Mise au point

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 « Ma chère Véronique,

 J'ai retrouvé notre fils, celui dont tu m'as annoncé la mort il y a de cela vingt ans et quelques. Il est merveilleux : beau, comme un ange tombé du ciel, et extrêmement intelligent. Je ne sais pas encore vraiment comment il s'en est sorti durant toutes ces années alors qu'il pensait avoir été abandonné par ses deux parents. Par deux parents qui auraient souhaité qu'il n’ait jamais existé. C’est ce qu’on lui a toujours dit. Il ne savait pas. Il ne savait pas que quelque part, après toutes ces années, un père pleurait encore sa mort. Je n'ai pas su. Jamais, je n'ai imaginé qu'il pourrait être si près de moi, quelque part, tout près, à m'attendre. Si longtemps. Mais, heureusement pour lui, alors qu'il passait son enfance – pourtant, l'enfance et son insouciance, ne devraient-ils pas être le meilleur moment de l'existence ? – dans un orphelinat gris et sordide, Heureusement, une jeune femme l'a pris sous son aile et l'a aidé à me retrouver. Voilà, après des années de malheur, il est là, auprès de moi, enfin heureux.

 Mais, en fait, je tenais surtout à te dire qu'il est parti retrouver sa sœur, ta fille, Charlie, pour l'aider à sortir du désespoir et de la drogue. Parce qu’il fallait bien que quelqu'un l'aide n'est-ce pas ? Ne t'inquiète pas, je ne pense pas qu'il ait très envie de te rencontrer. Quoi que… Tout ce que je te demande, c'est de ne pas essayer de les empêcher de se voir, de laisser ces deux enfants faire connaissance, de les laisser s'en sortir, ensemble. Pour tes autres enfants, puisqu'on m'a dit qu'il y en avait d'autres, j'espère de tout cœur qu'ils parviendront à s'en sortir, à être assez indépendants pour se détacher de toi à temps.

 Véronique, je t'ai énormément aimée. Trop, sans doute. J'ai entraperçu la personne que tu étais. J'étais jeune, j'ai eu peur. Je suis aujourd'hui plus âgé, je vois mieux, je comprends mieux. Alors, j'espère que tu sauras prendre bien soin de toi, que tu apprendras, le jour où tu seras vraiment seule, à quel point aimer est important. Ou que tu rencontreras celui qui t'aimera assez pour t'aider à devenir celle que tu pourrais être. »

 — Qu'est-ce qu'il veut dire par là, il croit que j'aime pas mes enfants peut-être, que je ne sais pas ce qu'est l'amour ? tonitrua Véronique seule devant sa télévision éteinte. Les mains tremblantes, elle froissa la lettre et la jeta devant elle. Quelques secondes plus tard, elle se leva, la ramassa, la défroissa et pleura. Pourquoi revenait-il celui-là ? La lettre toujours dans les mains, elle se rassit dans son fauteuil et réfléchit. Quelques minutes plus tard, elle attrapa son téléphone et composa le numéro de Charlie :

 « Allô... Charlie ? C'est moi... maman.

 — ...

 — Comment tu vas ?

 — Bien...

 — Tu as retrouvé ton frère ?

 — Oui.

 — Comment il est ?

 — Qu' est-ce que tu veux savoir ? S’il ressemble toujours à ton ex ? Eh ben oui : c'est son portrait craché il paraît !

 — C'est pas grave ! Je ne lui en veux pas...

 — Tu es trop gentille, ironisa Charlie, très agacée.

 — Charlie, est-ce que tu pourrais prendre une photo de lui et me l'envoyer ? Mais tu ne lui dis pas, surtout !

 — Alors, c'est pour ça que tu m'as appelé. Depuis que papa est mort, tu n'as pas daigné prendre de mes nouvelles et là, tu retrouves ton téléphone ?

 — Mais tu ne m'as pas appelé non plus...

 — Mais ce n'était pas à moi de le faire : c’est toi ma mère !

 — Et toi, tu es ma fille. Depuis le décès de ton père, je suis toute seule pour m'occuper des petits.

 — Je ne suis pas ton mari, maman et encore moins le larbin qu' il a pu être ! Trouve-toi un autre mec maman !

 — Tu me fais beaucoup de peine ma chérie… Mais, tu sais, tu as sans doute raison, je devrais trouver un autre homme qui m'aimera, lui…

 — Ouais, t'as raison. Peut-être qu'il t'aimera, lui, sait-on jamais !

 Charlie raccrocha avant que les mots ne dépassent ses pensées et retourna s’asseoir à côté de Dan.

 — Qui c'était, demanda-t-il ?

 — Un fan hystérique répondit Charlie pour expliquer son énervement.

 — Encore ce prétexte pourri ?

 Et elle attrapa dans sa poche un petit sachet de cocaïne ainsi que sa carte bleue que la drogue avait fini par blanchir. Mais Dan attrapa son bras :

 — Arrête ça , lui lança-t-il.

 — Lâche-moi !

 — Non ! C'était notre mère, c'est ça ?

 — Oui…

 — Pourquoi tu me l'as pas dit ?

 — Parce qu'elle détruit tout ce qu'elle touche ! La preuve !

 — Non, c'est toi qui te détruis... Rappelle-la, s'il te plaît !

 — Non, j'ai plus envie de l'entendre !

 — On s’en fout de tes envies ! Arrête de te prendre pour le centre du monde et rappelle-la, je te dis.

 Charlie l'observa un instant afin de déterminer s'il fallait le prendre au sérieux ou pas. Mais, face à ce regard déterminé, qui ne cédait pas, elle dut se résoudre à plier. Finalement elle se décida à lui demander :

 — Mais qu’est-ce que je lui dis ?

 — Ce que tu veux mais tu continues à lui parler.

 Charlie n'osa pas répliquer et recomposa le numéro de sa mère. Mais personne ne répondit.

 Véronique avait encore pleuré puis s’était levée. Elle avait décidé d’aller se plaindre auprès de feu son mari. Ses enfants, quels ingrats ! Elle qui leur avait tant donné ! Elle s'était pliée à leurs caprices ! Elle avait su oublier ses rêves de jeunesse pour mieux les élever. Décidément, n'aurait-il pas mieux valu qu'elle les abandonne à leur sort pour qu'elle puisse enfin se consacrer un peu à elle. Que de sacrifices pour finalement se retrouver seule à honorer la tombe de son défunt et adoré mari !

 Elle avait revêtu son manteau, fermé sa porte d'entrée, et descendu les quelques marches qui la séparaient de l’ascenseur, et s'était engouffrée à l'intérieur de l'étroite cabine. Puis elle était sortie de son immeuble, avait pris la ligne 3 du métro, sans se douter qu’elle était suivie. Elle était sortie Porte de Bagnolet, en même temps que deux autres hommes.

 Elle marcha quelques instants encore quand elle entendit qu’on appelait quelqu’un « Pssst, pssst ». La voix venait d’une petite avenue perpendiculaire. Curieuse, elle s’approcha discrètement. Puis elle disparut.

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