41 - Elférad : Qui voudrait la mort de Gzadien ?
Une fois l'heure écoulée, Elférad était en train d'aider à ranger quand Kerus revint à la charge :
-Tu n'as pas changé d'avis ?
L'héritier d'or retint un rire. Elle ne doit pas être si sûre d'elle pour encore me parler. Il demanda innocemment :
-A quel sujet ?
-A propos de la Cinquième. Je vais aller la voir maintenant.
Elférad leva la tête pour la fixer dans les yeux :
-Vas-y.
Légèrement déstabilisée, la jeune fille détourna les yeux une seconde avant de se ressaisir :
-J'y vais.
Elférad se redressa pour lui faire face, attendant de la voir partir. L'adolescente resta fixe un instant avant de se décider à bouger. Il la regarda partir, toujours amusé. Finalement, il ne s'inquiétait plus tellement pour Hiloy. Il l'avait vu combattre et cette fille ne lui paraissait clairement pas au niveau si elle tentait un duel. Quand il eut terminé à ranger, l'adolescent se rendit compte qu'une nouvelle fois, Citseko était également resté. Il ne put s'empêcher de lui lancer :
-Tu sais qu'il y en a d'autre qui peuvent rester ranger aussi.
L'héritier d'argent eut un demi-sourire :
-J'ai le temps. Les autres ont sûrement des trucs à faire.
Elférad eut un petit rire :
-D'accord, mais t'as le droit de partir tôt même si t'as rien à faire.
Un nouvel haussement d'épaule et un demi-sourire lui répondit.
-Il est où Meb ?
Citseko pointa les jardins par la fenêtre :
-Il doit être en train de jouer avec ses amis.
Elférad se retint de lui demander où était ses amis à lui. Il s'étonnait qu'ici, Citseko soit encore aussi seul qu'à l'école. L'héritier d'argent qui allait sortir s'arrêta soudain, avec une expression fermée. Elférad se tourna vers la porte pour voir ce qui l'avait bloqué et aperçut un grand adolescent au crâne rasé.
-Je l'ai déjà vu lui.
Citseko soupira sans rien dire, ce qui inquiéta Elférad :
-Je crois bien que c'est la première fois que tu ne sembles pas apprécier quelqu'un... aussi visiblement en tout cas.
Il fut même surpris d'entendre l'héritier d'argent lâcher d'un ton mécontent :
-Non, mais il ne me lâche pas.
Sans attendre plus longtemps, Citseko sortit et l'autre lui emboîta le pas. Elférad les regarda s'éloigner le temps de s'assurer qu'il n'avait pas besoin d'aide, puis partit chercher Meb.
Il le trouva, effectivement, en train de jouer avec trois autres héritiers d'or. Ceux-là, il les avait repéré. Ce n'était pas si difficile vu qu'ils étaient tout le temps ensemble. C'était aussi une façon de montrer la force de l'alliance entre leur différents clans.
-Meb.
L'adolescent s'arrêta pour le rejoindre :
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-Je voudrais te parler.
Meb fit signe à ses amis de continuer sans lui pour l'accompagner à l'écart. Elférad attaqua directement :
-Je voulais voir comment tu allais, après tout ce qui est arrivé dans la classe.
Son interlocuteur croisa les bras en fronçant les sourcils :
-Comment ça ?
-Je sais que tu étais mécontent de te retrouver impliquer dans ces histoires...
-Et ? T'as peur que je me lance dans une vague de vengeance ?
Elférad serra les mâchoires pour encaisser la question ironique :
-On ne peut rien changer de toute façon. C'est fait, c'est fait. Tu ne devrais pas faire la gueule à Citseko. Il n'a pas eu le choix.
Le visage de Meb se figea dans un masque de colère :
-T'es en train de m'expliquer comment je dois me comporter avec mon héritier d'argent ?
Elférad tenta de le calmer :
-Pas du tout. Mais les décisions ont été prises par toute la classe...
Meb n'était plus disposé à écouter et le coupa :
-Je ne t'explique pas comment gérer tes héritiers d'argent, alors évite de me donner des leçons.
Elférad sentit qu'il n'y avait rien qu'il puisse dire pour arranger les choses. Il se contenta de dire :
-Je voulais juste savoir si tu allais bien.
