50 - Citseko : Toutes ces années et il ne me fait pas confiance ?

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Il pouvait dire ce qu'il voulait, Citseko connaissait son héritier d'or par cœur. Si un espion avait été demandé, Meb devait s'être sacrément inquiété. Inquiété pour quoi ? La réponse lui vint alors qu'Alio reprenait la parole :

-Je devais te garder à l'œil au cas où tu aurais voulu te venger, t'en prendre à la fille.

Ce fut comme un coup de massue. Citseko n'eut soudain plus d'air. Bouche bée, il fixait Alio en se demandant s'il avait bien entendu. Le garçon continuait :

-Personnellement, j'estime la mission terminée depuis un bon moment. Il est clair que tu n'es pas du genre à fomenter un assassinat...

Citseko n'écoutait plus. Toutes ces années et il ne me fait pas confiance ? Était-ce à cause du fait qu'il s'était impliqué dans les histoires d'Elférad et Hiloy ? Mais, Alio était déjà là, non ? Combien même ce n'était pas le cas, cela n'enlevait rien au fait qu'il avait l'impression qu'on lui avait planté un poignard dans le dos. L'héritier passa Alio pour regagner sa chambre. En fait, il se souvint à peine du trajet. Il se trouva assis sur son lit sans vraiment savoir comment. Il n'a pas confiance. Après tout ce temps. C'était la seule chose à laquelle l'adolescent pouvait penser. Meb s'était attendu à ce qu'il s'en prenne à la fille. Citseko n'aurait jamais imaginé cela possible. Comment il a pu penser ça ? Il n'avait pas le souvenir de s'être déjà montré violent avec qui que ce soit, même en parole. Le pire était que Meb ait pu s'imaginer qu'il pourrait lui nuire d'une quelconque façon. L'héritier d'argent ne bougea pas en entendant la porte s'ouvrir. Il se contenta de suivre Meb du regard, alors qu'il s'installait à son bureau. L'héritier d'or chantonnait sans lui prêter attention. C'est probablement, ce qui permit à Citseko d'avoir le courage de dire :

-Tu m'as fait suivre.

Meb se retourna sur sa chaise :

-Pardon ?

-Je sais que tu m'as fait suivre.

Au lieu d'essayer de nier, le plus simplement du monde, le garçon demanda :

-Comment tu sais ?

Le fait qu'il ne s'inquiète même pas d'être découvert eut le don d'énerver Citseko :

-Pourquoi tu m'as fait suivre ? Comment tu peux ne pas me faire confiance après tout ce temps ? Est-ce que j'ai fait une fois, une chose qui peux te donner le droit d'avoir recours à ce genre d'extrémité ?

Avant qu'il ne puisse continuer, Meb l'arrêta :

-Ne le prends pas comme ça. Ce n'est pas si dramatique.

Il ne saisit pas le problème.

-Mais Meb, tu m'as entendu ? Tu ne me fais vraiment pas confiance ?

Son héritier d'or soupira en levant les yeux au ciel :

-Mais si, ça n'a rien à voir. Est-ce que tu sais pourquoi j'ai dû avoir recours à un espion ?

-T'as eu peur que je m'en prenne à ta copine.

Meb lui jeta un regard comme si cette réponse semblait suffisante pour excuser ses actions. Citseko maîtrisa son énervement :

-Comment tu peux t'imaginer que je lui ferais quoique ce soit ?

L'adolescent eut un petit sourire amusé :

-Enfin, Citseko, avoue que tu es un peu trop sentimental.

Moi ? Sentimental ?

-Comment je suis supposé savoir comment tu réagirais en cas de déception amoureuse ? J'ai préféré prendre des précautions. Au cas où tu te lancerais dans une guérilla de roman pour annuler la compétition.

Un mince filet de voix passa les lèvres de l'héritier d'argent, alors qu'il regardait horrifié, Meb faire des mimiques ridicules en parlant :

-Comment tu peux penser ça ?

Meb ne prenait clairement pas la situation au sérieux :

-Oh, allez, tu sais que j'ai raison. En plus, tu sais comment tu es. En général, tu es un peu...

Il le pointa de la main des pieds à la tête, mais Citseko le poussa à avouer à haute voix :

-Un peu quoi ?

-Un peu faiblard.

Cela lui rappela une anecdote amusante qu'il s'empressa de raconter :

-La dernière fois, avec les gars, on s'est amusé à imaginer ce qui arriverait si l'école était prise d'assaut par une alliance de clans ennemis. On était tous d'accord pour dire que tu serais le premier à tout balancer.

Il rit à ce souvenir alors que Citseko sombrait. Remarquant son expression, Meb reprit son sérieux :

-Ne le prends pas mal. C'est juste que tu es plus du genre à recevoir de la protection qu'à en donner. Il y a vraiment rien de mal à ça, mais j'avoue qu'en cas de bagarre généralisée, ce n'est pas vers toi que je me tournerais pour du soutien... même si tu te débrouilles en duel.

