22 - Xutik : Je ne fais qu'abréger ses souffrances de toute façon

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Aucune lumière ne brillait aux fenêtres, aucun son de voix ou de pas ne leur parvenait.

-Ça a l'air vide.

L'héritier d'argent observa les alentours :

-Tu sais s'il y a un garde-chasse ou un truc comme ça dans l'école ?

Xutik haussa les épaules pour avouer son ignorance et se dirigea vers la porte. Gec-Nüj s'alarma :

-Tu fais quoi ?

-Je vais toquer pour voir.

-Voir quoi ? On dit quoi si quelqu'un ouvre ?

Xutik l'ignora. Il n'était pas plus ravi que lui à l'idée de dormir dehors, aussi, s'il y avait une chance qu'on lui prête un lit, il n'allait pas passer à côté. Le jeune homme frappa à la porte, attendit quelques secondes, puis frappa à nouveau. Gec-Nüj avait finalement décidé de le rejoindre et tentait d'apercevoir quelque chose par les fenêtres :

-On dirait que c'est vraiment vide.

-OK. Crochète.

L'héritier d'argent fut pris de cour :

-Quoi ?

Xutik lui répéta avec impatience :

-Crochète. Tu ne veux pas dormir dehors, si ?

Gec-Nüj admit que non et sortit deux tiges de métal de sa chaussette. Moins d'une minute plus tard, ils entraient. Afin de s'assurer qu'ils étaient seuls, Xutik lança :

-Il y a quelqu'un ?

Son ami ironisa :

-Si quelqu'un répond, tu lui dis quoi ? Qu'on est tombé sur la porte et qu'elle s'est miraculeusement ouverte ?

Xutik commença à explorer les lieux sans lui répondre. C'était une maison assez simple. Un lit et une cheminée dans une pièce, une table, des chaises, un évier et quelques meubles de rangement dans l'autre. Gec-Nüj observa le sol et passa la main sur la table :

-On dirait que quelqu'un vient régulièrement faire le ménage.

L'héritier d'or acquiesça tout en lui montrant le meuble qu'il venait d'ouvrir, vide :

-Oui, mais c'est inoccupé pour l'instant.

Gec-Nüj demanda encore :

-On fait quoi alors ?

Xutik se dirigea vers le lit. Il sourit en apercevant un réveil sur la petite table de chevet. Sans hésiter, il s'en saisit et le régla :

-Sitôt que le réveil sonne, on court à notre chambre. On devrait arriver un peu avant l'ouverture des portes. Dès qu'on entend le déclic, on rentre. On ne devrait croiser personne et personne ne devrait avoir le temps de nous voir entrer.

-On dort ici ?

L'adolescent fit un énorme effort pour ne pas exploser. Il crispa fortement les poings en fermant les yeux un instant, avant de faire face à Gec-Nüj :

-Oui, putain, on dort ici. On peut savoir pourquoi t'as tellement envie de me faire chier ce soir ?

Sans se déstabiliser, l'héritier d'argent répondit :

-Parce que si tu avais demandé plus d'informations à Vish, on dormirait dans nos lits.

Xutik ne pouvait pas croire que le résultat soit complètement de sa faute :

-Parce que tu crois que cela aurait changé quelque chose si on avait su que c'était Laxo et Bélera qui viendraient ?

-On aurait fait autrement.

L'héritier d'or commença à crier :

-Autrement quoi ?! Tu n'aurais toujours pas été foutu de batte Falibi ! Ça n'a rien à voir avec les informations que l'on a eu ! J'ai eu le temps de vaincre Laxo et de courir après Bélera, pendant que toi, tu galérais avec une simple héritière d'argent ! Ne te fous pas de ma gueule, Gec-Nüj, tu ne gagneras pas ce coup-là ! Falibi aurait dû être vaincue avant l'arrivée des autres !

Au fur et à mesure de la tirade, la tête de l'héritier d'argent s'était baissée. Maintenant, il fixait le sol, embarrassé.

-Je vais dormir dans le lit. Tu te démerdes. Si tu veux dormir ailleurs, casse-toi.

Gec-Nüj se posa sur le tapis. Au moins, il avait un toit sur la tête et il faisait plus chaud ici que dehors.

