l’esprit ?
Une présence étrangère, tapie dans les marges du rêve ?
Toutes les hypothèses me conviennent.
Et peut-être qu’aucune n’est nécessaire.
Je sais seulement qu’il est parfois préférable de laisser les choses, les présences, les entités, fussent-elles imaginaires, là où elles doivent être.
Car elles ont la fâcheuse tendance à se manifester quand on s’y attend le moins.
Lorsqu’on croit avoir oublié.
Une chose est sûre : ce sentiment contradictoire, lui, je ne l’oublierai jamais.
Depuis, je ne l’ai jamais revu.
Mais ma fenêtre reste ouverte.
Au cas où, quelque part dans la nuit, un vieux terroveilleur déciderait de revenir veiller.

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