Chapitre 26

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La guerre est proche ! Les créatures magiques ne tarderont pas à nous la déclarer. Il n’y a qu’à regarder la hausse des attaques dans nos villes. Ces… ces monstres réussissent à passer impunément la Muraille et à infiltrer nos plus importantes agglomérations. Elles causent d’innombrables dégâts et victimes alors que chaque année nos dispositifs de protection perdent en efficacité. Aujourd’hui, plus de 20’000 unités de Trappeurs sont déployés sur tout le Continent, mais comment expliquez-vous tous ces accidents ? Je vous le dis, elles se mettront en tête qu’elles n’ont aucune raison de partager ce territoire avec nous, qu’elles nous sont supérieures. Nous devons nous préparer à la guerre ! La guerre, je vous le dis ! C’est eux ou nous.

Extrait d’une interview de Fabienne Delgrive à la radio SPELL

Le ciel est noyé d’encre et de nuages. Mon regard, qui l’effleurait, chute lentement. Je frissonne. Il est encore tôt. Mon souffle dessine des traînées blanches dans l’air glacial. Je les regarde flotter, s’élever et disparaître dans le noir. Je resserre contre moi les pans de ma veste, jette rapidement un œil aux alentours. Les flammes des lampadaires jettent sur les pavés une lumière tremblotante. Assez forte pour discerner les allées désertes et les maisons endormies ; assez faible pour invoquer des monstres depuis les ténèbres qu’elle n’éclaire point. Des bruits ricochent contre la pierre. Ils me parviennent en échos brouillons, à peine plus forts que des murmures. À cette heure, les rues de Tarn ne sont encore fréquentées que par quelques ombres frissonnantes. Sur le pas de cette porte, je suis vaguement épargnée par l’obscurité. Une bougie solitaire surmonte ma tête et le battant de bois. Une porte. Je frissonne au contact du métal froid ; ma main hésite sur le heurtoir. Sa surface luit faiblement, seulement ombragée par la nuit et mes doigts. La tête d’aigle qui y est gravée me renvoie mon regard.

Chef des Inquisiteurs, Rafale. C’est en face de sa demeure que je me tiens. Frigorifiée. Assaillie par l’hésitation. Je suis venue ici obtenir des réponses que je ne suis même pas sûre de vouloir. Frisson. Autant d’appréhension que de froid. J’ai beau chercher, mon œil ne trouve rien ; cette devanture ne me donne aucun indice sur ce qui m’attend entre ces murs. Étrangement dépourvue d’ajouts : aucune plaque en métal, de planche en bois, de poutre ou tout autres mélanges de matières excentriques. Si dépareillée du reste du quartier. Ou plutôt, si « normale ».

Une bourrasque balaie ces pensées. Ma main agrippée au heurtoir tremble. Juste ce qu’il fallait pour enfin me décider à toquer. Le bruit sec du métal cognant le bois résonne dans la rue. Il déchire le silence, avant de ralentir et se répercuter en échos. J’attends, je frotte mes mains l’une contre l’autre. Espérant récolter une étincelle de chaleur. En vain.

Déclic. La porte est déverrouillée. Elle grince, tourne lentement sur ses gonds. Dans l’embrasure apparaît un homme. Un vieil homme. Il m’examine de la tête aux pieds.

– Hum, bonjour. Que puis-je faire pour vous, mademoiselle ?

Je m’incline légèrement.

– Bonjour monsieur. Veuillez m’excuser pour le dérangement, je m’appelle Solfiana Dorlémon. Je suis ici car une de mes connaissances m’a informée que vous auriez certaines informations que je recherche. J’espérais pouvoir en parler avec vous.

Flottement. Le silence harponne et suit de près mes mots. C’était inévitable. Quelle autre réaction pouvait bien être provoquée ? Quand une inconnue débarque devant sa porte d’entrée, comment pourrait-il agir autrement ? Je me mordille la lèvre. Je les vois, dans son regard. Sur le fond de ses yeux onyx tournoient follement ses interrogations. Comme des grains de sel. Des étoiles en suspension. Mais, il ne les formule pas. Il les laisse imbiber son visage, mouvoir les creux et les vagues de sa peau. Peut-être est-ce de la retenue qui se dessine sur son visage ? Du dédain ? De la méfiance ?

– Je vois…

Sa main caresse sa barbe grisonnante. Ses paupières chutent un instant avant de se relever. Dans ses yeux, la flamme de la bougie se reflète. Ardente.

– Oui, je vois. Très bien, discutons-en à l’intérieur. Je vous en prie entrez.