Lorsque le réveil sonna, Xutik bondit. Il n'avait dormi que par intermittence, se réveillant à chaque bruit. Il enfila rapidement ses chaussures, alors que Gec-Nüj se redressait, le corps endolori de courbature.

-Grouille, faut qu'on rentre.

Xutik refit le lit et se jeta hors de la cabane, l'héritier d'argent sur ses talons. Ils retrouvèrent sans difficulté le vaste espace dégagé de l'école. Au pas de course, ils traversèrent la cour nord, atteignirent leur dortoir et montèrent les marches. Essoufflés, affamés, les deux garçons attendirent l'ouverture de la porte de leur chambre en jetant des regards inquiets aux alentours. Xutik ne pouvait s'empêcher de fixer la porte de la Cinquième. Il savait qu'elle pouvait entrer et sortir quand bon lui semblait et il espérait de tout cœur, qu'elle n'ait rien à faire dehors de si bon matin.

A peine le déclic sonna qu'ils ouvraient leur porte et se jetaient à l'intérieur. Xutik la referma en s'appuyant dessus, ferma les yeux et se laissa glisser au sol, soulagé. Il profita un moment de la sérénité retrouvée quand il se souvint qu'il avait encore une mission à accomplir. Comme s'il avait lu dans ses pensées, Gec-Nüj demanda :

-C'est ce matin que tu dois... ?

-Oui.

Xutik voulait manger tranquillement, il voulait se reposer. C'est un jour de repos, bon sang.

-Tu sais quand tu dois y aller ?

L'héritier d'or ouvrit les yeux. Gec-Nüj parlait avec plus de prudence que d'ordinaire. De toute évidence, les cris de Xutik n'étaient pas tombés dans l'oreille d'un sourd.

-Elle a dit que je saurais.

Pris d'un doute soudain, il vérifia la poche de son pantalon pour s'assurer que le masque n'en était pas tombé. Une nouvelle vague de soulagement déferla quand il le trouva. Gec-Nüj tentait encore de relancer le contact :

-Tu ne veux pas aller dormir un peu ?

-Non, j'ai peur de rater le signal.

Xutik se leva, se décidant à prendre une douche pour chasser les soucis de la nuit et pouvoir faire face à ceux qui ne tarderait pas à venir. Il entendit son héritier d'argent lui lancer :

-Je vais te chercher quelque chose à manger.

-C'est ça.

La douche fut rapide. Il craignait de rater le signal à cause du bruit de l'eau. Une fois rafraîchi et habillé, Xutik tourna en rond dans sa chambre incapable de se concentrer sur quoi que ce soit. Quand il entendit quelqu'un tambouriner à une porte du couloir, il sortit pour trouver le coupable. Neghttris appelait en frappant :

-Matior, Lyert, sortez, grouillez-vous.

Xutik entendit la porte s'ouvrir et Lyert demandait :

-Qu'est-ce qu'il se passe ? C'est Elférad ?

-Non, ça recommence. Il vaut mieux qu'on y aille.

Neghttris se dirigeait déjà vers les escaliers, ses amis sortant de leur chambre précipitamment pour tenter de le rattraper. Xutik profita qu'ils passent devant lui pour demander :

-Qu'est-ce qu'il se passe ?

Matior haussa les épaules, mais Neghttris lança :

-Vish vient d'attaquer Theaon. Il faut qu'on essaie de les arrêter avant que ça ne s'envenime.

Lyert et Matior se mirent enfin à courir. Xutik attendit de les voir disparaître dans l'escalier. Il savait ce qu'il avait à faire maintenant. L'adolescent rentra rapidement dans sa chambre pour chercher son masque, puis ressortit pour rejoindre la chambre d'Elférad. Il en trouva la porte ouverte. L'héritier d'or fit le tour du couloir du regard pour s'assurer qu'il n'y avait personne avant d'entrer. Il avança à petits pas par prudence. Le lit de Neghttris était en vue, mais il pénétra avec précaution pour apercevoir celui d'Elférad caché derrière le pan de mur qui avançait dans la pièce. Xutik jeta un coup d'œil discret et vit que l'adolescent était en train de dormir. OK, vite fait. Il s'avançait déjà vers le bureau quand il s'arrêta. L'héritier d'or ne voyait pas Neghttris planquer si évidemment le masque qui pourrait le discriminer. Xutik changea d'objectif et allait le glisser sous le matelas quand Elférad lança :

-Tu vois.

