Chapitre 2
Je respire.
De l’air.
Froid, boisé, humide.
Un parfum de terre mouillée, d’automne et de fumée.
Un hibou hulule quelque part, comme un écho lointain qui me ramène à la surface.
J’ouvre les yeux.
La lune est toujours là, argentée et irréelle.
— Doucement. Vous allez vous faire mal.
Je sursaute et me tourne brusquement.
Un jeune homme est assis près d’un feu.
Il est torse nu, la peau marquée de fines cicatrices qui brillent sous la lueur des flammes.
Ses cheveux sombres tombent en mèches désordonnées sur son front, et ses yeux, très clairs, semblent presque lumineux dans la nuit.
Je recule, encore à moitié engluée dans le néant d’où je viens.
— Qui êtes-vous ?
Il se lève avec une fluidité presque animale.
La lumière du feu glisse derrière lui et, pendant une seconde, j’ai l’impression d’apercevoir quelque chose dans son dos.
Une forme sombre.
Comme une ombre qui ne devrait pas être là.
Je cligne des yeux.
Mais l’instant disparaît.
Le jeune homme s’incline légèrement, comme si j’étais une reine égarée.
— On m’appelle le Chevalier Rouge.
Pourquoi cette révérence ?
Un chevalier ?
Je suis morte.
Oui… ça doit être ça.
— Où est-ce qu’on est ?
— Dans le bois d’Olympe.
Oui, bon… je suis définitivement morte.
— Vous ne l’êtes pas. Tout au contraire. Vous êtes plus vivante que jamais.
Je me fige.
Ai-je pensé à voix haute ?
— Comment est-ce que… ?
Il sourit. Un sourire calme, presque amusé.
— Vous poserez vos questions quand vous irez mieux.
Il ne répond pas.
Il ne m’explique rien.
Il me laisse dans le flou.
— Vous m’avez sauvée ?
— Disons que… je vous ai trouvée.
Trouvée ?
Comment ?
Pourquoi moi ?
Je sens son regard posé sur moi. Il semble analyser quelque chose, comme s’il cherchait une réponse dans mon visage.
— Vous avez des origines particulières, n’est-ce pas ?
Je me crispe.
Je ne réponds pas.
Il hoche la tête, comme si cela lui suffisait.
Le vent se lève légèrement et fait danser les flammes du feu.
La lumière éclaire brièvement son dos.
Et cette fois, je le vois.
Quelque chose dépasse légèrement de ses épaules.
Des plumes.
Sombres.
Repliées contre lui, presque cachées.
Je cligne des yeux.
Mais il s’est déjà déplacé, et les ombres du feu avalent de nouveau la forme étrange.
Ai-je rêvé ?
— Votre mère… m’a demandé de veiller sur vous.
Je sens mon cœur s’arrêter.
— Ma mère ? Vous la connaissez ? Où est-elle ?
Il détourne les yeux vers le feu.
— Ce n’est pas le moment. Vous n’êtes pas prête.
Pas prête ?
Qu’est-ce que ça veut dire ?
— Dites-moi au moins si elle est vivante.
Il ne répond pas.
Le silence me dévore.
— Reposez-vous. Le reste viendra en temps voulu.
— Je ne veux pas retourner chez mon père.
Il me regarde enfin. Vraiment.
Ses yeux clairs brillent dans la lumière du feu.
— Alors ne retournez pas là-bas. Il y a un monde entier qui vous attend.
Un monde entier ?
Je fronce les sourcils.
— Quel monde ?
Il sourit.
— Celui que votre mère voulait vous montrer.
Un frisson me parcourt.
— Comment vous appelez-vous vraiment ?
Il hésite.
Puis :
— Calywen.
Je baisse les yeux vers les flammes.
— Merci… Calywen.

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