27 - Citseko : Il me cassera le nez

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Citseko fit une grimace :

-Je ne connais que l'écriture de Meb dans la classe, tu sais.

Gzadien referma le mouchoir :

-Je m'en doutais. Ça valait le coup d'essayer.

Il arrêta son geste pour de nouveau se tourner vers le coin du bâtiment. Citseko l'observa tandis qu'il guettait une chose que lui ne percevait pas :

-Excuse-moi, mais est-ce que tu penses qu'on est observé ?

Comme la première fois, il resta un moment silencieux, immobile avant de reprendre :

-Tu vas voir Elférad ?

Le changement de sujet surpris Citseko qui prit une seconde avant de répondre :

-Euh oui, je vais voir comment il va.

-Tu peux lui dire un truc pour moi ?

De nouveau surpris, l'adolescent demanda :

-Tu ne vas pas le voir ?

Gzadien secoua la tête :

-Je peux pas.

Le sentant pressé de partir, Citseko ne le fit pas patienter :

-Tu veux que je dise quoi ?

-Si tu peux caser : Je le voudrais toujours, l'air de rien.

-Je le voudrais toujours ?

Il hocha la tête.

-OK. Je vais essayer.

Gzadien eut un pâle sourire, jeta encore un coup d'œil vers le coin du bâtiment et partit du côté opposé. Citseko revint vers l'hôpital en passant par l'endroit qui semblait tant inquiéter Gzadien. Il ne repéra rien d'étrange et poursuivit sa route.

Il regagna la chambre d'Elférad en toquant doucement à la porte.

-Qui c'est ?

-Citseko.

-Entre.

En pénétrant dans la chambre, il nota de suite la présence de Matior au pied du lit, comme un garde en veille. Ils doivent avoir la trouille qu'il arrive encore quelque chose. Assis en tailleur sur son lit, Elférad interrogea le nouvel arrivant du regard. Ses cheveux étaient collés par la sueur et son visage était un peu rouge, mais il se tenait droit et éveillé. Réellement soulagé de le voir ainsi, Citseko s'inclina et soupira avec un demi-sourire :

-Tu vas beaucoup mieux déjà, non ?

L'héritier d'or eut un rire qui se brisa en toux sèche :

-Si on veut oui.

Matior jeta un regard inquiet à son ami avant de presser Citseko :

-Tu veux quelque chose ?

Avant de s'avancer plus avant vers le lit, le jeune homme vérifia qu'il avait bien fermé la porte.

-J'ai parlé avec Tahiya.

Ils l'écoutèrent en silence. Citseko nota leur échange de regard quand il parla de Xutik et quand il eut fini, Elférad demanda :

-Vous allez vous charger de Xutik alors ?

Citseko avoua :

-Moi non, mais Tahiya aurait besoin d'un coup de main si jamais...

Matior se méfia de suite :

-Pourquoi tu ne l'aides pas toi ?

Citseko rechigna à avouer :

-Meb ne veut pas que je m'implique.

Il repensa au message de Gzadien et se demanda comment il pouvait le placer. Matior fut perplexe :

-Il ne veut pas s'impliquer ?

-Il le voudrait toujours, mais là...

Matior fronça les sourcils :

-Qu'est-ce que tu racontes ?

Subtilité bonjour. Il remarqua tout de même la crispation qui parcourut le corps d'Elférad. Concluant qu'il avait saisi le message, l'héritier d'argent annonça :

-Je voulais juste vous prévenir de ce qu'il se passait. Je vais aussi en parler à Hiloy.

Matior se contenta de le saluer d'un geste de la main, alors que les yeux vert de l'héritier d'or s'étaient ternis. L'air absent, il fixait le mur. Citseko n'insista pas et s'éclipsa. Il dut retourner à l'accueil pour connaître la chambre de Falibi.

Il y trouva plus de monde qu'il ne s'y attendait. En plus de Falibi et Hiloy, il s'aperçut que Laxo était également présente avec un bras dans le plâtre. Bélera était sagement assise sur une chaise, avec Rafirin debout à côté. Il y avait également un autre garçon que Citseko ne connaissait pas. L'héritier d'argent hésita à l'embrasure de la porte :

-Je suis désolé, vous voulez que je revienne plus tard ?

Falibi fit un ample geste du bras :

-Entre dans notre antre.

Citseko ne put s'empêcher de faire un demi-sourire. La bonne humeur de la jeune fille était toujours contagieuse. Intimidé devant le nombre de personne présente, Citseko s'inclina avant de commencer :

-Neghttris m'a dit que vous étiez là, alors je suis venu voir comment vous alliez.

