25 - Citseko : Il faut que quelqu'un le fasse

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Citseko Fraam

Rang : Argent

Héritier de la famille Fraam au service du clan Evarla

L'héritier d'argent se demandait ce que Xutik faisait là. Gec-Nüj leur avait dit qu'il était allé voir Hiloy, mais Citseko ne pouvait s'empêcher de trouver cela bizarre. Comment avait-il fait pour se retrouver à la chambre d'Elférad s'il était venu voir la Cinquième ? Ce n'est pas comme si la chambre était indiquée quelque part. Ils avaient dû demander à l'accueil.

-Je t'avais dit que ce n'était pas une bonne idée.

Citseko regarda Xutik et son héritier d'argent s'éloigner avant de revenir à la discussion. Lyert fixait la porte de la chambre avec angoisse. Quand Elférad avait soudain été saisi de convulsion, ils avaient sonné l'alarme immédiatement. Neghttris répartit sèchement à Lyert :

-Il fallait le faire. Il serait mort sinon.

Son ami répliqua tout aussi agacé :

-Ouais, bah, le résultat c'est qu'il risque de mourir, mais la différence, c'est que ce sera de notre faute.

Meb se plaça entre eux :

-Attendez, on reste calme. Vous pouvez m'expliquer la raison de votre dispute, là ?

Neghttris et Lyert échangèrent un regard noir, mais Matior prit sur lui de répondre :

-Elférad était en train de guérir d'un poison.

Citseko resta interdit, alors que Meb répétait :

-D'un poison ?

L'héritier d'argent acquiesça et Meb continua :

-Mais s'il était empoisonné, les soins rapides l'ont guéri, non ?

Neghttris prit la relève :

-Non, peut-être pas.

-Je ne vous suis pas là...

Lyert reprit en fixant Neghttris :

-Ce poison est assez méconnu. Apparemment, les traitements ont tendance à aggraver la situation.

Neghttris repartit encore :

-Pas toujours, il fallait tenter...

-Pas toujours, ce n'est pas suffisant.

-Tu voulais faire quoi alors ?! Le laisser mourir ?!

Citseko posa doucement une main sur le bras de Neghttris pour murmurer :

-Ne crie pas ici. On ne sait pas qui écoute.

L'héritier d'argent se calma d'un coup, les yeux au sol, honteux :

-Ils n'auraient rien pu faire pour lui. J'en suis sûr.

Son comportement montrait pourtant qu'il doutait de sa décision. Lyert pointa la chambre d'un geste furieux, parlant d'un ton glacial :

-Parce que là, tu crois qu'ils vont pouvoir faire quelque chose ?

Matior qui semblait absent jusque là, revint à lui :

-Je crois que oui. Ils ont plus de chance maintenant que tout à l'heure.

Lyert ouvrit la bouche pour répliquer, mais Meb le fit taire d'un geste de la main. Citseko était étonné et déçu de les voir se disputer. Il ne s'était jamais imaginé que Lyert puisse être si acerbe et Neghttris si à court de réplique. Meb faisait de son mieux pour les garder calme :

-Comment vous avez fait pour avoir des soins rapides ? Vous avez demandé de l'argent à vos parents ?

Les trois héritiers d'argent échangèrent des regards gênés avant que Neghttris avoue :

-C'est Hiloy qui a payé.

Meb se tourna vers Citseko. Celui-ci n'eut pas besoin qu'il parle pour savoir ce qu'il pensait. Pourquoi la Cinquième leur aurait rendu ce service ? Payer des soins rapides, ce n'était pas rien.

-Vous lui avez promis quoi en échange ?

Personne ne s'étonna que Meb pose la question, mais Neghttris fut gêné de répondre :

-Rien du tout. Iel a voulu aider, c'est tout.

L'héritier d'or n'en croyait pas ses oreilles :

-Rien du tout ? Iel vous fourni des soins rapides pour rien du tout ?

Citseko nota la pointe de méfiance dans la voix de Meb. Cependant, les trois autres étaient bien trop préoccupés pour la noter. Citseko écoutait les quatre garçons sans prendre part à la discussion. Tout le monde savait que ces événements n'étaient pas dû au hasard. Tout le monde savait que quelqu'un était derrière tout ça. Pourtant quand quelqu'un semblait trouver le temps pour se poser la question sur qui, il arrivait une chose qui le détournait de cet objectif. Je ne pense pas qu'ils se préoccuperont de ça désormais. La porte de la chambre s'ouvrit et les garçons se tournèrent tous d'un bloc vers la femme qui en sortit. Avant qu'elle n'ait pu ouvrir la bouche, Lyert demanda :

-Comment il va ?

La femme répondit :

-Il est stable.