-Pourquoi ?
Ils n'avaient jamais été des amis proches. Ils se connaissaient depuis l'école, discutaient parfois, mais la réaction de Meb lui porta un coup, plus qu'il ne l'aurait imaginé. Désabusé, Elférad soupira en haussant les épaules :
-Pour rien.
Il tourna les talons et partit en quête des ses amis pour se consoler. Je sais pas comment Citseko fait pour le supporter tous les jours. Faut que je le trouve d'ailleurs. Il vit ses héritiers d'argent sortir du bâtiment des cours et courut les rejoindre :
-Les gars ! Vous faites quoi ?
Neghttris pointa les dortoirs :
-On allait te chercher. On va faire une partie.
Matior montra son jeu de carte en interrogeant :
-D'où tu viens ? T'étais pas à ton activité ?
-Si, mais j'étais allé parler à Meb.
Lyert s'étonna :
-Pourquoi ? Il y a un problème ?
Elférad secoua la tête :
-Non, pas vraiment. Je voulais juste savoir comment il allait à cause des duels et tout.
Neghttris haussa les sourcils :
-Et ?
-Il est pas content.
Matior se prit à rire :
-Qui est surpris ?
Lyert et Neghttris répondirent en choeur :
-Pas moi.
Elférad leur sourit :
-Non, mais j'essayais d'être sympa.
Neghttris eut un rire léger :
-Et ça n'a pas marché.
-Non seulement ça, mais j'ai peur d'avoir aggravé les choses pour Citseko.
Ce fut à Lyert de reprendre la parole :
-Pourquoi ? Il a un problème, lui ?
-Meb ne lui parle plus.
Matior rit encore :
-Donc il a un problème.
Elférad prit un air faussement sévère :
-Ne te moque pas de lui.
Matior se reprit :
-Je me moque pas. Je trouve juste dommage qu'il n'ait que Meb comme ami.
L'héritier d'or se mit en route pour le dortoir en disant :
-Il n'a peut-être pas envie d'autres amis. Je l'ai vu tout à l'heure avec un autre gars, il avait pas l'air ravi.
Lyert vint à son côté pour demander brusquement :
-Mais, du coup, tu t'es réconcilié avec Gzadien ?
Neghttris lui envoya une tape dans le dos en lui jetant un regard réprobateur, mais Lyert se défendit :
-Bah quoi ? Il essaie de se réconcilier avec Meb. Il aurait pu tenter avec Gzadien aussi.
Elférad préféra ne pas répondre pour éviter qu'ils ne s'attardent sur le sujet. La différence avec Gzadien était qu'il ne pouvait pas aller lui parler. Quoiqu'il se passe de son côté, l'héritier d'argent serait celui qui déciderait de venir à Elférad. Cela lui rappela le mot qu'il avait reçu et il s'arrêta brusquement pour observer les alentours.
-Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
Il revint à ses amis, pour demander innocemment :
-Vous n'avez jamais l'impression d'être suivis ?
Ses amis se mirent à regarder autour d'eux avant de répondre :
-Non, pourquoi ?
Elférad fit mine de rien :
-Comme ça. Je dois devenir parano.
Neghttris eut un sourire crispé :
-Tu crois que des espions nous suivent ?
L'héritier d'or se mit à rire :
-Non, mais parfois... je sais pas.
Matior répondit à sa question :
-Personnellement, j'ai jamais eu l'impression d'être épié.
Lyert daigna répondre également :
-Moi non plus.
Elférad marcha à reculons pour leur faire face :
-Quand je vous dis que je deviens parano. C'est pas grave. Le premier arrivé part avec dix points d'avance.
Il tourna les talons et partit comme une flèche, suivit de près par les trois autres qui s'insurgeaient en riant.