Surprise. Mes lèvres hésitent, trébuchent sur les mots.

– J-je vous remercie pour…

Petit rire.

– Allons, allons, je n’ai encore rien fait qui mérite des remerciements.

Un sourire illumine son visage. Les rides aux coins de ses yeux se plissent. Je cligne des yeux et…Soudain, je la vois. Cette aura paisible qui l’auréole. Un halo de lumière qui l’étreint, qui éclaircit l’obscurité environnante. Comme une deuxième peau. Une deuxième peau qui dessine des ailes au bout de ses bras. Cet air impassible et calme comme matérialisé devant mes yeux. Pour peu, je croirais voir un ange. Même si déjà… Il m’invite chez lui avec une chaleur inattendue. Comme si cette situation avait tout pour être normale. Comme si nous étions de vieilles connaissances éloignées par les fils du destin.

– Tout va bien, mademoiselle ?

– A-ah, oui !

La vision disparaît. Je me hâte de répondre à son invitation, pénètre dans sa demeure. La température remonte. Mes joues chauffent, comme soudainement ranimées. Ou peut-être est-ce dû à mon embarras. Je les tapote énergiquement. Laisser s’égarer mes pensées ainsi n’est pas très convenable. Il faut te concentrer. La tête dans les nuages, ce sera pour une autre fois. Je sursaute. La porte s’est refermée d’un coup sec dans mon dos.

– Ah, veuillez m’excuser. Je ne voulais pas vous faire peur.

– C-ce n’est rien, je vous assure.

– Oh, tant mieux alors. Venez, suivez-moi. Allons discuter de ça autour d’une bonne tasse de thé.

La maison et ses apparats sont des plus ordinaires. Du papier peint rayé, un peu effacé, brouillé. Des meubles en bois boitant, grinçant, ruminant à la moindre approche. Quelques cadres avec des photos jaunies ou des titres académiques, légèrement de travers, comme après avoir été secoués et laissés à l’abandon. Mais surtout, ce qui saute aux yeux, par-dessus tout, les piles de papier. Elles gisent un peu partout, s’étalent sur le moindre meuble. Comme un raz-de-marée, elles envahissent l’espace en emportant tout sur leur passage. Certaines vagues, comme figées dans le temps, me dépassent de plusieurs têtes. Elles penchent, comme hésitantes à venir s’échouer sur une énième étagère. Tout semblerait entouré d’un chaos de papier, si ce n’était par quelle maniaquerie aucune de ces piles ne trouvaient source sur le sol. Elles sont soigneusement empilées sur les meubles, laissant visiteurs et propriétaire déambulés dans leur creux. Seules quelques feuilles ont fait naufrage sur le parquet. Rapidement écartées du chemin par la pointe d’une chaussure.

– Ah, veuillez m’excuser pour le bazar. Je n’ai pas encore trouvé le courage de trier toutes ces vieilles affaires.

– Ah, non ! C’est plutôt à moi de m’excuser d’être venue à l’improviste.

Rafale rit à ma réponse. J’imagine qu’il doit se dire que ce « jeu » d’excuses pourrait durer des heures s’il s’y mettait aussi. Soupir. Je n’y peux rien, moi. Cette espèce de bon-vivre paternel fait remonter en moi ma maladresse. Ou du moins, celle que j’ai l’impression d’avoir. C’est un peu comme retourner en enfance, sentir sur soi le regard scrutateur de son parent. Je m’en souviens, c’était la même chose avec oncle Orléo. Lui aussi avait ce petit rire quand je racontais des bêtises. Souvent, on s’asseyait tous les deux à table et il…

–… ?

Mes sourcils se froncent. Je me remémore encore la scène, mais… tous les… deux ? N’y avait-il pas quelqu’un d’autre avec nous ? Pourtant, ça a toujours été que moi et oncle Orléo… Je secoue la tête. Ce n’est pas le bon moment pour me pencher sur mes trous de mémoire.

Retour au présent. Je me presse de rattraper les quelques mètres d’écarts qui se sont creusés pendant ma balade dans les nuages. Rafale ne paraît pas avoir remarqué mon petit égarement. Il continue de me guider dans sa maison ou, plutôt, au milieu de couloirs étriqués sans fin. La salle à manger ou le salon, sont-ils donc si loin ? Je lui jette un regard, l’examine à nouveau. Rafale ne partage pas la carrure habituelle des Inquisiteurs. Il est large d’épaules et de cou. Ses cheveux blancs, parsemés de noir, sont coupés ras. En venant ici, je n’étais pas sûre de à quoi attendre. Peut-être à un officier méfiant ou bien quelqu’un d’un peu comme Clochette… Je ne sais pas. Certainement pas à un homme âgé aussi accueillant.

