Chapitre 3

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Dream

Lundi 1er Septembre 2025, 14h03, lieux inconnu (région parisienne ?), France.

* Devant moi, la balle arrive à toute allure.

Ploc

Elle rebondit et s’élance dans les airs.

Je lève ma raquette, je saute. Et je frappe.

Ploc

— C’est une demi-volée, crie quelqu’un.

Toutes les tribunes se dressent et m’acclament.

Mais mon adversaire la renvoie de toutes ses forces et, cette fois, je la manque.

Les cris de joie se transforment en hurlements.

Partout, les gens me huent.

L’air se fait plus oppressant, trop oppressant.

Je veux partir mais je ne peux pas bouger, je…*

— Ça va, Dream ?

J’ouvre les yeux et je me redresse.

Il me faut un moment pour comprendre que je me suis endormie.

« On est où ? »

Je cligne des yeux et aperçois les sièges de la voiture de ma tante.

« Ah oui… c’est vrai… »

Je relève la tête pour voir que nous sortons à peine d’une forêt.

« Eh mais attendez, ma tante n’est pas censée habitée en VILLE dans la région parisienne ?! Pourquoi y a un bois et des champs ?! »

Mon visage se colle à la fenêtre.

« Woah mais ! C’est pas des biches, ça là-bas ? Et là, ce gros truc brun… mais c’est un sanglier ! »

Toutes ses découvertes me font peu à peu oublier mon cauchemar.

— Nous venons de traverser la forêt de Sénart, m’explique tante Éloïse sans quitter la route du regard.

J’acquiesce, sans savoir ce qu’est “la forêt de Sénart” – « Depuis quand il y a une forêt en région parisienne ?! » – et reprends ma sérieuse contemplation.

La voiture quitte soudain la route campagnarde, nous atterrissons sur l’autoroute.

— On est presque arrivés, m’indique la femme au volant.

Je ne réponds pas et observe les voitures qui passent.

Il ne faut pas longtemps pour que l’autoroute ne passe sur un pont. Juste après, ma tante vire brusquement à droite. Je ne peux m’empêcher de sursauter et de m’accrocher à la portière.

Arrivés à un rond-point, nous prenons la direction qui longe le fleuve. – à la gauche de l’autoroute.

— À notre gauche, il y a la Seine, expliqua Éloïse en me lorgnant à l’aide du rétroviseur.

Mes yeux fixent les eaux bleu-vertes du cours d’eau le plus célèbre de France…

Il y a des cannettes ici et là, des bouteilles, des boîtes de kebabs… Y A MÊME DES BASKET !!

Elles flottent là, tranquille, comme si elles étaient sur un présentoir de chez Nike ou Adidas. – attention, ces deux marques ont des chaussures beaucoup plus stylées que ces godasses déglinguées.

Je regarde de l’autre côté, à l'opposé de la seine il y a une série de bâtiments ressemblant à des usines.

— En face de nous, il y a les vieux moulins de la ville ! présente ma tante.

En contemplant le bâtiment rouge, devant moi, je ne peux m’empêcher de penser qu’il ferait un superbe urbex !

Nous avançons toujours jusqu’aux moulins. La route est droite, sans virage. Enfin si, devant les moulins, un autre rond-point… – il parait que c’est la France qui possède la moitié des rond-point du globe… ça explique pourquoi on en voit AUTANT !!

— Et là, nous sommes dans le centre ville !!

Nous arrivons à un troisième rond-point – même pas trois mètres plus loin – et, enfin, je découvre.. ce qui est censé être le centre ville.

Une boulangerie, des bâtiments en travaux et… c’est une place de marché, ça ?

Ma tante emprunte plusieurs rues et finis par me perdre. Finalement, je doute que l’endroit ou elle finit par s’arrêter et toujours en centre ville…

Oui, en fait, on est passé devant un intermarché, puis un Quick. On a aussi monté une pente (la nationale 7, je crois… très vivante, pleine d’habitations et de bouchons) et on est arrivé à un AUTRE ROND-POINT avant de nous arrêter devant un ÉNORME ÉTABLISSEMENT à quatre étages ! – c’est moi ou y aussi deux autres gros bâtiments derrière ?

« S’il vous plaît, faites que c’est la maison de tata !

