37 - Elferad : Il n'y a pas d'assassinat à l'école des héritiers
Elférad Juéllit
Rang : Or
Héritier de la grande famille Juéllit
-Comment tu vas ?
Hiloy secoua la tête. Elférad continua :
-Il s'est passé quoi exactement ? Lyert a dit qu'on t'avait attaquée.
La Cinquième inspira profondément :
-On a essayé de me tuer.
L'héritier d'or eut le sentiment de recevoir un coup. Elle aussi ? Neghttris ouvrit la bouche pour poser une question, mais Hiloy se leva soudainement pour sortir de la chambre précipitamment. Le médecin s'empressa de lancer :
-Vous devez rester couchée pour...
Elférad la rassura :
-On la ramène. Vous inquiétez pas.
Il suivit la Cinquième qui s'était arrêtée à moins d'un mètre de la porte devant Falibi, Laxo et Bélera. Les trois filles levèrent les yeux en voyant les garçons et Hiloy en profita pour se remettre en marche. Falibi s'inquiéta :
-Où tu vas ?
-Il faut que j'aille dans ma chambre.
Falibi la rattrapa :
-Tu devrais rester à l'hôpital.
La Cinquième continua d'avancer, mais Elférad savait que quelque chose n'allait pas. Il suivit le groupe alors qu'ils traversaient l'espace qui les séparait du bâtiment des dortoirs. Lorsque Hiloy passa la porte, Elférad vit qu'elle était prête à flancher. Rapidement, il lui saisit le bras pour lui glisser à l'oreille, le regard parcourant les alentours :
-Fais gaffe. Tu sais ce qu'ils penseront si tu t'écroules devant tout le monde.
Hiloy lâcha entre ses dents :
-Je sais. Il faut juste que j'arrive à ma chambre.
Falibi passa de l'autre côté, l'air perdu :
-Il se passe quoi exactement ?
Elférad prit un air naturel quand des élèves les croisèrent, puis répondit :
-Je crois qu'iel panique.
Falibi passa un bras autour des épaules de son amie et ils accélérèrent le pas. Le petit groupe atteignit le premier étage. Hiloy s'écroula dans le couloir vide, tombant à genoux, le souffle court. Elférad entendit des pas derrière eux et ordonna aussitôt :
-Cachez-la.
Ils formèrent un cercle autour de la Cinquième, la dissimulant aux regards des curieux. Falibi se glissa près d'Hiloy pour tenter de la calmer. Elférad jeta un regard noir aux garçons qui s'attardaient pour tenter de voir qui était en train de pleurer. Matior finit par leur lancer :
-Vous voulez de l'aide ou ça va aller ?
Les passants finirent par se détourner pour continuer leur route. L'héritier d'or allait presser le duo, mais m'adolescente se relevait déjà. Ils se remirent en route jusqu'à atteindre la chambre de la Cinquième où ils entrèrent. Falibi se tourna vers les quatre garçons avant de fermer la porte :
-Merci pour tout. On se voit plus tard.
Elférad hocha la tête. Quand la porte fut fermée, il resta à la fixer, plongé dans ses pensées. Neghttris finit par rompre le silence :
-C'est quoi ce délire ? Qui oserait s'attaquer à la Cinquième devant tout le monde ?
Elférad lui répondit :
-Pas si délirant que ça. Personne n'a rien vu, personne ne parle. Si le coup avait réussi, la cinquième place était à disposition.
Neghttris n'en revenait toujours pas :
-Par un assassinat ? Ce n'est pas sûr comme moyen. N'importe qui pourrait prétendre être celui qui l'a tuée....
Matior le coupa :
-S'il y a tentative d'assassinat, ça sous-entend que tout le clan est corrompu et prêt à changer de chef.
Elférad fit remarquer :
-Sauf si c'est un cas comme le mien.
Sitôt qu'il s'était remis de ce qui lui était arrivé, Elférad avait envoyé une lettre à ses parents pour connaître la situation à l'extérieur. La réponse l'avait à la fois rassuré et dérouté. Aucun signe de soulèvement au sein de leur clan, alors pourquoi tenter de l'assassiner ? Il était délicat de prendre la place d'une grande famille de cette façon. L'héritier devait être tué dans le même temps ou presque durant lequel le chef et sa famille étaient destitués. Cela empêchait une éventuelle contre-attaque ou qu'un autre s'empare de la place réservée aux comploteurs. Il n'y a pas d'assassinat à l'école des héritiers, sans événement extérieur. Elférad avait bien vérifié que les lettres avaient été écrites par ses parents, que le sceau était présent. Il ne s'était rien passé dans son clan, au moment où on avait tenté de le tuer, donc, autre chose avait motivé cet acte. Ce pourquoi était ce qui gardait l'héritier d'or éveillé depuis quelques temps.