– Et nous y voilà enfin ! Prenez place, je vais aller chercher le service à thé.

Je m’assieds, pousse un soupir. Mon doigt tapotant la surface laquée de la table. Nous ne sommes même pas encore arrivés au cœur du sujet. Nouveau soupir. Mon œil dérive dans la pièce. D’une rondeur peu conventionnelle, elle n’est éclairée que par une petite alcôve occupée par deux hautes fenêtres et ce coin pour manger. Le reste de l’aménagement consiste en étagères montant jusqu’au plafond, habitées par des livres de toutes les tailles et tous les genres. Médecine, couture, photographie… Ils se disputent la place, essayant de s’étaler le plus possible le long des rayons. On se croirait toiser par ces livres si ce n’était pour les quelques buffets venus alléger l’atmosphère. Ils égayent la pièce de leurs assiettes fleuries et tasses ébréchées, s’imposant sur leur territoire de toute leur masse boisée. Étagères et buffets se surveillent du coin de l’œil, mais chacun campe sur ses positions, en silence. Quoique quelques craquements se font entendre de temps en temps.

Crr !

Je me retourne. Rafale est de retour. Dans ses mains, un plateau et un service à thé tentent de rester à l’horizontal. Je vois la porcelaine sursauter à l’impact sur la table.

– Voilà, voilà. J’ai infusé du thé blanc, j’espère que ça vous plaira.

Ah, le thé… Je hoche faiblement de la tête ; mes doigts tripotent le tissu de ma chemise. Une tasse fumante est déposée devant moi. Son contenu, légèrement jaunâtre, reflète mon visage. Et mon sourire forcé. En termes de préparation, le thé et la tisane se ressemblent, ceci étant dit… Je porte la boisson à mes lèvres, aspire une toute petite gorgée.

– C’est… parfait… j’imagine.

Je retiens une grimace. Mais en termes de goûts, ce n’est pas du tout la même chose. Du peu de variétés que j’en ai goûté, j’en ai tiré la conclusion de ne jamais consommer de thé si j’avais le choix d’une autre boisson.

Petit rire.

– Ha ha… vous pouvez me le dire si vous n’aimez pas. Pas besoin de faire tant de manières.

Prise en flagrant délit. Je baisse la tête.

– Désolée…

– Ne vous excusez pas. Ça peut arriver à tout le monde. De la tisane, cela vous conviendrait-il mieux ?

– Oui, s’il vous plaît.

– Très bien, alors…

Rafale effectue rapidement l’échange. Comme prévue à cet effet, une tasse vide attendait sur le plateau. De la théière jaillit de l’eau chaude et claire et d’un petit pot est retiré un sachet d’herbes. Une douce odeur de lavande se répand dans l’air.

Je suis désolé pour Moshi, il a été terrible aujourd’hui… Je sais ! Je vais te préparer une bonne tisane maison pour me faire pardonner !

Je sursaute, regarde autour de moi. Que des meubles et du papier. Personne, évidemment : nous sommes seuls. À quoi je m’attendais aussi ? Je tripote nerveusement les boutons de ma manche, me mordille la lèvre. Cette voix était… m’était familière. Qui était-ce déjà ?

Crrii !

La chaise en face de moi grince, proteste quand Rafale y prend place. Un soupir ravi lui échappe. Je vois son regard se perdre au-dehors, à travers la vitre. Un faible sourire étire ses lèvres. À mon tour, je regarde par la fenêtre. Le Soleil se lève. Lentement, la vie s’étire dans les allées. Les bruits commencent à reconquérir le silence de la nuit. Je ferme les yeux, laisse les quelques rayons de lumière réchauffer ma peau. L’ambiance est paisible. Nous baignons dans le calme du jour. Et sa tranquillité.

– Vous savez…

La voix de Rafale me sort de mon train de pensées. Mes paupières se soulèvent et… je le regarde. Lui, par contre, il n’a toujours pas quitté la fenêtre des yeux.

– … vous me rappelez un vieil ami. Lui aussi ne jurait que par la tisane. À chaque fois que je faisais chauffer de l’eau, il échangeait, sans que je ne le remarque, les mélanges d’herbes. Il y a même une fois où il a remplacé toute ma réserve de thé contre ses infusions préférées.