Elférad avait réussi à se coucher tôt. Pourtant, loin de s'endormir aussitôt comme il se l'était imaginé. A la place, les yeux grands ouverts dans le noir, il ne cessait de se repasser sa rencontre avec Gzadien dans le couloir. Pourquoi on m'espionnerait ? Qu'est-ce que Gzadien avait pu découvrir qui le pousserait à le quitter ? Ferme les yeux, dors, arrête d'y penser. Il se retourna, resta immobile une minute avant de rouvrir les paupières. Les lettres étaient adressées à Gzadien. Qui connaissait notre numéro de chambre ? Elférad se mit sur le dos, les yeux au plafond. Le poison sur les lettres était donc pour Gzadien... mais pourquoi c'est moi qu'on espionne ? Il revit le texte des notes qu'il avait tellement lu qu'il en connaissait encore quelques unes par cœur. L'héritier d'or fronça les sourcils. Il avait toujours l'impression que ces mots étaient illusoires. On avait écrit des choses ridicules juste pour y mettre le poison. Et si c'était pas ça ? Au début, ils avaient pensé que ces notes avaient pour but de les séparer, mais c'était mal les connaître. Et si c'était vraiment ça ? Quelqu'un qui ne nous connaît pas, du moins intimement, aurait pu s'imaginer que ça marcherait. Mais pourquoi s'en prendre à eux s'il ne les connaissait pas ? Elférad essaya de penser autrement. Quelqu'un qui nous connaît et qui veut nous séparer ? Quelqu'un qui veut la mort de Gzadien. Qui voudrait la mort de Gzadien ? La famille de l'héritier d'argent avait navigué de clan en clan après avoir été chassé du sien. S'il y a une chose que l'adolescent n'avait pas, c'était des gardes du corps et des formateurs de renom. Il aurait été facile de le tuer dehors, pourquoi avoir attendu qu'il entre à l'école des héritiers ? Elférad se tourna encore. Gzadien n'était pas censé devenir un héritier... Des notes pour nous séparer... si Gzadien n'était pas entré dans cette école, on ne serait pas ensemble. Était-ce à cause de ça que l'on s'en prenait à l'héritier d'argent ? A cause de moi ? Qui... les idées commencèrent à fuser rapidement. Des espions pouvaient être là pour empêcher Gzadien de l'approcher. Cela expliquait son comportement ces derniers temps. Qui pouvait en vouloir à l'héritier d'argent ? Qui pouvait vouloir protéger Elférad à ce point, mais mal connaître sa relation avec Gzadien ? Elférad se redressa brusquement en appelant :
-Neghttris !
Le garçon grommela :
-Quoi ?
-Je crois que mes parents essaient de tuer Gzadien.
Son ami se redressa à demi, à moitié réveillé :
-Quoi ?
Elférad répéta, le cœur en folie :
-Mes parents. Je crois que c'est eux qui veulent tuer Gzadien.
Neghttris se hissa un peu plus pour s'adosser au mur :
-De quoi tu parles ?
L'héritier d'or sauta de son lit pour allait s'asseoir sur celui de son ami qui luttait encore contre le sommeil :
-Ce sont mes parents qui ont fait envoyé les lettres avec le poison.
Neghttris resta immobile, si bien qu'Elférad se demanda s'il ne s'était pas rendormi :
-Tu m'écoutes ?
L'adolescent eut un sursaut :
-Oui, oui. Je comprends pas ce que tu dis.
Elférad s'assit en tailleur et se calma pour expliquer :
-Ils veulent tuer Gzadien à cause de mon frère.
L'héritier d'argent se frotta un œil en se penchant en avant :
-Alors, je ne veux pas paraître...
Il soupira en réfléchissant :
-J'ai plus le mot. Bref, tu parles trop vite et je suis rien du tout.
-On est d'accord que les mots étaient destinés à Gzadien vu qu'il y avait son nom sur l'enveloppe.
Neghttris hocha la tête :
-D'accord. Ça, je situe.
-Donc, c'est Gzadien qui devait être empoisonné... si je n'avais pas embarqué les notes en partant.
L'héritier d'argent fronça les sourcils :
-Oui, mais je trouve quand même qu'il y avait plus direct pour tuer quelqu'un.
Elférad fit remarquer :
-Oui, mais on aurait su qu'il avait été assassiné. Alors que là, même les médecins n'ont pas su deviner que j'avais été empoisonné.
-C'est vrai. C'est quoi le rapport avec tes parents ? Oublie pas qu'il y avait le numéro de la chambre sur l'enveloppe. Personne à l'extérieur ne connaît nos chambres.
L'héritier d'or leva le doigt :
-Sauf si un espion leur transmet des infos.

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