Il revint à la discussion en se rendant compte que ses amis continuaient de parler.
-Je ne crois pas que le directeur fera quoique ce soit.
Elférad fit face à Lyert :
-Comment ça ?
-Ce que je disais, quand il m'a interrogé, il n'a pas arrêté de demander si, à cause du jeu, je n'avais pas fait erreur sur ce que j'avais vu.
-Tu as répondu quoi ?
-Bah, que même en essayant d'attraper un foulard, je pouvais reconnaître un étranglement.
Matior secoua la tête :
-Je ne crois pas qu'il fera quoique ce soit non plus.
Neghttris s'énerva :
-Une tentative de meurtre en plein jour ! Sur la Cinquième ! C'est obligé qu'il fasse quelque chose.
Elférad lui fit remarquer :
-Ce serait reconnaître qu'il échoue en tant que directeur. Combien de tentatives d'assassinat aussi évidentes ont-elles eut lieu sur les descendants des Cinq depuis la création de l'école ?
Neghttris reconnut :
-Très peu.
-Exact. Pour punir ceux qui ont fait ça, il faut qu'Hiloy informe ses parents de ce qu'il s'est passé ici et je ne pense pas qu'ils permettront à une telle lettre de sortir de l'école.
Neghttris ne se calma pas :
-Alors quoi ? Ils les renvoient en zone de départ et c'est tout ?
Lyert intervint soudain :
-C'était qui au fait ? Ces trois là ?
Matior ne put s'empêcher de rire :
-Tu nous demande à nous ? Tu es celui qui les a vu de près.
Son ami reprit :
-Ce que je veux dire, c'est que ce ne sont pas des espions. Des espions auraient été plus discrets, non ?
Il chercha le regard d'Elférad pour confirmation, mais celui-ci répondit :
-Sauf si on leur a spécifié d'agir ainsi.
Matior était définitivement perdu :
-Dans quel but ?
Son héritier d'or ne put que hausser les épaules :
-J'en sais rien.
Lyert les saisit par le bras :
-On devrait peut-être discuté ailleurs.
Il jeta un regard soutenu à la porte de la Cinquième poussant les autres à se mettre en mouvement. Les jumeaux déboulèrent dans le couloir à ce moment. Elférad et ses héritiers d'argent se collèrent au mur, s'inclinant sur leur passage. Les Quatrièmes entrèrent dans la chambre de la Cinquième et les garçons attendirent de voir la porte se refermer avant de se rendre dans la chambre de l'héritier d'or. Celui-ci alla s'affaler sur son lit, tandis que Matior demandait en s'installant au bureau :
-Vous croyez que les Cinq vont d'en mêler ?
Assis au pied du lit Lyert rappela :
-Ils ont une alliance, non ? C'est sûr qu'ils vont bouger.
Neghttris s'était ressaisi et retrouva son expression concentré :
-Ce ne doit pas être quelqu'un de la classe. Tout le monde dans la classe sait qu'iel est alliée aux quatre autres. Donc, si on s'attaque à la Cinquième, les retombées sont plus que conséquentes.
Elférad soupira en fermant les yeux :
-Ça n'a rien à voir avec la classe, je suis d'accord. Ce doit être lié à un truc dont on est pas au courant.
Matior ouvrit des yeux ronds :
-Tu veux dire que quelqu'un veut faire tomber les Cinq ?
Elférad secoua la tête :
-Non, pas forcément. Peut-être que c'est juste iel qui pose problème.
Sentant le sommeil le gagner, l'adolescent rouvrit les yeux et se redressa :
-Je ne pense pas que l'on devrait s'en mêler plus, sauf si Hiloy demande de l'aide... mais je ne vois pas en quoi on pourrait lui être utile si les quatre autres s'impliquent.