L'adolescent se glaça sur place, attendant la suite. Il y eut un grommellement qui lui fit dire qu'Elférad parlait en dormant. Pour s'en assurer, Xutik jeta un coup d'œil prudent vers le lit occupé, mais rien ne bougeait. Quitte à parler en dormant, tu pourrais dire des trucs intéressants. Une idée lui traversa l'esprit. Il n'aurait pas d'autres occasions de fouiller la chambre d'Elférad. C'était donc le moment de voir s'il n'avait pas quelque chose de compromettant dans ses tiroirs. Quelque chose qui le calmerait un bon moment si cela se savait. En faisant le moins de bruit possible, il s'appliqua à fouiller la chambre. Quand le jeune homme ouvrit l'armoire près du lit d'Elférad, Xutik veilla à ce que la porte du meuble bouche la vue de l'héritier d'or s'il venait à se réveiller. Dedans, il ne trouva pas grand chose à part des vêtements, deux paires de chaussure et une boite contenant des lettres destinées à Gzadien. Il se demanda bien pourquoi il les gardait s'il n'était plus avec l'héritier d'argent et trouva le contenu des lettres un peu étrange, mais il n'avait pas le temps d'approfondir. Ses recherches n'avaient mené à rien. Avec un soupir l'adolescent referma la boite, puis l'armoire. Tandis que Xutik se décidait à partir, son regard tomba sur Elférad.

Celui-ci suait à grosses gouttes, la respiration saccadée. Vish avait dit qu'elle ne pensait pas qu'il s'agisse d'une simple maladie et, à le voir dans cet état, Xutik ne put que se ranger de son côté. Il est en train de mourir. En l'ayant sous les yeux, cela lui paraissait une évidence. Était-il déjà dans cet état quand Neghttris avait quitté la chambre ? Ou cela venait-il de s'aggraver ? Xutik avait du mal à détacher son regard du corps étendu, car une nouvelle idée prenait forme dans son esprit. Un moyen permanent de séparer la classe. Du moins, cela écarterait définitivement les trois héritiers d'argent d'Elférad. Xutik prit le temps de la réflexion. Il ignorait combien de temps, il avait pour agir, mais il ne pouvait pas s'attarder. Fais-le. Il est déjà en train de crever de toute façon. Le jeune homme retira son pull, vérifiant l'absence de médicament sur la table de chevet. Si même les médecins n'ont rien donné, c'est bien la preuve qu'il n'ira pas mieux. L'héritier d'or posa le pull sur le visage d'Elférad au cas où il ouvrirait les yeux. Ils ne pourront pas savoir que c'est moi et je ne fais qu'abréger ses souffrances de toute façon. Dans sa tête tournait en même temps que ses pensées, les souvenirs d'Elférad qui lui faisait la leçon. Une colère froide monta en lui tandis qu'il posait la main sur le pull à l'endroit ou se trouvait la bouche et le nez du garçon. Alors qu'Elférad commençait à lutter contre l'asphyxie, Xutik appuya de tout son poids tout en continuant de réfléchir. Une fois l'adolescent éliminé, on soupçonnerait Neghttris de l'avoir tué. Après tout, il était le seul à avoir accès à la chambre. Cependant, il ne serait probablement pas inculpé par manque de preuves. En revanche, les trois héritiers d'argent seraient retirés de l'école, ça Xutik en était sûr. A moins que leur chef ne nomme l'un d'eux héritiers d'or. Il doutait que cela ne se fasse dans l'immédiat. Dans tous les cas, ils auraient le temps de penser à la suite des événements. D'ici là, j'aurais sans doute pris le contrôle de cette foutue classe.

