47 - Xutik : Je ne suis pas tout seul

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L'héritière d'argent se pencha en avant pour avoir toute son attention :

-Montre un peu de reconnaissance à Hiloy. Sois digne de ton rang. Tu es le premier héritier d'argent d'un des Cinq.

Xutik avoua :

-Je ne réalise pas bien.

Rafirin calma encore la discussion de sa voix posée :

-C'est compréhensible, mais il faut que tu commences à penser aux autres. A Hiloy.

Je ne suis pas tout seul. Il observa les deux héritiers d'argent, plus disposé à écouter :

-Je fais quoi exactement ?

Falibi se leva pour remettre la chaise en place :

-Tu te lèves, tu te laves... t'as mangé ?

-Pas depuis un moment.

La jeune fille ouvrit des yeux ronds :

-Mais ça ne va pas du tout ça. Je vais te chercher quelque chose.

Rafirin allait la suivre dehors, mais s'arrêta dans son élan :

-Tu ne devrais pas te mettre trop de pression. Hiloy n'a jamais eu d'héritier d'argent, non plus. Iel n'est pas plus avancée que toi. En fait, tu as un pas d'avance puisque tu as déjà été un héritier d'or toi.

Rafirin sortit. Xutik réfléchit à cette dernière phrase. Qu'aurais-je fais si Gec-Nüj se comportait comme ça ? La réponse était facile. Je l'aurais tiré du lit en lui balançant un seau d'eau froide. Xutik resta encore un petit moment à fixer le vide, avant de se lever. Il prit des vêtements propres et se dirigea vers la salle de bain. Un coup d'œil rapide dans le couloir pour s'assurer qu'il n'y avait personne, puis il s'empressa d'aller s'enfermer dans une des cabines de douche. Lorsqu'il retourna dans sa chambre, il aperçut un plateau qui l'attendait sur son bureau. Xutik se jeta dessus sans attendre, regardant à peine le mot laissé sur le côté.

On repassera ce soir pour les cours.

L'adolescent observa le tas de cahier tout en mâchant. Il finit son repas et décida de s'y mettre. La journée passa plus rapidement en jonglant entre copiage de cours et sieste. Quand on toqua ce soir-là, il se leva pour aller ouvrir. Hiloy lui sourit :

-Comment tu vas ?

Xutik haussa les épaules et se décala pour les laisser entrer. Falibi tira des en-cas de son sac :

-On t'a pris quelques petites choses si t'as encore faim.

Le garçon entendit son estomac gargouiller et s'empara d'un paquet de biscuit lorsqu'ils s'installèrent. Hiloy jeta un œil au cahier :

-Tu t'en sors ? Avec les abréviations ?

-Pas toujours.

Rafirin s'était assis sur le lit, sortant ses affaires pour commencer ses devoirs. Xutik le regarda faire en questionnant à son tour :

-Vous n'avez pas de devoirs, vous aussi ?

Falibi avait pris le fauteuil du bureau :

-Si. On va les faire ici. Comme ça, on peut t'aider avec les cours.

L'adolescent ne put que hocher la tête en reprenant ce qu'il était en train de faire, debout, Falibi occupant le seul siège disponible. Il avait mis à part les cours qu'ils avaient recopiés avec attention, veillant à ne pas utiliser d'abréviation.

-Tu devrais peut-être te concentrer sur les cours de demain ? Quoique je ne sais pas quand tu veux retourner en cours.

La Cinquième eut un air interrogateur auquel Xutik répondit :

-Demain. J'irai demain.

Falibi pencha la tête sur le côté :

-C'est vrai ? On fait nos devoirs ensemble ? On t'explique au fur et à mesure comme ça.

Xutik observa la feuille qu'il n'avait pas fini de copier. Le voyant hésiter, Hiloy fit remarquer :

-En même temps, je ne pense pas que Irdrour te reprochera de ne pas avoir fait tes devoirs.

Le garçon approuva :

-J'ai des circonstances atténuantes.

Il y eut un silence et pendant un instant, Xutik craignit qu'ils n'éprouvent le besoin de lui parler de sa famille, mais à son soulagement, Falibi demanda :

-Je peux garder le fauteuil ? Je suis trop grande pour m'asseoir sur le sol.

Hiloy eut un petit rire :

-Qu'est-ce que ça à voir ?

L'héritière d'argent lui lança un regard plein de fausse souffrance :

-Tu ne peux pas comprendre. Tu as la chance d'être dans la moyenne.