Laxo répliqua aussitôt :

-Où est Meb ?

-Il travaille.

Le garçon qu'il ne connaissait pas se pencha vers Laxo :

-C'est qui Neghttris ?

-Tu sais, l'un du groupe des mignons.

Même si cela resta énigmatique pour Citseko, le garçon sembla saisir de qui elle parlait. Il reprit la parole :

-Je voulais aussi vous parler de quelque chose en particulier.

Son regard multicolore s'arrêta sur l'inconnu et Rafirin. Comprenant son inquiétude, Laxo l'effaça en disant :

-Mechem est en seconde année, il n'est pas vraiment concerné.

De son côté, Rafirin se rapprocha de Falibi :

-Je reste aussi. Il est hors de question que je la laisse à nouveau.

La jeune fille lui jeta un regard exaspéré sous celui amusé d'Hiloy :

-On vient d'en parler Rafirin. Tu ne peux pas me coller aux basques toute la journée. Tu te rends bien compte qu'il y a des moments où ça ne va pas être possible.

Rafirin ouvrit la bouche pour protester quand Laxo lança d'une voix forte :

-Tu disais, Citseko ?

Tous les regards étaient fixés sur lui. L'héritier d'argent passa une langue nerveuse sur ses lèvres :

-Il vous est arrivé quoi exactement ?

Un silence lui répondit. Falibi finit par demander :

-Quand tu dis que Neghttris t'a dit qu'on était là, c'est pas lui qui t'aurais dit de venir prendre des nouvelles par hasard ?

Citseko ne comprit pas et resta silencieux. Il chercha des réponses dans les yeux des personnes qui l'entouraient, mais c'est finalement Falibi qui reprit :

-On semble vouloir faire accuser Neghttris de notre attaque.

Citseko ignorait s'il avait le droit de poser des questions plus pointues sur les détails de l'attaque. Malgré lui, il commençait à penser à la jeune fille comme l'héritière d'argent d'Hiloy. Il ne pouvait l'interroger sans l'accord de la Cinquième. C'est le moment que choisit Bélera pour glisser doucement :

-Tu devais dire quelque chose, mais tu as l'air de tourner autour du pot.

Citseko ne pouvait nier qu'il se sentait mal à l'aise de parler de sa discussion avec Tahiya devant autant de monde.

-Je pourrais peut-être parler à Hiloy seule, d'abord... si vous voulez bien.

La Cinquième se leva automatiquement sans attendre l'avis des autres. Ils allèrent dans le couloir pour se trouver un coin isolé. Il voulut rassurer la jeune fille en disant :

-Ce n'est pas que ça te concerne particulièrement, c'est plutôt que je ne sais pas avec qui tu voudras partager l'info.

Hiloy lui souriait et cela le détendit :

-J'ai parlé avec Tahiya de tout ce qu'il s'est passé. Je voulais savoir pourquoi elle avait attaqué Indilk entre autre.

Il fit le même compte rendu qu'à Elférad et Matior, mais contrairement aux garçons, une fois qu'il eut fini, Hiloy croisa les bras, concentrée. Elle attendit qu'il se taise pour demander :

-Mais une fois qu'on a trouvé le coupable, qu'est-ce qu'on fait ?

Citseko fut soulagé de l'entendre parler de coupable au lieu de Xutik. Bien sûr, Tahiya avait réussi à le faire douter de l'innocence du garçon, mais il ne tenait pas à le condamner sans preuve comme les autres semblaient prêts à le faire.

-Je crois qu'il faudra que tu vois avec elle et Elférad. Je n'ai pas le droit de faire plus que vous avertir.

Si la Hiloy fut agacée ou déçue de cette déclaration, elle n'en montra rien. Plutôt concentrée, elle semblait réfléchir à sa question. Citseko se demanda s'il devait la laisser. Finalement,l'adolescente se secoua pour annoncer :

-Il faut que j'aille demander...

Il n'entendit pas la suite car Hilouy s'éloignait déjà. Seul dans le couloir, il hésita. Retourne dans ta chambre. Va faire tes devoirs... j'ai fini mes devoirs. Au fond, le jeune homme savait bien ce qu'il voulait faire. Je lui demande. Si elle veut pas tant pis, c'est que je devais pas le faire. Si je ne dis rien à Meb, il ne saura rien. Il s'élançait déjà à la suite de Hiloy en sachant très bien qu'il raconterait tout à son héritier d'or. Tant pis. Il me cassera le nez. J'ai vu pire. L'adolescent rattrapa la Cinquième assez vite :

-Tu veux que je vienne avec toi ?