Il rit à ce souvenir. Un rire léger venu du cœur. Mais… la nostalgie plombe rapidement l’expression de son visage. Plus aucun mot n’est prononcé. Les secondes s’égrènent. Je bois nerveusement une gorgée de tisane. Quand je repose la tasse, le son semble soudain assourdissant. Rafale semble perdu dans les méandres dans sa mémoire. Devant ses yeux défilent des images qui ne s’offrent qu’à lui. Des paysages, des moments intimes. Peu à peu, la nostalgie cède à la tristesse. Mon cœur se serre. D’une certaine manière, j’ai l’impression d’avoir déjà ressenti la même chose que lui. Ce sentiment, lourd sur le cœur, celui qui donne à la fois l’envie de crier et de se taire à jamais… je le connais trop bien… je crois. Peut-être que… moi aussi, dans ces souvenirs troubles que je garde, j’ai vécu une situation comme la sienne.

– Ce devait être un bon ami.

Rafale se tourne vers moi, un peu surpris de mon intervention. Puis… je retiens ma respiration, son expression s’adoucit. Un mince sourire illumine à nouveau son visage.

– Oui, un très bon même.

Nous échangeons un regard. De compréhension, d’empathie mutuelle. Mon cœur se réchauffe à cette idée. Ne serait-ce qu’un peu, l’épine de glace en son centre a fondu. Peut-être me suis-je trouvé un compagnon de route ? Meilleur que Clochette, en un sens… À ce souvenir, je me rembrunis.

– Oh, veuillez m’excuser ! Vous n’êtes pas venue m’écouter parler de personne depuis longtemps disparue. À quel sujet êtes-vous venue me consulter ?

Les mots se forment sur mes lèvres. Au début, pour le détromper sur mon changement d’expression et puis…

– C’était… au sujet de la mort de monsieur Tuì.

Rafale fronce des sourcils.

– Y a-t-il une raison particulière à cela ?

Je m’agite nerveusement sur ma chaise.

– Et bien, il me semblait juste d’en apprendre un peu plus sur mon prédécesseur, surtout que j’habite dans son ancienne maison maintenant. Et, pour être tout à fait honnête, j’étais intriguée par cette affaire.

Soupir.

– Si c’est cela… Je suis au regret de vous décevoir, jeune demoiselle. Je ne vous en apprendrai rien de plus que ce que vous pouvez entendre des autres villageois.

– Mais, pourtant…

Je me penche en avant, presque à la limite de l’assise.

–… vous êtes le chef des Inquisiteurs. Vous avez sûrement plus d’informations. Un compte-rendu sur l’état du corps, des possibles raisons pour que cette brique se soit détachée de cette maison, n’importe quoi d’autres.

Un nouveau rire. Un peu plus triste cette fois-ci. Rafale secoue la tête.

– Je suis vraiment désolé, mademoiselle, je n’ai rien de tout ça.

Mon corps chute en arrière. Comme devenu sans vie. Il tomberait, amorphe, sur le sol si ce n’était pour le dossier qui le retenait. Ce n’est que maintenant que je me rends compte d’à quel point ces réponses étaient capitales pour moi. Je… je n’essaie pas de m’improviser Inquisitrice juste parce qu’un détail m’a interpellée… J’ai juste l’impression… que c’est la bonne chose à faire. Que résoudre ce « mystère » va, en quelque sorte, me permettre d’avancer plus sereinement. Autant dans mon métier que dans… ma vie en général. Je vis chez lui. Je me dois de savoir ce que je peux et ne peux pas faire dans cette maison. Ce faisant, je pourrais peut-être enfin… me sentir bien là-bas. En faire… mon chez moi. Soudain, les images d’un incendie me reviennent.

S… !

Brûle !

Je ferme les yeux, les chasse au fond de ma conscience. Le sang bat contre mes tempes. Il pulse sauvagement contre mon crâne. Je prends de grandes inspirations, tente de calmer mes mains tremblantes.

Respire…

Lentement, mon esprit se calme. Inspirations après expirations. Rafale me tend ma tasse. Je le remercie du regard. Mes mains, fébriles, englobent la porcelaine le plus solidement possible. Je prends une gorgée tremblante. Le vieil homme ne dit rien. Il m’observe en silence, respectant mon intimité en gardant ses lèvres scellées. C’est vraiment délicat de sa part.

Raclement de gorge.

– Pour éviter une pareille situation à l’avenir, j’aimerais, à mon tour, être honnête avec vous.

Il me lance un regard interrogateur. Comme craignant d’être allé un peu vite. Sourire. Tant de considération pour moi, cela me réchauffe le cœur. Mais pas besoin de se faire tant de soucis, je vais bien. Je lui fais signe de continuer.

– Pour tout vous dire, le titre de « chef des Inquisiteurs de Tarn » n’est qu’honorifique. Il n’y a, en fait, aucune autre personne de cette caste ici.