Tout à ses réflexions, Xutik ne vit pas le bras qui saisissait la lampe de chevet. En revanche, il sentit le coup qui lui atteint la hanche. Surpris, il relâcha sa prise une seconde. Ce fut suffisant pour Elférad qui, à l'aveugle, réussit à le saisir à la gorge. Dans un flash, Xutik se souvint de son Enfermement avec l'héritier d'or. A ce moment-là aussi, il l'avait saisit de cette manière en le menaçant. A une différence près, la poigne de l'adolescent n'avait pas la même force, ni la même maîtrise qu'à cet instant-là. Xutik eut presque envie de rire tellement il s'en débarrassa facilement. Malgré tout, Elférad eut un sursaut en sentant son bras arraché de sa prise et envoya un coup de pied qui atteignit Xutik en plein ventre. Celui-ci s'écroula sur le sol. Le temps de lever la tête, Elférad s'était débarrassé du pull et le fixait droit dans les yeux.

Le temps se figea pendant que les deux adolescents se dévisageaient. Je suis foutu. Xutik attendit de voir comment Elférad allait réagir quand il nota un détail qui le fit sourire. Pendant quelques secondes, son adversaire avait plissé les yeux. Un plissement de visage que l'on utilise dans l'espoir de voir plus loin. Il ne me voit pas. Réconforté par cette idée, Xutik s'élança de nouveau. Elférad ne pouvait discerner qu'une silhouette qui lui fonçait dessus et se laissa glisser hors du lit. Se traînant, chancelant, il réussit à atteindre son bureau. C'est avec une certaine pitié que Xutik le regarda faire. Certainement qu'il l'avait frappé avec l'énergie du désespoir car il était clair, à présent, qu'il tenait à peine sur ses jambes. Xutik ramassa son pull et se dirigea vers l'héritier d'or. Il lui passa simplement le bras autour du cou et serra. Il était un peu triste qu'Elférad n'ait pas un vrai combat, mais c'était une chance à ne pas laisser passer.

Le crayon manqua de peu son œil. Xutik saisit le bras du jeune homme pour l'empêcher de tenter de frapper à nouveau.

-Neghttris !

La voix ne portait pas. Xutik resserra son étreinte quand il sentit le poids d'Elférad s'amplifier. Celui-ci venait de relever la jambe pour prendre appui sur le rebord du bureau et poussait de toutes ses forces. Xutik finit par basculer. Sa tête frappa violemment contre le bord du lit.

-Lyert ! Matior !

Du coin de l'œil, le crâne vibrant de douleur, il vit Elférad se diriger vers la porte. Cette fois, Xutik était furieux. Il le rattrapa alors qu'il avait la main sur la poignée, le saisit par les cheveux et lui rabattit la tête contre la porte avec violence. Ça fait mal, hein ? Comme Elférad s'écroulait, Xutik le plaqua au sol, les mains autour du cou. Il serra. Elférad chercha une prise, un coup à porter. Xutik serrait toujours. Les jambes de l'adolescent tapèrent contre la porte et Xutik serrait toujours. Dans la gorge d'Elférad, les noms de ses amis se changèrent en gargouillis, ses bras retombèrent.

Un pas de course. Xutik dressa l'oreille.

-T'es sûr que les coups viennent de ta chambre ?

-Je crois bien oui.

Xutik se releva, courut récupérer son pull. La porte s'ouvrit.

-Elférad ?

-Qu'est-ce qu'il a ?

-Elférad ?!

Xutik passa le bord de la fenêtre. L'alarme se mit à résonner dans le bâtiment.

-C'est quoi ?!

Xutik avisa la gouttière à sa gauche, sauta, la saisit, glissa, tomba et atterrit sur les buissons qui longeaient le bâtiment. D'un coup de rein, il se fit rouler au sol, avant de revenir se réfugier sous les buissons au moment où Matior passait la tête par la fenêtre.

-... C'est obligé. Je descends...

Il vient me chercher. Xutik se releva. Je vais où ? Il n'avait pas le temps de traverser la cour pour rejoindre l'hôpital ou les bois. Il faut la jouer calme. Il courut pour rejoindre le côté du bâtiment et se mit à marcher une fois à découvert. Un coup d'œil à sa tenue l'informa qu'il ne s'en sortait pas trop mal. A peine sali et pas une déchirure. Sûr que l'on ne croirait pas que je viens de sauter de deux étages. Il avait une plaie à la paume qui le brûlait. Sans doute qu'elle était apparue quand il avait essayé de se raccrocher à la gouttière avant de tomber. 

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