C'est comme si ils se souvenaient soudain de respirer et dans le concert de soupir de soulagement qui suivit, le médecin les observa avec attention avant de demander :

-A qui dois-je m'adresser pour les détails ?

Les trois héritiers d'argent lancèrent des regards à Meb et Citseko qui comprirent le message. L'héritier d'or les salua :

-On se voit plus tard. Viens, Citseko.

En se dirigeant vers la sortie, Meb lui murmura :

-Tu ne crois pas qu'ils sont en train d'essayer de nous la faire à l'envers ?

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

Ce n'est qu'une fois dehors, qu'il répondit :

-Hiloy qui donne des soins rapides sans rien en échange ? Franchement ? Tu crois qu'ils ont pu s'allier ? Après tout, elle a déjà fait le coup avec les autres des Cinq.

Il se redressa soudainement, frappé par une autre idée :

-Oh et si iel avait fait ça pour qu'ils lui en doivent une ?

Citseko resta muet. Il ne pensait pas qu'Hiloy ait pensé à autre chose qu'à venir en aide à un mourant.

-Citseko !

Le garçon se crispa en entendant la voix. Meb lui jeta un regard rieur qui ne fit qu'accroître l'agacement de l'héritier d'argent :

-Je te laisse.

Avant qu'il n'ait pu dire quoique ce soit, Meb s'éclipsa et Alio le rejoignit :

-Pourquoi tu sors de l'hôpital ? Il s'est passé quelque chose ?

Citseko préféra l'ignorer et partit à la suite de son héritier d'or. Il pensait avoir été clair quand il l'avait revu à l'activité, mais l'adolescent s'accrochait.

-On mange ensemble ?

-Non.

Il lui coupa la route :

-J'ai l'impression que tu ne veux pas traîner avec moi.

J'ai des tas de choses plus importantes à penser. Il ne voulait pas le blesser, mais, il ne pouvait pas non plus se permettre d'être accaparé de la sorte alors que son héritier d'or était en potentiel danger.

-Écoute. Je te l'ai déjà dit, je veux être seul pour l'instant.

-Je sais. J'attends que l'instant passe.

-Même si ça passe, t'es pas mon genre. Désolé.

Alio se mit à rire :

-C'est parce que tu ne me connais pas. Je suis sûr...

Citseko le coupa :

-Pourquoi tu es venu me parler à moi ?

Un instant prit de court, Alio répondit en souriant :

-Parce que tu me plaît.

-Si je ne te plaisais pas, tu ne m'aurais pas parlé.

Alio sembla réfléchir à une réponse, mais Citseko conclut d'un ton sans réplique :

-Pourquoi moi je devrais faire l'effort de te parler, alors que toi, tu ne l'aurais pas fait ?

Sur ce, il le passa pour tenter de retrouver Meb. Alio lui lança :

-Il est parti de l'autre côté.

Citseko lui jeta un regard pour voir la direction qu'il indiquait, le remercia du bout des lèvres et s'éloigna. Il n'était pas bien loin, cependant, quand il s'arrêta. Quelques minutes plus tôt, l'adolescent se demandait pourquoi personne ne cherchait celui ou celle qui provoquait toutes ces histoires et voilà qu'il ne s'y attardait pas non plus. Citseko resta sur place, tiraillait entre deux choix. Soit il suivait Meb pour s'assurer qu'il n'était pas le prochain, soit il tentait de trouver le coupable. Il faut que quelqu'un le fasse. Elférad et les siens avaient certainement d'autres choses à penser. Concernant Hiloy, Neghttris leur avait dit qu'ils l'avaient croisée en arrivant à l'hôpital. Apparemment Falibi et Laxo s'étaient faites attaquées. Un détail le frappa soudain. Où est Gzadien ? Il avait vu le garçon dans le couloir quand ils s'étaient attroupés devant la porte d'Elférad, puis quand il était entré fermant la porte derrière lui. Mais il n'était pas à l'hôpital. Citseko était décidé à agir et revint de nouveau sur ses pas. En le voyant, Alio ouvrit les bras en s'exclamant :

-Ah, je savais que tu reviendrais.

Citseko bifurqua pour l'éviter et rentra dans le bâtiment des dortoirs. Il ne pensait pas que Gzadien serait en état de l'aider non plus, en revanche, une personne lui était revenue à l'esprit. L'héritier d'argent se dirigeait vers la chambre de Nsoah. Quand il frappa personne ne répondit. L'adolescent resta un moment sur le palier à se demander s'il devait tenter la chambre de Tahiya. Il ne se voyait pas déranger un héritier d'or sans la présence de Meb, mais il ne voulait pas impliquer celui-ci plus que ça. Surtout si ça ne mène à rien au final. Citseko respira profondément avant de se décider à trouver Tahiya. Il n'eut pas plus de chance en frappant à sa porte. Il redescendit pour se diriger vers la salle commune des premières années.