Hiloy haussa les sourcils de surprise :

-Tu ne devais pas éviter de t'en mêler ?

-Si, mais...

Il n'avait rien à ajouter. Citseko aurait été frustré de voir qu'ils s'éloignaient encore de l'objectif en cas d'un nouvel incident. Le voyant hésitant à se justifier, Hiloy reprit :

- Ça ne me gêne pas, mais tu ne risques pas d'avoir des problèmes avec Meb ?

Elle lui tint la porte pour sortir du bâtiment. Le geste choqua Citseko, il s'empressa de passer en espérant qu'il ne se ferait pas punir pour insolence. Hiloy ne remarqua même pas l'embarras du garçon :

-Je vais demander l'avis des jumeaux. Tefpiro va encore gueuler, mais bon...

Les jumeaux ? Quels jumeaux ? Ce n'est que quand ils arrivèrent en vue d'un banc où deux garçons étaient assis que Citseko réalisa de qui il s'agissait. Les blasons représentant un chêne en or aux feuilles de diamant le frappèrent. Instinctivement, il laissa Hiloy prendre de l'avance pour se tenir humblement, un mètre derrière la Cinquième. En approchant, l'héritier d'argent nota les légères différences entre les deux. C'est une fille. Aussi large d'épaule que son frère, une finesse dans le visage d'Oru faisait toute la différence. Citseko se sentit la gorge nouée devant les Quatrièmes. Hiloy, elle, lança sans détour :

-J'ai une question.

Tefpiro fit la moue :

-Oui, mais sinon ? Ça va ?

Hiloy se campa devant eux :

-Pas super et vous ?

L'adolescent claqua des doigts :

-Envoie la question, Puînée. Nous te ferons part de notre savoir immense.

Citseko se tordit les mains. Il ne tenait pas tellement à se faire remarquer par les jumeaux. Mais si je fais bonne impression, Meb m'évitera peut-être un coup de poing. C'était une occasion à ne pas manquer. Pour l'instant, la discussion se déroulait sans lui.

-On a un élément perturbateur dans la classe. Du coup, je voulais savoir comment vous géreriez la situation vous ?

L'incompréhension se lisait sur le visage de Tefpiro :

-C'est à dire ?

Citseko osa :

-Il y a des soupçons sur une personne...

Sa voix mourut dans sa gorge sitôt que les quatre yeux d'un rouge terne se fixèrent sur lui. Hiloy reprit :

-Oui, mais on n'a pas de preuve pour l'instant.

Au soulagement de Citseko, l'attention des jumeaux revint à la Cinquième.

-Tu veux qu'on t'explique comment trouver des preuves ?

Hiloy eut un petit rire :

-Non, le problème c'est que je crains que certains agissent précipitamment.

Citseko approuva. Même si Tahiya ne lui avait pas semblé si précipitée, il ne pouvait pas être sûr qu'elle agisse de façon contrôlée si elle se lassait de chercher des preuves.

-En plus, si on trouve le coupable, il vaut mieux le présenter directement au directeur, non ? Plutôt que de laisser les autres régler l'histoire.

Tefpiro pinça les lèvres :

-Cela dépend. Le directeur pourrait se contenter de changer le coupable de classe, si on le paye. N'oublie jamais que tout le monde est corruptible. Si tu veux régler une histoire, fais le toi-même. Je serais toi, je provoquerais l'accusé en duel. Je l'y tuerais par accident.

Citseko tenta de décrypter l'expression de la Cinquième, mais sans y parvenir. Celle-ci finit par dire :

-Merci. Je vais voir ce que je vais faire.

Elle repartit vers l'hôpital. Citseko s'inclina profondément devant les jumeaux avant de la suivre. Hiloy se tourna à demi pour l'informer :

-Je vais discuter avec les autres. Tu veux rester ?

-Si tu veux bien.

Elle se contenta de lui sourire. De retour dans la chambre, Hiloy ne perdit pas de temps pour expliquer la situation. La première réaction de Falibi fut de demander :

-Est-ce qu'on ne devrait pas en parler à Elférad aussi ?

Citseko se permit de dire :

-Je lui ai déjà parlé de Tahiya.

Hiloy fit remarquer :

-Je ne suis pas sûre qu'il soit déjà en état, en plus.

De nouveau, Citseko intervint :

-Je peux aller lui demander. Ça avait l'air d'aller tout à l'heure. 

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