Il avait ajouté cette dernière information comme si cela pouvait le consoler du reste. De son côté, Citseko était au fond du trou. Il ne me fait pas confiance et il ne me connaît même pas. Cela le frappa soudain. Ils n'avaient pas grandi ensemble. Ils avaient grandi l'un à côté de l'autre et voilà qu'il le réalisait à peine. Il n'a jamais fait attention à moi. En fait, en écoutant Meb qui continuait de parler, plaisantant à moitié, il eut le sentiment que le garçon lui avait fait une faveur en faisant de lui son héritier d'argent. La voix de Meb qu'il aimait tant commença à s'évanouir dans un bourdonnement désagréable. Citseko n'écoutait qu'à peine l'adolescent lui expliquer que ce n'était pas ses capacités qui l'avaient conduit à porter cette veste. Deux héritiers du même clan valaient mieux qu'un dans cette école. C'était plus intimidant. Citseko fixait le pied du bureau, tout sentiment l'avait quitté. Le garçon avait l'impression de ne plus rien ressentir. Finalement, il inspira profondément, se leva et sortit sa valise de sous son lit. Meb le regarda faire, s'arrêtant dans son discours :

-Qu'est-ce que tu fais ?

Citseko commença à plier ses vêtements :

-Je change de chambre. Si tu veux bien demander la permission au directeur.

Meb éclata de rire :

-Tu vois ? Ce que je te disais. T'es trop dramatique. Il n'y a pas de quoi faire toute une histoire.

Citseko continua de faire sa valise pendant qu'il poursuivait :

-Tu vas encore me foutre dans la merde. Si tu veux changer de chambre, quelqu'un va devoir venir ici...

L'héritier d'argent le coupa :

-Nsoah est seul dans sa chambre. Je vais squatter là-bas.

-Comment tu sais ça ?

-J'ai vu le gars qui partageait sa chambre déménager il y a quelques temps.

En tant qu'héritier d'argent, il s'était toujours dit qu'il était de son devoir de faire attention aux détails qu'ils aient l'air important ou non. On ne savait jamais ce que l'on pourrait utiliser plus tard. Je n'ai certainement jamais pensé que cette information me serait utile un jour. Meb continuait de se demander si ce n'était pas une plaisanterie :

-Tu crois vraiment que Tahiya va accepter un héritier d'un autre clan dans la chambre de son cousin ?

Citseko continuait de rassembler ses affaires en répondant :

-C'est à Nsoah que je vais demander.

Meb ricana :

-Parfois, je me demande si tu réalises comment le monde marche. Tu comprends ce que je veux dire quand je dis que je ne peux pas compter sur toi ? Là, je vais devoir parler à Tahiya, puis au directeur pour qu'ils acceptent que tu changes de chambre. Ce n'est pas aux héritiers d'argent de décider.

Si je ne savais pas comment le monde marche, je n'aurais pas choisi une chambre avec un lit disponible, je ne t'aurais pas demandé d'aller voir le directeur. Puis, remontant à plus loin, il repensa comment il avait attiré la colère de Xutik pour que Meb ne se retrouve pas impliqué dans une lutte sans importance. Ce n'était qu'un exemple parmi tout ce qu'il avait fait pour lui au cours des années. Ce fut donc, sans répondre, qu'il termina son sac et se prépara à sortir. Meb bondit de sa chaise :

-Non, mais, t'es sérieux, là ?

Citseko sortit sans se retourner tandis que, réalisant que ce n'était pas une plaisanterie, Meb lui cria :

-T'es vraiment qu'un foutu égoïste, tu le sais ça ?!

L'héritier d'argent parcourut la distance qui le séparait de la chambre de Nsoah. Lorsqu'il toqua à la porte, il était réaliste, bien sûr, sur le fait qu'on pourrait lui refuser la place. J'irais squatter l'hôpital. La porte s'ouvrit sur Nsoah qui l'observa de la tête au pied avant d'annoncer, évitant néanmoins de croiser son regard :

-C'est ma chambre.

Citseko eut un demi-sourire :

-Je sais. J'ai vu que le gars avec qui tu partageais ta chambre était parti alors je me demandais si je pouvais venir partager ta chambre.

Nsoah ouvrit la bouche pour répondre, mais la voix de Tahiya venant de la pièce, lui demanda :

-Comment tu sais qu'il est seul ici ?

Citseko chercha à apercevoir la jeune fille derrière la haute silhouette du garçon :

-Je l'ai vu partir avec ses bagages.

Tahiya abandonna son livre sur le lit de son cousin pour le rejoindre à la porte :

-Pourquoi tu veux venir ici, pourquoi pas l'hôpital ?

-Je pense quitter ma chambre définitivement. On ne peut pas rester indéfiniment à l'hôpital.

Elle jeta un regard à ses sacs, considérant cela comme une preuve suffisante de ce qu'il avançait.

-Entre, mais il faut que tu nous racontes tout avant qu'on accepte.

