4.4   Genèse de la révolte.

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Le bâtiment du Conseil diffère nettement des autres et en apparaît même comme le reflet inversé. Il n’est pas visible jusqu’au moment où on arrive littéralement sur lui puisqu’il n’offre à la vue qu’une très large esplanade de verre parcouru par un labyrinthe de passerelles. Creusé totalement dans le sol, il s’y terre ne laissant dépasser que quatre accès répartis suivant les points cardinaux. Au travers de la dalle, le passant peut assister aux réunions tenues dans le grand amphithéâtre ainsi que dans quelques hémicycles secondaires.

  • Comme vous le constatez, nous fait remarquer notre guide, notre parlement est niché dans le sol. Ceci nous permet de bénéficier des flux naturel de la terre qui influent positivement sur nos débats. Ainsi il est très rare que ceux-ci s’enveniment et que les élus s’invectivent avec violence. Le public n’est pas admis dans la salle, le parvis étant sonorisé il est quand même possible, à tout à chacun, de suivre les débats en direct. Mais ne trainons pas, nous sommes attendus.

Nous nous engageons dans l’entrée la plus proche d’où une rampe en pente douce nous mène, cinq mètres plus bas, jusqu’à la véritable entrée de l’édifice. Ici tout est de pierre blanche de façon à amplifier la lumière naturelle venue de la couverture vitrée.

Rapidement, un huissier nous fait pénétrer dans une salle où nous attendent un homme et une femme vêtus de tuniques vert pâle. La plus ancienne des deux se rapproche et s’immobilise à trois pas de nous. Elle nous présente la paume de ses deux mains et prend la parole.

  • Messieurs, soyez les bienvenus à Piauto IV. Nous avons entendu parler de vous et savons que vous avez déjà visité le projet Piauto initial qui, selon ce qui nous a été reporté, vous a séduit malgré une visite mouvementée. Vous trouverez ici bien des différences par rapport à ce village de référence. J’espère que vous apprécierez ces évolutions. Mais excusez-moi, j’ai omis de me présenter. Je m’appelle Bungo Roh Et suis actuellement la présidente du conseil de la cité. Je suis accompagné de l’honorable Anakak Harpan notre secrétaire général.
  • Considérez-vous comme chez vous, embraye, l’homme avec un léger sourire. J’ai moi-même eu l’occasion de travailler avec le Major Sour Veusar et j’ai beaucoup apprécié notre collaboration. Aussi je serais très heureux si votre intervention pouvait lui permettre de recouvrer la liberté. On m’a dit, Monsieur Harold, que vous pratiquiez la télépathie et qu’ainsi il vous avait appelé au secours. Vous étiez présent lorsque la dictature qui gouvernait Bçome est tombée, j’espère du plus profond de mon être que, de même, nous verrons ensemble s’écrouler la tyrannie du Negrmalam.
  • Je vous remercie, Monsieur, lui réponds-je. Puisse vos vœux être exaucés rapidement. En tout cas mon ami Télémaque, comme moi-même mettrons tout en œuvre pour y parvenir.
  • À vrai dire j’y attache une importance particulière car je suis, moi-même citoyen de ce pauvre pays. J’avais, il y a une grosse quinzaine d’années, peu après la fin de l’INTART, participé à la création d’une cité d’Utopia pas très loin de Taüsegna. Rapidement il est apparu que notre incitative s’opposait frontalement au programme totalitaire du pouvoir. Alors, par un triste soir d’automne, nous avons vu débouler sur nous plusieurs escadrons de la milice. Dans un premier temps, il se sont contenté de nous railler et de nous insulter. Nous savions que cela risquait d’arriver et avions convenu de ne pas réagir à leurs provocations. Malheureusement, l’un des plus fougueux d’entre nous n’a pas supporté ces critiques et alors qu’une de ses brutes s’était rapprochée de sa petite amie en lui faisant des avances grivoises, il a réagi et a repoussé cette crapule. C’était l’incident que les autres attendaient. Aussitôt, sans sommation, ils se sont mis à nous abreuver de coups et rapidement la plupart d’entre nous a été écrasée et arrêtée. Avec quelques amis, nous avons réussi à nous terrer dans une cache secrète et y sommes restés toute la nuit. Jusqu’au petit jour, nous avons entendu nos camarades hurler et nos constructions s’affaisser sous les coups de boutoir de ces barbares. Dès que les premières lueurs du soleil sont apparues, ils sont repartis laissant derrière eux des ruines fumantes et une odeur de charogne. En sortant de notre refuge, nous avons découvert un champ de ruines fumantes à la place de notre village. Partout des traces de sang maculaient les sols et les murs, mais nous n’avons pu retrouver ni blessé ni cadavre.

A ce moment, l’homme se tait, terrassé par l’émotion. Mais très vite il se ressaisit et reprend son récit.

  • Des deux cents personnes qui avaient fondé cette communauté, nous n’étions plus qu’une petite dizaine. Les autres, femmes, enfants et hommes avaient disparu et les stigmates de la nuit ne laissaient aucun doute sur le sort funèbre qu’ils avaient subi. Les survivants décidèrent de rester dans le pays et de se disperser pour engager la résistance, mais moi et l’une de mes camarades furent chargés d’organiser des centres d’accueil et d’entrainement hors de l’état. Je savais que, profitant de la chute de la dictature Bçomiène, Utopia avait essaimé ici et décidais donc de venir m’y installer.

Les propos de l’homme ayant alourdi l’atmosphère personne n’ose intervenir. Alors celui-ci prolonge son récit.

  • Ayant vécu le traumatisme du totalitarisme, les fondateurs de ce site m’ont accueilli à bras ouvert. Ce n’est que près d’un mois après mon arrivée que les premiers de mes compatriotes m’ont rejoint. Avec leur présence ils m’apportaient des nouvelles du pays et elles n’étaient pas bonnes puisque la répression s’accentuait. La nouvelle du massacre s’était répandue malgré la censure implacable et rapidement des foyers de résistance s’étaient formés malgré la traque impitoyable des sbires du régime. Chaque groupe m’envoyait un émissaire et nous avons rapidement tissé un réseau de correspondance entre les différents groupes d’insurrection. Nous avons aussi ouvert un centre d’entrainement hors de cette cité dans un lieu tenu secret dont vous comprendrez que je ne vous dévoilerai pas la localisation. Depuis les premiers temps ce sont plus de dix mille résistants qui ont ainsi été préparés à l’insurrection. Notre chaîne d’information est maintenant très performante, elle pénètre au cœur même du régime et ainsi nous pouvons suivre l’évolution de la situation en temps réel. Ceci explique que d’ici quelques heures nous serons en mesure de vous apporter les réponses aux questions posées sur le devenir de vos amis.

Notre interlocuteur achevant son récit sur cette note encourageante, l’ambiance se détend. J’en profite pour reprendre la parole.

  • Je vous remercie beaucoup, Monsieur Harpan, pour avoir évoqué devant nous la tragédie que vous avez vécue mais aussi le cheminement qui vous permet de croire en l’avenir de votre nation. Je souhaite que votre entreprise réussisse rapidement et que nous retrouvions nos amis sains et saufs. Dès que nous connaitrons leur situation nous pourrons définir ensemble la stratégie la plus efficace.
  • C’est bien cela, confirme Antainu. Nous nous retrouverons en début de nuit avec nos informateurs et pourront décider des actions à venir. En attendant, je vous propose de continuer notre visite.




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