Je sais que j’espère inutilement , mais ça serait vraiment TROP COOL si elle avait une maison aussi grande ! (Et le budget pour une maison aussi grande…) »

— Et voici ton futur lycée ! commente finalement Eloïse en se retournant pour croiser mon regard.

Ok, vous voyez dans les films ? Quand le ou la prota est déçu, il y a des bruits de verres et tout en mode “rêve brisé” ? Bah dites vous qu’il vient de m’arriver la même chose !

Ok, premièrement : Ça veut dire que ma tante habite pas cette incroyable surface et donc, surement, un de ces vieux studio miteux, comme à Paris. Et DEUXIÈMENT, je suis légèrement (BEAUCOUP TROP) introvertie. Alors si ce truc c’est mon nouveau lycée…ça va être compliqué…

— Et… y a combien d’élève, dans ce lycée ? je murmure.

En fait, je crois que c’est la première chose que je lui dis depuis qu’on s’est retrouvé à l’aéroport…

Tante Éloïse semble l’avoir remarqué car son sourire s’élargit jusqu’à atteindre ses oreilles. Les yeux brillants, elle me réponds :

— Deux milles élèves !

Au ton de sa voix, elle doit se dire que je hurle de joie… en fait, C’EST TOUT LE CONTRAIRE !!!

« DEUX MILLES ÉLÈVES ??!!!! MAIS JE VAIS JAMAIS SURVIVRE !!!!

Respire Dream, tout va bien, ok ? Tu vas crever mais c’est absolument pas grave !

Mais ACHEVEZ-MOI !! QUE-T'AI-JE FAIT UNIVERS ?! RIEEEEENNNN !! »

Quelqu’un tire soudain sur la poignée de la portière à mes côtés.

Je flippe, sursaute, et manque de crier de peur.

La porte s’ouvre sur un mec.

C'est un mec brun a la peau bronzée, des yeux gris. N’oublions pas ses taches de rousseurs et cette cicatrice sur l' œil gauche que je n’oublierai jamais.

« Mais c’est pas Victor ?!

Mais si, c’est lui. Bah oui, c’est le fils de tante Éloïse…

Alors ? Comment vas-tu, cher cousin ? »

— Wesh, t’es qui, toi ? lâche le jeune homme en fronçant les sourcils.

— Monte, Victor, on a pas le temps ! ordonne sa mère en ouvrant la fenêtre de sa portière. Mais où est ta sœur ?

Je me décale de deux sièges tant dis que mon cousin grimpe à ma place.

— J’sais pas, peut-être en train de coller sa voisine de table, soupire-t-il.

— Oh ! La voilà !

Je fixe la personne indiquée par ma tante.

Mais oui, ses longs cheveux châtains, ses yeux bleus tempête et ses points de cannelle éparpillés sur sa figure… !

C'est forcément elle !

Mais… c’est qui ces meufs à côté ?

— La brune c’est sa voisine de table. Les deux blondes, c’est les deux filles juste devant elles, me glisse discrètement Victor. Je crois qu’elles sont un trio et, visiblement, elles ne veulent pas de Maëlle.

En effet, j’ai l’impression que ma cousine salue les trois filles. Elles lui répondent par un regard noir.

— MAËLLE GROUILLE !! crie soudain ma tante.

Je la fixe, les yeux grossi par l’horreur.

« Mais pourquoi ELLE CRIE ??!! »

Même de loin, je peux voir que Maëlle pense la même chose.

Elle s’est figée et se tourne lentement pour voir sa mère.

Ses “amies” ne lui prêtent aucune attention. Par contre, un groupe de cinq filles se mettent à rire, plus loin.

— C’est qui ces filles ? je marmonne pour moi-même.

— Y en a trois dans ma classe, je suis assise de la jolie qui s’la pête trop ! explique mon cousin en s’affalant dans le siège avec un “ahhh” de soulagement.

Je le contemple, une lueur moqueuse dans les yeux, mais ne marmonne qu’un simple « ok ».

Maelle se dépêche de grimper à l’avant, sur le siège du mort.

— Bonjour ma chérie, j’espère que toi et ton frère vous avez passé une bonne matinée.

Elle jette un coup d’œil dans son rétro et croise mon regard.

Je m’empresse d’observer la route.

