Chapitre 40 - Partie 2

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Mon cœur se serre, ma respiration s’accélère, ma main se crispe.

Qu’est-ce que je fais ?

Mon premier réflexe est de vouloir appeler Ben, mais je me ravise. Je l’ai bien assez dérangé avec cette histoire. Il est déjà intervenu tout à l’heure. Je ne peux pas me reposer sur lui au moindre pépin. Je ne veux plus dépendre de qui que ce soit.

Pas de décision à chaud. On m’attend.

Je descends dans la salle commune, le téléphone dans ma poche. Autour de moi, les autres patients mangent et discutent doucement. Je m’installe avec deux d’entre eux avec qui j’ai commencé à échanger ces derniers jours. Je souris un peu, participe aux petites conversations. Mais dans un coin de mon esprit, le lien avec Zed tourne en boucle.

  • Tout va bien ? me demande ma voisine de table, remarquant mon silence.

Je hoche la tête, murmure que oui alors que je m’attends à ce que mon portable troue mon pantalon d’un instant à l’autre tant il me paraît brûlant. Elle sourit, sans insister, et je me surprends à raconter une partie du problème :

  • J’ai reçu un texto inattendu et je ne sais pas s’il vaut mieux le lire ou l’ignorer.
  • Lis-le.

Je recule d’un rien contre mon dossier, plisse les yeux.

  • Soit c’est une bonne nouvelle et tout va bien. Soit c’est une mauvaise nouvelle et tu pourras en parler demain, conclut-elle. “Je n'échoue jamais, soit je réussis, soit j'apprends”.

Je reconnais la patte de ma psy et ses marques, l’imitation me fait sourire.

  • Elle est trop forte…
  • C’est clair.

Nous échangeons un regard complice et reprenons notre repas, même si mon esprit reste ailleurs, en proie à ce mélange d’adrénaline, de peur et de nostalgie.

Quand je regagne ma chambre, j’inspire pour me donner du courage avant d’ouvrir le SMS. C’est une URL. Un lien vers une playlist Spotify qui me laisse perplexe. De nous deux je suis celle qui a l’habitude de communiquer avec de la musique. Des centaines de questions m’assaillent.

Pourquoi m’envoyer ça après ce qui s’est passé ? Est-ce que je dois ouvrir ce lien ? Est-ce que je suis prête à prendre le risque qu’il se glisse à nouveau dans mon cœur ?

Ma petite voix intérieure me remet à ma place. Le problème n’est pas de risquer de lui réaccorder une place dans ma vie et mes sentiments. Le problème c’est qu’il n’en est jamais sorti. Peu importe ce qu’il peut me dire, peu importe ce qu’il me fera, je ne serai jamais capable de l’oublier.

Je ne sais pas ce qui de ma curiosité ou de ma résignation me pousse à ouvrir l’URL, mais je le fais. Mon téléphone me redirige vers Spotify. L’application lance aussitôt une des chansons de la playlist qui porte mon nom. Les premières notes sonnent. Une mélopée emplit la pièce. C’est une mélodie très douce et très triste.


J'ai fait la liste
De ce qu'on ne sera plus
Quand tu danses
Quand tu danses
Et que deviennent les amoureux perdus?

Quand tu danses
Y songes-tu?
Quand tu danses
Y songes-tu?

Amis non, ni amants
Étrangers non plus
Quand tu danses
Quand tu danses
Mais quel après
Après s'être appartenu?

Quand tu danses
Y songes-tu?
Quand tu danses
Y songes-tu?

Je crois bien
Que j'aurai besoin de te voir
Quand tu danses
Quand tu danses
Sans te parler
Ni déranger
Mais te voir

Quand tu danses
Y songes-tu?
Quand tu danses
Y songes-tu?

Et toutes les peines, toutes
Contre une seule de nos minutes
Mais n'être plus rien après tant
C'est pas juste

Quand tu danses
Y songes-tu?
Quand tu danses
Y songes-tu?

Et je fais la liste
De ce qu'on ne sera plus
Mais que deviennent les amours éperdues?

Quand tu danses
Y songes-tu?
Quand tu danses
Y songes-tu?

La musique s’arrête. Une autre mélodie commence. First Day of My Life de Bright Eyes, Wish You Never Met Me de Papa Roach, All My Life de WILD, You’re The One de Hoobastank. Et une autre, et une autre, et encore une autre.

Une goutte tombe sur mon écran. Malgré mes précautions, la boîte de Pandore est ouverte. Je pense à tout ce qu’on a vécu. Je pense à ses mains sur ma peau. Ses lèvres sur mon corps. Toutes les émotions, les sensations que je refoule depuis des semaines remontent tout à coup.

Ce sont des larmes amères. Je pleure de rage, de honte, de dégoût. Mais pas que… J’ai chaud. J’ai froid.

“Que risquez-vous à l'écouter, au moins une fois ?”

Portée par les paroles de ma psy, encore tremblante d’adrénaline, je tape quelques mots.


Demain. 14h. Même banc.


Je presse le bouton « envoi ». Le sort en est jeté.

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