Chapitre 9
La lumière bleutée que nous suivions depuis plusieurs minutes pulsait comme un cœur.
Plus nous approchions, plus l’air devenait lourd, chargé d’une énergie que je ne comprenais pas.
Mes veines picotaient.
Mes oreilles bourdonnaient.
Mon souffle se faisait court.
Calywen ralentit.
— Nous y sommes.
Je levai les yeux.
Devant nous, la forêt s’ouvrait sur un espace circulaire parfaitement délimité, comme si les arbres s’étaient inclinés pour laisser place à quelque chose de plus ancien qu’eux.
Au centre se dressait une arche de pierre noire.
Elle n’était pas sculptée.
Elle n’était pas construite.
Elle semblait… née là.
La lumière bleutée venait d’elle, respirant doucement, comme un être vivant.
Je restai figée.
— C’est… le sanctuaire ?
— Non. C’est son seuil. Le sanctuaire est de l’autre côté.
Je déglutis.
— Et si je passe… qu’est-ce qu’il se passe ?
— La magie te reconnaîtra.
Il marqua une pause.
— Ou elle te rejettera.
Je me tournai vers lui, paniquée.
— Rejeter… ça veut dire quoi ?
— Rien de mortel. Mais… douloureux.
Mes jambes tremblèrent.
— Je ne suis pas prête.
— Personne ne l’est.
Il me tendit la main.
— Mais tu n’es pas seule.
Je la pris.
Sa chaleur traversa ma peau, apaisant un instant la brûlure dans mes veines.
Nous avançâmes ensemble jusqu’à l’arche.
À mesure que je m’en approchais, la lumière bleutée s’intensifia.
Comme si elle me reconnaissait déjà.
Je posai une main sur ma poitrine.
— Calywen… j’ai l’impression que quelque chose m’appelle.
— C’est normal. Le sanctuaire réagit au sang.
Il me regarda.
— Au tien.
— Celui de ma mère ?
— Et celui de ton père.
Je frissonnai.
— Je ne veux pas que ça me fasse mal.
— Alors avance doucement. Et respire.
Je fis un pas. Puis un autre.
La lumière devint presque aveuglante.
Quand je franchis l’arche, tout se figea.
Le vent s’arrêta.
Les bruits de la forêt disparurent.
Même mon cœur sembla suspendu.
Puis la lumière m’enveloppa.
Une chaleur douce glissa sur ma peau.
Mes veines cessèrent de brûler. Mes muscles se détendirent.
Pour la première fois depuis mon éveil…je ne souffrais plus.
Je fermai les yeux.
Et une voix résonna. Pas une voix réelle. Un murmure. Un souvenir.
— Kara…
Je sursautai.
— Tu as entendu ?
Calywen secoua la tête.
— Non. Qu’as-tu entendu ?
Je posai une main tremblante sur ma gorge.
— Quelqu’un a dit mon nom.
— C’était une voix ?
— Je… je ne sais pas. C’était comme… dans ma tête.
Il s’approcha, attentif.
— Décris-la.
— Douce… comme une chanson.
Je déglutis.
— Comme si je la connaissais déjà.
Il inspira profondément.
— Alors c’est elle.
Mon cœur manqua un battement.
— Ma mère ?
— Oui.
Sa voix était presque un murmure.
— Le sanctuaire garde des traces de ceux qui l’ont traversé. Des fragments. Des échos.
Il regarda autour de nous.
— Elle a laissé quelque chose ici.
Je me retournai vers l’arche.
La lumière bleutée s’était calmée.
Comme si elle m’avait acceptée.
— Calywen… qu’est-ce qu’elle a laissé ?
Il me fit signe de le suivre.
— Je ne le sais pas exactement.
Son regard se posa sur le centre du sanctuaire.
— Mais je sais où chercher.

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