— Maëlle, je te présente Dream, ta cousine.

Juste après, tata démarra, fait demi-tour, et nous conduit jusqu’à ma nouvelle demeure.

La brunette se retourne pour me contempler, acquiesce et se redirige face à la toute.

— Salut, Dream, souffle-t-elle.

« Salut ! »

Sur le chemin, personne ne parle.

Enfin si, tante Éloïse tente de discuter mais nous lui répondons tous du bout des lèvres.

Moi, je ne fais que fixer mes pieds, ne sachant quoi dire.

Le sentiment d’être une intruse me colle à la peau.

Ce n’est qu’au bout d’un petit moment, que nous arrivons à destination.

L’endroit où nous nous arrêtons semble… perdu en pleine nature.

C’est une grande rue – dont je ne vois ni le début, ni la fin – accueillant des logements à droite et la végétation à gauche.

Je crois entendre ma tante expliquer que c’est un parc… en bord de Seine.

Maëlle sort une clé magnétique du sac de sa mère.

Le portail à notre droite s’ouvre instantanément.

C’est une maison à trois étages – sous-sol compris.

Sa façade est d’un beau blanc crème, ses volets sont bleus nuits et son toit de tuile est rouge pastel.

La bâtisse forme un L.

Le côté garage donne sur la rue mais, de l’autre côté, on accède par un petit jardin dissimulé derrière un portail.

— Descendez, je rentre la voiture, ordonne Éloïse.

Je ne me le fait pas répéter, j’ouvre la portière et je saute de la bagnole.

Maëlle est déjà sur le bas côté, elle entreprends, lentement – très lentement, même, la lenteur en devient vitesse ! – d’ouvrir le portillon.

Victor nous rejoint au moment où elle pénètre dans sa demeure, moi sur ses talons.

Le jardin se compose d’un simple gazon bien tondu, de parterres de fleurs proprement éparpillés au bas des clôtures et d’une terrasse de bois.

Sur cette plate-forme boisée trône une jolie table de fer, entourée de ses quatres chaises du même modèle. Un arbre pousse étrangement près de cette installation humaine. Ses branches feuillues semblent toucher le ciel – alors qu’elles ne s’arrêtent qu’au deuxième étage.

Pourtant, ma cousine ne prête attention à aucun de ses détails.

Elle trace, illico, jusqu’à la porte d’entrée.

C’est une porte de la même matière que la terrasse.

Un petit chemin de sable et de galet permet de s’y rendre. Un trajet agréable pour ceux qui rentreraient, fatigués et éreintés.

Quelque chose me bouscule brusquement et Victor me passe soudain devant – profitant de ma confusion.

— Prem’s pour la télé ! s’écrit-il.

« Outch…

Même pas un pardon ? »

Je le regarde s’enfoncer dans la bâtisse, poursuivant sa sœur.

L’angoisse m’enserre désormais les tripes.

« Comment vais-je survivre dans cette famille de fous ?!

Oh mais c’est vrai ! ….

C’est MA famille, en plus ! »

— — —

— Eh oh, Dream, tout vas bien ?

Mon regard se détache de ma tasse et je relève la tête, clignant vivement les yeux.

— Oh, euh, oui oui.

J’adresse un grand sourire a tante Éloïse.

Elle termine d’essuyer sa casserole avant de demander :

— Tu ne voulais pas de ton thé ?

— Quoi ? Non ! Euh, si ! Euh…, je me mets à bafouiller.

« Non je n'en voulais pas mais je n'ai juste pas oser dire non…. »

Tante Éloïse me fixe un moment avant de soupirer :

— Et si tu allais appeler ton père ?

J’acquiesce vivement en me levant brusquement de mon tabouret.

Un petit sourire crispé aux lèvres, je quitte la cuisine.

Par une jolie arche, j’arrive dans le couloir.

Le même couloir qui relie le salon, l’entrée, la cuisine et l'escalier qui mène à l’étage.

En passant devant le séjour, je remarque que Victor est toujours en train de bouder.

Bien entendu, tout à l'heure, en rentrant, il n'a pas été assez rapide et c’est Maëlle qui regarde la télé.

En voyant cette scène, je ne peux empêcher le sentiment de reconnaissance qui m’envahit. Car, oui, je suis fille unique.

