Chapitre 15
La nuit avait quelque chose d’étrangement fragile.
Comme si un fil invisible la maintenait encore en place, prêt à céder au moindre souffle.
Je dormais profondément lorsque le bruit retentit.
Un grondement.
Pas lourd.
Pas terrestre.
Un grondement… creux, comme si l’air lui‑même se fissurait.
Je me redressai d’un coup, le cœur affolé.
— Calywen ?
Il était déjà debout.
Devant la porte du cabanon.
Ailes entrouvertes.
Dos tendu.
Immobilité parfaite.
La lueur de son feu intérieur dessinait des ombres mouvantes sur les murs.
— Reste derrière moi.
— Qu’est‑ce que c’est… ?
Il ne répondit pas.
Il fixait l’obscurité entre les arbres, comme si quelque chose approchait sans faire un bruit.
Puis je l’entendis.
Un souffle.
Pas un souffle humain.
Pas un souffle animal.
Un souffle pur, presque cristallin.
Comme le vent qui passe entre deux mondes.
Je sentis mes veines frémir.
Pas brûler.
Pas vibrer.
Frémir.
Comme si quelque chose en moi reconnaissait ce qui arrivait.
— Calywen… j’ai…
— Silence.
Sa voix n’était pas dure.
Elle était… attentive.
Comme s’il écoutait quelque chose que moi je ne pouvais pas encore percevoir.
Le souffle revint.
Plus proche.
Plus précis.
Comme un murmure qui glisse sur la peau.
Puis la forêt s’ouvrit.
Pas brusquement.
Pas violemment.
Les arbres se penchèrent légèrement, comme poussés par une brise que je ne sentais pas.
Et une silhouette apparut.
Elle n’avait pas de pas.
Pas de poids.
Pas de contour net.
Elle semblait faite de lumière pâle et de vent retenu dans une forme humaine.
Ses bords ondulaient, comme si son corps hésitait entre exister et disparaître.
Je restai figée.
Calywen, lui, recula d’un pas.
Un pas minuscule.
Je ne l’avais jamais vu reculer.
— Calywen… c’est quoi… ?
Il murmura, presque sans voix :
— Un Esprit du Vent…Je croyais qu’ils avaient tous disparu.
La silhouette tourna lentement la tête vers moi.
Pas comme un humain.
Pas comme une créature.
Comme un souffle qui change de direction.
Ses yeux n’étaient pas des yeux. Juste deux éclats d’argent, brillants comme des fragments de lune.
Quand il parla, ce ne fut pas un son.
Ce fut un frisson dans l’air. Un murmure qui glissa directement dans ma poitrine.
— Enfant des Marées…
Je sursautai.
Pas de peur.
De reconnaissance.
Comme si ce mot…
ce nom…
avait toujours été là, enfoui sous ma peau.
— Pourquoi… il m’appelle comme ça… ?
Calywen ne me regardait plus.
Il fixait l’Esprit avec une sorte de respect inquiet.
— Parce qu’il sait qui tu es. Et ce que tu portes.

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