Citseko se plia à la demande sans entrer dans les détails :

-Je viens de réaliser que Meb ne me considérait pas comme un héritier d'argent valable. Il a vidé son sac, si vous voulez et je n'ai pas envie de rester dans la même chambre que lui.

Tahiya était assises bras et jambes croisées :

-Qu'est-ce qui nous prouve que ce n'est pas un plan contre nous ?

Citseko répliqua :

-Quel intérêt on aurait de s'en prendre à vous ? En plus, vous devez savoir que Meb n'aime pas tellement se mêler des histoires des autres ou d'en créer.

La jeune fille pencha la tête en haussant les sourcils :

-C'est vrai.

Avant qu'elle ne puisse poser d'autres questions, Nsoah déclara :

-Tu peux rester dans ma chambre, mais il ne faut pas que tu passes la limite.

Citseko avait remarqué la marque de peinture au sol qui coupait la chambre en deux. Tahiya lui expliqua :

-C'est un peu ce qui a fait craquer son précédent colocataire.

Citseko avait remarqué que Nsoah pouvait parfois être maniaque vis à vis d'une certaine propreté. Le fait qu'il nettoie toujours sa table avant de s'installer en classe n'avait échapper à personne. Cependant, Citseko se savait patient et ne craignait pas les habitudes de l'adolescent. L'héritière d'or se levait quand on frappa à la porte. Ils s'entre-regardèrent, Nsoah continuant de fixer le sol. Ce fut lui qui finit par se lever pour ouvrir. La voix de Meb leur parvint :

-Faut que je parle à Citseko.

-C'est ma chambre.

Tahiya jeta un regard à l'héritier d'argent :

-Je vais lui dire de le laisser entrer.

C'était une affirmation, mais l'attitude hésitante montra à Citseko qu'elle attendait un accord ou une contradiction avant d'agir. L'adolescent ne craignait pas de le voir car il était sûr qu'il ne changerait pas d'avis, quoiqu'il puisse dire. Si ça se trouve, il n'est même pas venu pour essayer de me faire revenir, mais pour dire bon débarras. Lorsque Meb apparut, il était clair qu'il avait réalisé à quel point Citseko était sérieux :

-C'est bon ? T'as fini de bouder?

L'héritier d'argent secoua la tête :

-Je reste.

Meb lui jeta un regard qui exprimait combien il le trouvait immature. Cependant, Citseko ne lui laissa pas le temps de faire le moindre commentaire :

-Même si c'est décidé sur un coup de tête, je suis sûr que c'est la meilleure décision pour le moment.

L'héritier d'or croisa les bras :

-Mais de quoi tu parles encore ? Tu fais n'importe quoi.

Citseko haussa les épaules :

-Tu seras plus tranquille si tu ne m'as pas sur le dos tout le temps. Si tu ne me fais pas confiance...

Meb leva les yeux au ciel :

-Citseko, il n'a jamais été question de ça. Arrête de faire le gamin, maintenant.

-Alors, disons que j'ai besoin de temps pour me calmer.

L'héritier d'or fit une grimace et Nsoah intervint :

-Il peut rester dans ma chambre.

Tahiya fit également remarquer :

-C'est bon. Je suis d'accord pour qu'il reste ici. On n'a qu'à aller voir le directeur ensemble.

Meb tourna sèchement la tête vers elle :

-Je ne t'ai rien demandé. Je parle à mon héritier d'argent, là.

La jeune fille se ferma aussitôt pour lâcher sèchement :

-Ne me parle pas comme ça. Tu n'es pas chez toi et tu ne voudrais pas laisser la moitié de tes dents ici avant de partir.

Meb leva les mains dans un geste apaisant :

-Je suis désolé, mais c'est lui qui est déraisonnable.

Citseko ne se sentit pas le droit d'intervenir dans une discussion entre deux héritiers d'or, mais il espérait fortement que Tahiya encouragerait Meb à partir avant que ça ne tourne mal. La jeune fille fronça les sourcils :

-S'il te gave, raison de plus pour qu'il reste là. Qu'est-ce que tu veux qu'il fasse ? Des mauvaises blagues avec l'autre abruti ?

Nsoah sourit à la fenêtre. Meb posa un regard scrutateur sur Citseko qui se contenta de le fixer tristement. Au final, l'héritier d'or se détourna pour se diriger vers la porte :

-Comme tu veux.

Tahiya le suivit à grands pas :

-Tu crois que le directeur travaille encore à cette heure-là ?

Une fois la porte claquée, Nsoah alla tourner la clé. Quand il revint, il précisa :

-La salle de bain est de mon côté.

Citseko avait bien remarqué la présence de la porte près du lit du garçon et il s'était demandé si son ancien colocataire avait été un héritier d'or. Si cela avait été le cas, c'est Nsoah qui aurait dû quitter la chambre.

-C'est ta famille qui s'est arrangé pour que tu ais une chambre d'héritier d'or ?

-Mon oncle.

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