Je me rends directement dans ma chambre, à l’étage.

Une pièce assez grande, un mur blanc et un lit deux place qui trone au milieu. Une porte fenêtre mène à un balcon et est dissimulée par des rideaux mauves. C’est d’ailleurs la deuxième couleur qui ressort le plus…

Le bureau ? Mauve.

Les draps et couettes ? Mauves !

L’armoire ? MAUVE !!

Je ne comprends pas !! Cette couleur est tellement…. Horrible ! – toutes mes excuses à ceux qui la trouvent jolie.

Je saisis mon téléphone que j’ai posé sur la table de chevet, tout à l’heure.

La coque est noire et bleu nuit. Deux couleurs non-vives et assez décentes pour que je puisse les utiliser ! (Ok, ok, j’exagère pas mal !)

Je pianote quelques instants avant que le petit bruit du répondeur ne brise le silence de la salle.

Hmmmmmmmmmm

Je fixe l'écran avec une telle intensité qu’il pourrait se briser.

Je ne sais pourquoi, je suis prise de l’espoir que papa réponde… même si ça n’arrive jamais.

— Le numéro que vous essayez d’appeler n’est pas disponible, veuillez laisser un message après le bip.

biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip

Ma gorge se serre alors que je repose mon mobile.

Encore une fois, il est occupé… il est toujours trop occupé pour moi…

Je me laisse tomber sur le matelas, ironiquement confortable.

Un peu comme s’il essayait de me réconforter.

Un soupir s'échappe de mes lèvres et, désormais, je peine à retenir mes larmes.

Quoi de pire qu’être envoyé loin de chez soi, hébergé par des inconnus et encore plus écarté de la vie de ceux qu’on aime ?

TULUTU TULUTU TULUTU

Je me fige.

« Est-ce que c'est ma sonnerie ? Celle qui est censée me prévenir quand des gens cherchent à M’APPELER ?!

Ouais… je crois…

Je suis pas sûr…?

Bah si ! »

Automatiquement, ma main arrive à attraper mon iPhone et le porte à mon visage. Ce dernier se met instantanément à rayonner.

“Papa ❤️” y est-il inscrit.

Je décroche immédiatement.

— Allo ? Ma princesse ?

Les larmes se mettent désormais à couler sur mes joues.

— P..papa ?

— Oh ma princesse, mais tu pleures ? Mais pourquoi ?

Ma mâchoire tremble et mes yeux se mettent à me picoter tellement je suis émue.

— N..non papa, tout va bien, merci.

Je suppose qu’à ce moment, ses sourcils se froncent d’incertitudes :

— Tu es sûre ? Tu m’en parlerai si ça n'allait pas ?

Je hoche la tête en répondant :

— Oui, bien sûr, je… tu me manques juste.

J’imagine le visage de mon père se rider dans un petit sourire alors qu’il murmure :

— Ohhhhh, toi aussi tu me manques, ma princesse.

Désormais, c’est tout mon corps qui tremble.

Un ange passe avant qu’il ne change de sujet :

— Tout ce passe bien avec ta tante ?

— Oui, elle est très gentille.

Mon regard parcourt ma chambre avant que je n’ajoute :

— Maëlle et Victor son sympa, eux aussi.

— HA !! s’exclame mon père. Je te l’avais dit, non ?

— Oui…., je souffle en sentant mes larmes redoubler d’intensité.

— Bon, ma princesse, je vais devoir te laisser, finit-il par dire.

Je baisse les yeux, regrettant les milliers de kilomètres qui nous séparent.

— J’ai pas mal de travail, continue-t-il.

« Oui… comme d’hab… »

— Ne t’inquiète pas papa, j’affirme alors.

— On se rappelle demain soir ? demande-t-il avant d’enchaîner : Bisous, je t’aime, ma princesse. Et bonne chance pour le lycée, demain.

— Bisous papa, moi aussi je…

Mais il ne me laisse pas le temps de finir et il raccroche.

Le bruit de la boite vocale creuse un vide immense en moi…

Mon regard se perd dans le vide…

« Pourquoi est-tu si triste ? Tu as pu lui parler, au moins ! Soit-en reconnaissante !

Oui… merci…. »

Pourtant, les gouttes salées ne s'arrêtent pas de couler, tel des cristaux de pluie.

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