L'héritier d'argent n'aurait su dire s'il était soulagé de la voir ou non. Lorsque ses yeux d'émeraude se plantèrent dans les siens, Citseko eut bien envie de faire demi-tour. La jeune fille était assise dans un fauteuil, un livre en main. La haute silhouette noire de son cousin se découpait dans les rayons du soleil qui passaient la fenêtre. Tahiya avait relevé la tête en se sentant observée. Citseko lui fit face et s'inclina :

-Excuse-moi de te déranger. J'ai une question à te poser.

Elle continua de l'observer sans rien dire.

-Pourquoi tu as attaqué Indilk ce jour-là ?

L'héritière d'or plissa les yeux :

-Pourquoi tu veux savoir ?

Nsoah laissa échapper :

-On lui a dit qu'il disait des choses sur moi.

Citseko lui jeta un rapide coup d'œil. Ce dernier continuait à regarder par la fenêtre alors que sa cousine râlait :

-Bordel, tu la fermes, oui ? Tu ne sais pas ce qu'il veut faire de ses info après.

Nsoah eut un léger sourire :

-Non, lui, il est gentil.

Tahiya ricana :

-C'est cela, oui.

Citseko hésitait à reprendre la parole et quand il le fit, ce fut d'une petite voix :

-Tu l'as attaqué pour ça ? Et pourquoi tu n'as pas recommencé ?

Elle le considéra avec curiosité :

-Il n'est pas là, Meb ? Pourquoi tu poses des questions tout seul à une héritière d'or ?

Il n'y avait rien de hautain dans sa voix. Ce n'étaient que de simples questions, mais qui impliquaient des réponses très informatives. Cela poussa Citseko à se taire. Devait-il partager avec elle ce qu'il savait ? Parler de ce qu'il s'était passé entre Meb et Elférad ?

-Je lui ai dit de réfléchir.

De nouveau, l'héritier d'argent s'étonna de l'intervention de Nsoah qui n'avait pas bougé de la fenêtre. Le regard toujours perdu à l'extérieur. Tahiya serra le poings d'exaspération en retenant un juron, puis dit :

-Nsoah m'a fait remarqué que si Indilk avait quelque chose à dire sur mon cousin, il me l'aurait dit en face. Et c'est vrai que cela me paraît plus logique.

Citseko comprenait :

-C'est pour ça que tu ne t'en ais pas repris à lui. Mais on n'a pas tenté de faire en sorte que tu l'attaques de nouveau ? Comme...

-Comme un message ou des rumeurs ?

Tahiya croisa son regard :

-Nsoah a toujours été la tête pensante et je suis restée à ce qu'il m'a dit. Si Indilk avait quelque chose à me dire, il me l'aurait dit, si Indilk voulait s'en prendre à moi, il m'aurait provoqué en duel.

Citseko était plutôt ravi de la trouver plus raisonnée qu'il ne s'y était attendu.

-Est-ce que tu ne penses pas qu'il y a quelque chose de louche dans tout ça ?

Tahiya referma son livre et s'assit plus confortablement :

-Écoute. T'es bien mignon, mais les informations ne vont que dans un sens, là. Il vaudrait mieux pour toi que tu commences à y mettre un peu du tien.

Nsoah se tourna brusquement et se plia en deux pour murmurer quelque chose à l'oreille de sa cousine. Celle-ci leva les yeux au ciel et son cousin reprit sa place devant la fenêtre, faisant courir son doigt sur le rebord de bois et souriant tout seul. Citseko ne se risqua pas à demander ce qu'il avait dit. Il prit un fauteuil et l'installa face à celui de la jeune fille.

-On est quelques uns à penser que quelqu'un est en train d'essayer de désagréger la classe.

Tahiya semblait satisfaite de son comportement et se détendit :

-Quelques uns ?

Citseko hésita avant de dire :

-Ils ne savent pas que je suis venu te parler, du coup, je ne préfère pas te dire qui.

Elle lui fit un signe de tête pour qu'il continue.

-Il y a eut Qegh qui s'en ait pris à Elférad, Indilk aussi. Toi à Indilk. Vish à Theaon ce matin et on a appris que Falibi et Laxo étaient à l'hôpital parce qu'elles ont été attaquées hier soir.

-On ?

-Meb et moi.

Tahiya rappela :

-Ce qui ramène la question, pourquoi il n'est pas avec toi maintenant ?

Il répondit franchement :

-Je ne veux pas l'impliquer tant que je n'en sais pas plus. Je ne crois pas qu'il voudrait prendre partie de toute façon.

-Pourquoi ?

-De peur que quelque chose lui tombe dessus à son tour. 

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