Chapitre 7
À l'intérieur, des gémissements remplacèrent la musique. Des gens grelottaient. D'autres pleuraient sans bruit. Des blessés au sol. Entorses. Côtes fêlées. Visages tuméfiés par le piétinement. Des corps en état de choc. L'hypothermie gagnait déjà les plus faibles.
Mais personne n'était mort.
Eldon tomba à genoux. Il regarda autour de lui, compta instinctivement, évalua les dégâts. ''On a réussi ?'' Les larmes lui montèrent aux yeux. Le souffle court. Les images de sa mort revinrent, brutales, superposées au présent. Puis une main se posa sur son épaule. Il leva la tête.
Lucie lui souriait. Elle pleurait.
Il n'y eut aucune joie. Aucun triomphe. Juste un soulagement vide, lourd, presque épuisant.
La montagne restait là. Immobile à nouveau. Comme si rien ne s'était passé. Le temps sembla se figer sous le dôme. L'air était lourd, irrespirable par endroits. Les respirations saccadées se mêlaient aux gémissements. La glace transpirait un froid sec qui mordait la peau. Personne n'osait bouger sans consigne.
Eldon se tourna vers le pyrokinesiste. Il était assis contre un pilier, le regard encore incandescent, les mains tremblantes.
— Tu peux encore nous aider ?
Il expliqua trop vite. Mal.
Lucie l'interrompit, plus posée. Elle simplifia, ne garda que l'essentiel. Le feu. Le contrôle. Le risque. Puis elle désigna la paroi de glace, comprenant où Eldon voulait en venir.
— Un tunnel. Tu peux nous faire sortir.
Le pyrokinésiste hocha la tête. Inspira profondément. Le feu naquit bas, contenu, comme une braise qu'on protège du vent. Il traça une ouverture étroite. La glace gémit, se fissura en cercles concentriques. Le risque était évident. Effondrement secondaire. Rupture brutale.
— Doucement. Dit Eldon.
La paroi céda juste assez. Un passage apparut, irrégulier, fumant. L'air extérieur s'engouffra aussitôt, brutal, glacé, mais respirable. L'évacuation commença. D'abord les blessés. Puis les choqués. Des corps soutenus, portés, parfois traînés. Pas de cris inutiles. Juste l'urgence.
Dehors, la nuit était tombée dans un silence irréel. La montagne, blanche et éventrée, dominait un paysage dévasté. La station était meurtrie, tordue, ensevelie par endroits.
Les secours arrivèrent vite.
Sirènes étouffées par la neige. Lampes découpant l'obscurité. Hélicoptères. Police. Médias, déjà.
Le terroriste fut extrait vivant. Incapable de se tenir droit. Les informations circulèrent rapidement : ancien moniteur licencié, compagne partie, rancœur devenue obsession. Il avait payé de toutes ses économies pour découvrir son pouvoir : vibrations sismiques.
La suite serait simple. Prison.
Certains furent interrogés longtemps. D'autres brièvement admirés. Les regards cherchaient des héros.
Eldon resta en retrait. Personne ne le désigna. Personne ne sut. Le pyrokinesiste. La cryokinésiste. La polyglotte. Le télékinésiste. Les héros, c'était eux.
Il leva les yeux une dernière fois. La montagne était immobile à nouveau. La station endommagée survivait, bancale.
Un rire s'éleva derrière lui.
''Lucie.''
Elle le regardait, sourire large, les joues encore rouges par le froid et l'effort.
— Les médias n'interrogent que les autres.
— Ils nous ont sauvés aussi, c'est normal. Répondit Eldon.
Elle soupira, puis prit sa main dans la sienne. Eldon, surpris, rougit.
— Euh...
Elle le coupa, simplement.
— Le héros, pour moi, c'est toi. C'est surement trop mielleux dis comme ça...
Il rougit encore plus, le regard accroché à ses joues rondes, à son sourire encore tremblant. ''Elle est vraiment gentille... belle.''
— Tu sais... j'ai aussi entendu tes pensées. Elle hésita, rougit à son tour. Inspira, rassembla son courage. Tu... tu comptais m'inviter à dîner ? Ou c'était juste une pensée passagère ?
Eldon rougit de plus belle. Il bafouilla, chercha ses mots, puis resserra la main de Lucie dans la sienne et parla d'une voix basse, presque fragile.
— Tu... tu voudrais venir dîner avec moi ? Ce soir... ou demain... ou quand tu peux.
Elle éclata de rire.
Et lui sourit.
Fin.

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