Xutik la fixait avec une attente craintive de la réaction d'Hiloy. Celle-ci se contenta d'éclater de rire et de s'installer au sol, appuyée au lit. Rafirin se laissa glisser du matelas pour la rejoindre. Xutik hésitait. Ne devait-il pas faire quelque chose pour qu'Hiloy ne soit pas au sol ? Comment Falibi pouvait se permettre de garder la chaise ? Au vu de la réaction des autres, il était le seul à se soucier de ce détail, mais il proposa tout de même :

-On pourrait rapprocher le bureau. Comme ça on pourrait s'asseoir sur le lit.

Rafirin se leva aussitôt alors qu'Hiloy admettait :

-C'est pas con.

Ils s'activèrent avant de pouvoir tous s'installer pour travailler. Xutik fit ce qu'il put tant qu'ils étaient là, mais sitôt qu'ils le laissèrent, il s'effondra sur son lit pour dormir encore.

Xutik tint sa promesse et retourna en classe le lendemain. Il enfila l'uniforme que Rafirin lui avait apporté la veille, vérifia machinalement son sac, puis sortit. La majorité de sa classe était à l'étage inférieur, aussi, il ne s'était pas attendu à croiser des regards de pitié ou de curiosité. Cependant, sa notoriété en tant que premier héritier d'argent d'un des Cinq s'était propagée plus vite qu'il ne se l'était imaginé. Le garçon s'étonna même que des inconnus aient l'air de le reconnaître. Personne ne sauta le pas jusqu'à aller lui adresser la parole. Cela ne le dérangea pas le moins du monde. Il consacrait ses pensées à sa rencontre avec Gec-Nüj.

L'arrivée dans le couloir de sa salle de cours fut une nouvelle surprise. Les discussions en cours ne s'arrêtèrent pas à son approche, contrairement à ce qu'il s'était imaginé. Quelques uns lui jetèrent un regard, mais personne ne s'attarda sur lui. Xutik se rendit compte que cela lui plaisait également. Il n'avait pas réalisé à quel point passer d'héritier d'or à héritier d'argent lui semblerait humiliant après coup. Le silence se fit quand Gec-Nüj arriva. En se retournant, Xutik se retrouva face à lui. Ils se fixèrent sans bouger. Gec-Nüj détailla sa tenue avant de laisser échapper un sourire supérieur. De son côté, Xutik se sentait incroyablement calme. Il ne réagit pas quand le garçon passa près de lui pour entrer dans la classe. L'atmosphère se détendit et les personnes présentes reprirent le cours de leur discussion.

-Je suis fière de toi.

Xutik posa un regard interrogateur sur Falibi qui continua :

-Rafirin nous a dit que tu avais eu envie de le défier. C'est bien que tu ais pu te contrôler.

Hiloy approuva d'un signe de tête. L'adolescent se contenta d'entrer dans la classe sans rien dire. Il ne pouvait décemment pas s'asseoir près de Gec-Nüj et chercha du regard quelle place il pourrait demander. Ora entra à cet instant en lui envoyant une tape dans le dos :

-Va avec Hiloy. Je prends ta place.

Il obéit. Sitôt assis, son esprit se mit à vagabonder ici et là. L'héritier ne réussit pas à se concentrer de la journée. Pourtant, le soir, il ne rentra pas directement. Au lieu de cela, l'adolescent erra dans les couloirs jusqu'à tomber sur la salle où l'activité de danse se déroulait. Xutik s'arrêta en apercevant Lyert. Il avait toujours trouvé quelque chose d'étrangement gracieux chez le garçon. Lors des duels, il avait pu voir qu'il se battait comme il dansait. Comme si c'était quelque chose de facile. Mêlant grâce masculine et féminine, il était parfois difficile de dire lequel des deux genres il était. Xutik resta immobile, perdu dans ses pensées, jusqu'à ce que l'activité se termine et que Lyert ne remarque sa présence :

-Xutik ? Qu'est-ce que tu fais ?

L'adolescent revint à lui sur une inspiration :

-J'ai une question à te poser.

L'héritier d'argent fut extrêmement surpris :

-A moi ?

-Oui. Je ne peux plus parler à Elférad, alors...

Lyert secoua la tête :

-Pourquoi tu ne peux plus parler à Elférad ?

Xutik énonça comme une évidence :

-C'est un héritier d'or.

Son interlocuteur aurait ri si la situation de Xutik ne lui avait pas semblé si dramatique :

-Tu peux parler aux héritiers d'or, tu sais ? C'est pas un roi, non plus.

L'adolescent répondit :

-C'est justement de ça que je voulais te parler. Tu peux m'expliquer comment je suis censé me comporter avec Hiloy ?

Lyert manqua s'étouffer avec la gorgée d'eau qu'il était en train d'avaler:

-De quoi ?

Xutik ne tint pas compte de son air interloqué :

-Les héritiers d'argent ont des règles, non ? Même s'ils ne les suivent pas forcément. Vouvoyez, s'incliner, quoi d'autre ?