– Mais alors comment… ?

– J’allais justement y venir. Vous avez sans doute remarqué l’absence de Trappeurs à Tarn. Même si cela peut sembler surprenant, nous n’avons pas eu affaire à un CM depuis bien longtemps.

Mes sourcils se froncent. Est-ce pour cela qu’aucune trace de combat récent n’est visible dans le bourg ? C’est… contraire à tout ce que j’ai appris jusqu’à maintenant.

– Mais, pourtant…

– La proximité de la Muraille n’explique apparemment pas tout. Cela doit bien faire… un siècle ou deux qu’un CM n’a plus été aperçu ici.

Rafale semble lire dans mes pensées. Je vois ses yeux pétiller, j’entends le rire qu’il essaie de cacher. Je secoue la tête, soupir amusé. Quelle belle personne quand même.

– Pour ces raisons, la CCM a décidé d’arrêter de déployer ses effectifs ici, comme dans bien d’autres petites agglomérations, et de plutôt…

– Les remobiliser près de la capitale !

Les mots ont quitté ma bouche avant même que je ne pense à les formuler. Je rougis d’embarras. C’est la deuxième fois que je lui coupe la parole. Rafale me sourit, cela ne semble pas le gêner. Ça l’amuse même.

– C’est tout à fait exact. Il semble que vous êtes bien renseignée sur le sujet.

– Ah, j’ai, comme qui dirait, un peu d’expérience dans le domaine.

Je ne cherche pas à développer le sujet. Que penserait-il de moi si je lui parlais de mon renvoi ?

– Je vois.

Il prend une gorgée de son thé. L’espace d’un instant, son regard se perd au fond de sa tasse.

– J’imagine qu’il est inutile de vous expliquer la hausse de criminalité et de CMs dans les centres urbains. Les Inquisiteurs ont donc, eux aussi, commencé à déserter les campagnes. Leurs compétences sont très prisées là-bas. Notre petit bourg paisible n’est pas très intéressant à cet égard…

Il est vrai que ces dernières années, les nouvelles recrues de Trappeurs effectuaient leur formation en campagne La faible concentration de CM était favorable à ce genre d’entraînement. Une fois montés un peu plus hauts dans les échelons, ils sont souvent relocalisés vers des centres urbains. Ceci étant dit, il serait assez mal vu par les habitants de voir leur village déserté de toutes formes de protection. La Garde remplace les Trappeurs, mais pour ce qui est des… Les pièces du puzzle se mettent en place.

– Les autorités vous ont donc nommé Inquisiteur pour donner le change.

Rire.

– Vous êtes perspicace. C’est exact. Les habitants de Tarn appréciaient beaucoup mon travail en tant que Garde, ils se sont dit que c’était un accord gagnant-gagnant : je continuais de « travailler » au-delà de l’âge de la retraite et eux avaient officiellement un Inquisiteur sur place.

Mais…

– C’était tout de même vous qui étiez en charge de l’affaire de Tuì, non ?

– Ah, il est vrai que ça aurait dû être le cas, mais ma nouvelle licence a pris du temps pour être officialisée ; les autorités ont donc dépêché un autre Inquisiteur. J’imagine que vous voulez connaître son nom.

– Je vous en prie.

– J’aurais dû m’en douter…

Nous rions tout deux. L’atmosphère semble se détendre. Ça fait du bien. De pouvoir discuter aussi légèrement. De ne pas avoir à rester sur ses gardes, à épier le moindre mot pour deviner les intentions de l’autre.

– Suis-je si prévisible que cela ?

– Ah, je ne dirais pas prévisible, plutôt… Plutôt que j’avais une bonne intuition. Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, c’est James Peedleton qui a pris en charge l’enquête.

James… Peedleton… Ce nom me dit quelque chose.

– Vous avez d’autres informations sur lui ? Par pur hasard, bien évidemment.

– Ha ha, oui, par pur hasard, j’ai peut-être quelque chose qui pourrait vous intéresser. Il se trouve que je sais sur quelle affaire il travaille en ce moment.

Nous nous penchons tout deux en avant, comme deux complices sur le point de partager une information capitale.

– Je suis tout ouïe.

– Je vois ça. Mais, plutôt que de vous le dire, je préfère vous le montrer.

Rafale me tend une revue. Quelque peu familière… ENOXA. Un frisson remonte le long de ma colonne vertébrale. Ma gorge est sèche, l’air est piégé dans mes poumons. Ce… ce n’est pas vrai, hein ? Je me force à lire le titre de l’article.

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