Ils restèrent une minute silencieux, puis Matior reprit la parole, déviant la discussion vers des sujets plus communs. En début de soirée, Elférad se sépara de ses amis pour profiter d'un moment seul. Il tentait encore de se souvenir d'un détail qui pourrait lui donner le nom de celui ou celle qui avait essayé de le tuer. La frustration finit par prendre le dessus et il resta assis sur un banc, perdu dans ses pensées.
-Tu rentres ?
Elférad leva la tête pour voir Neghttris :
-Le décompte a commencé ?
L'héritier d'argent hocha la tête :
-Et tu n'as pas mangé.
Elférad posa son regard sur l'herbe, répondant d'une voix rêveuse :
-J'ai pas faim.
Une barre de céréale lui tomba sur les genoux :
-Je sais. Je t'ai pris ça.
Neghttris vint s'asseoir à côté de lui :
-C'est à cause de Gzadien que tu déprimes en ce moment ? Ça, en plus de la tentative de meurtre.
Elférad lâcha un sourire :
-Une rupture et une tentative de meurtre, si c'est pas une année qui se déroule bien.
-N'est-ce pas ? Et ne te plains pas, tu aurais pu perdre un bras lors du Grand Jeu.
L'héritier d'or suivit son ami :
-T'as raison, de quoi je me plains.
Neghttris sourit en voyant que son ami avait retrouvé un minimum d'humour. Il reprit la parole pour demander :
-Tu vas dormir à l'hôpital ce soir ?
Elférad ne fut pas surpris que son ami ait deviné ses intentions :
-Je pense... Je ne sais pas encore, en fait.
Neghttris se leva :
-Sais vite, parce que le décompte est quasiment fini.
-Va falloir courir.
L'héritier d'argent grimaça :
-J'ai pas envie de courir. Et puis, ce n'est pas prudent de te laisser seul si longtemps.
Elférad rit doucement :
-Je vais te manquer ?
Neghttris répliqua :
-C'est surtout que si tu te refais attaquer, je vais me faire engueuler.
L'héritier d'argent s'assit de nouveau, alors que dans les dortoirs, les portes claquaient :
-Allez mange.
Elférad s'exécuta en avouant :
-Par contre, j'ai pas envie de parler de ce qui m'ennuie.
-Je m'en doute. Je te raconterais des blagues.
En vérité, ils ne tardèrent pas à se rendre au dortoir de l'hôpital. La journée les avait fatigués plus qu'ils ne se l'étaient imaginés.
Ce fut la faim qui réveilla Elférad au milieu de la nuit. Il tenta de se rendormir en ignorant la douleur de son estomac, mais finit par se redresser. L'adolescent fixa ses draps en soupirant à l'idée de se lever. Il y avait toujours quelque chose à manger dans la petite cuisine de l'hôpital et c'est ce qui le décida à se lever. En fouillant les placards, il eut un élan de reconnaissance en trouvant un paquet de cacahuète. Le garçon dévora la moitié du sachet avant de se décider à retourner vers son lit. Il l'avait presque atteint quand une lumière dans le bâtiment des dortoirs attira son attention. Un instant, il se demanda si Gzadien était éveillé, puis réalisa que ces fenêtres n'étaient pas du bon côté. Qui... ? Dans le même temps, il réalisa que cela ne pouvait être que la chambre de la Cinquième. La lumière du couloir s'alluma. Iel sort ? Elférad jeta un regard vers Neghttris qui dormait profondément avant de décider de sortir.
Il tomba sur Hiloy alors qu'elle atteignait le hall du bâtiment des dortoirs. L'adolescente eut un sursaut en l'apercevant :
-Tu m'as fais peur. Qu'est-ce que tu fais là ?
Hiloy murmurait, bien qu'il était peu probable que qui que ce soit les entende.
-J'ai vu que tu étais réveillée. J'ai vu la lumière depuis l'hôpital. Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
-J'arrive pas à dormir.
L'héritier d'or supposa :
-Ta blessure ?
-Non, elle est guérie.
-Cauchemar ?
Hiloy inspira profondément sans répondre et il se contenta de la rejoindre en tendant le paquet de cacahuète :
-J'ai des cauchemars aussi.
L'adolescente eut un froncement de sourcil avant de réaliser :
-L'étranglement ?
Il s'assit sur les marches et elle l'imita :
-Oui, sauf que je meurs dans mon rêve.
Hiloy soupira :
-Pareil.

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