Le jeune homme le dévisagea avec une certaine curiosité :

-Tu te rends compte que ça dépend des personnalités. Nous, par exemple. Les parents d'Elférad ont voulu qu'il ait des frères, pas des subordonnés.

Une souffrance passa sur son visage alors qu'il se baissait pour ramasser ses affaires.

-Pourquoi ça te rends triste ?

Lyert se redressa, passant son sac sur son épaule :

-Quoi ?

-Ta tête. J'ai cru que t'allais pleurer.

L'héritier d'argent secoua la tête :

-Ah non. C'est pas ça, je pensais à....

Il réfléchit un temps avant de conclure dans un soupir :

-Autre chose.

Xutik le suivit tandis qu'il sortait :

-Je fais comment, alors ? Pour savoir comment me comporter ?

Lyert prit le temps de la réflexion avant de répondre :

-Le plus simple serait de demander à Hiloy ce qu'iel attend de toi, tu crois pas ?

Xutik ricana :

-Tu me vois aller lui demander ça ? Je vais passer pour quoi ?

L'héritier d'argent eut un sourire sans méchanceté :

-Ce serait plus simple. Sinon, tu devrais parler à un héritier d'argent qui a été nommé peu de temps avant la rentrée. Nous, on a toujours su qu'on le deviendrait et comme on a grandi ensemble, il n'y pas la distance que tu as avec Hiloy.

Xutik résuma :

-Je dois trouver un véritable subordonné.

Lyert eut un petit rire :

-Si tu veux voir les choses comme ça.

Xutik changea de direction :

-OK, merci.

-Hey, Xutik.

Il se retourna, l'air interrogateur.

-Pourquoi tu me demandes à moi plutôt qu'à Neghttris ou Matior ? Ils sont plus...

Lyert échoua à trouver le terme qui pouvait définir ses amis à la personnalité plus marquante que la sienne. Xutik comprit néanmoins et répondit en s'éloignant :

-T'es le moins flippant des trois.

Lyert éclata de rire :

-Je ne peux pas dire le contraire.

Xutik retourna dans sa chambre sans aucune intention de ressortir, même pour manger. Il passa la soirée à travailler tout en repensant à sa rencontre avec Gec-Nüj. Une idée nouvelle lui était venue à l'esprit, mais, cette fois, l'adolescent était bien décidé à garder son plan pour lui. Le lendemain, alors que Xutik s'était décidé à aller prendre son petit-déjeuner au réfectoire, il ne tarda pas à être rejoint par Rafirin, Falibi et Hiloy.

-Du coup, ils ont trouvé quelque chose ?

Xutik tendit l'oreille à la discussion sitôt qu'il entendit l'héritière d'argent. Hiloy répondit :

-Je ne sais pas. Weikom ne me fait pas confiance, donc, il me dira rien. Les jumeaux n'ont pas l'air d'être mis au courant non plus.

Rafirin prit le temps de préciser à Xutik :

-On parle de la tentative d'assassinat sur Hiloy.

Le cœur du garçon manqua un battement :

-Les quatre sont impliqués ?

Hiloy hocha la tête :

-Ils préfèrent me garder que d'avoir affaire à un nouvel héritier numéro cinq. C'est plus ou moins sous-entendu dans l'union de toute façon. D'ailleurs, si tu as un problème, n'hésite pas à leur en parler aussi, maintenant que tu es aussi dans l'union.

Cette information ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd, mais, pour l'instant, Xutik s'inquiétait d'autre chose :

-Mais, des mesures ont été prises pour punir ceux qui ont participé déjà, non ?

Falibi acquiesça :

-Oui, mais on n'a toujours pas trouvé qui a commandité tout ça. Le directeur estime que le problème est résolu...

Xutik la coupa, restant concentré sur Hiloy :

-Mais, tu t'en fous. Personne ne retente deux fois de tuer quelqu'un. Il faut du temps, de l'argent et, en général, retenter le coup est trop dangereux.

La Cinquième approuva ses paroles :

-Je sais, mais il y a quand même quelqu'un qui traîne en ayant envie de me tuer et c'est déjà trop.

L'adolescent fit remarquer :

-Quand on a tenté de m'assassiner, j'ai aussi cherché un petit moment, mais comme rien ne s'est reproduit, ça passe. Tu devrais pas te prendre la tête pour ça.

Il retournait à son assiette, mais arrêta son geste quand Hiloy glissa :

-Rien ne s'est reproduit ? Vraiment ?

Xutik leva les yeux sans comprendre où elle voulait en venir :

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

Hiloy jeta un regard à ses deux amis avant de continuer :

-Je pense que c'était Gec-Nüj.

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