4.8    Première ébauche de stratégie.

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Cette dernière information fait tomber une chappe de plomb sur chacun d’entre nous. Nous étions inquiets, mais la menace qui plane sur Sour et Niels nous horrifie.

Lillálfur est le premier à se reprendre et à rompre le silence :

  • Il est bien évident que nous ne laisserons pas réaliser une telle ignominie. Ensemble nous allons sortir mon père et mon cousin de ce piège. Dussè-je y laisser ma vie !
  • Nous allons trouver une solution, lui répond Laut, ce ne sera pas la première fois que nous sauverons des camarades que d’autres croyaient perdus. En associant nos forces, nous pouvons y arriver, mais il s’agit de ne pas trainer.

Cette affirmation me parait comme une évidence, et mue par celle-ci, une intuition me vient :

  • Vous avez affirmé tout à l’heure que le procès se tiendra d’ici une dizaine de jours. Cela nous laisse quand même un peu de temps. Pouvez-vous nous en dire plus sur la jeune femme qui aurait été assassinée ?
  • Comme je vous le disais tout à l’heure, répond Laut, c’est la fille du numéro deux du régime. Celui-ci a deux enfants, un garçon, l’ainé, pleinement impliqué dans les magouilles de son père et Bintan, cette jeune femme, qui refuse d’y participer et va même jusqu’à les dénoncer. Il y a un peu plus d’un mois, elle est intervenue devant un large public d’étudiants pour critiquer le régime. C’est probablement à la suite de cette action qu’elle a disparu. Elle était déjà populaire avant, mais depuis, elle est devenue un symbole de la résistance.
  • Sait-on comment elle aurait été tuée, et quelqu’un a-t-il vu son corps ?
  • Non, on ne connait pas les circonstances de ce meurtre. Quant au corps, les rares personnes à l’avoir vu ont déclaré que c’était un spectacle horrible et qu’elle avait été totalement défigurée.
  • Nous n’avons donc aucune certitude que ce corps soit celui de la fille.
  • Aucune. Le pouvoir l’affirme mais rien ne permet de le certifier.

Décidemment, ces circonstances correspondent parfaitement aux récits que m’avait révélés Seercapah. Les similitudes sont trop nombreuses.

  • Selon moi, Bintan est toujours vivante, m’exclamé-je. Il faut que nous retournions à Ak’irdunia pour la récupérer. Si nous y arrivons, nous pourrons sauver nos amis !
  • Vous avez probablement raison, mais ce village est loin d’ici et selon nos informateurs sur place, la milice est totalement mobilisée pour contrôler tous les déplacements sur l’ensemble du territoire. Il vous serait impossible de le rejoindre dans des délais compatibles avec le procès.
  • N’y-a-t-il aucun moyen de contourner ces barrages ?
  • À priori, je ne vois pas, me répond Laut.
  • Si, il y a peut-être une solution, intervient alors Sanchun Yaton, le chef du service de renseignement de la rébellion. Mais elle reste difficile à mettre en œuvre !
  • À quoi pensez-vous ? demande Lillálfur de plus en plus anxieux.
  • Harold et Télémaque, vous êtes arrivés au village par la forêt pourpre. Il serait possible de reprendre le même chemin !
  • Mais comment rejoindre cette forêt puisque qu’elle est au-delà de votre territoire et pour dire vrai, nous ne savons même pas comment nous y avons atterri ?
  • Simplement par la mer. En fait nous n’en sommes qu’à une bonne journée de navigation. Nous pourrions vous faire déposer sur la côte. Selon la position que vous avez donnée, nous avons localisé le village a seulement deux jours de marche du rivage. Donc dans trois ou quatre jours vous pouvez y être. Mais si la jeune femme n’y est pas, vous aurez fait le voyage pour rien.
  • Je ne crois pas, reprends-je. Il y a beaucoup de jeunes femmes dans le cas de celle-ci au village. L’impact généré par leur retour serait moindre, mais néanmoins significatif. Cela vaut la peine de monter l’opération. D’ailleurs a-t-on d’autres choix ?

Un silence lourd suit ma déclaration. Chacun essaie d’imaginer autre chose, mais, visiblement, sans succès.

D’un coup, je vois Télémaque s’agiter :

  • Mais alors nous allons retourner dans la forêt pourpre, lance-t-il d’un air guilleret qui contraste avec l’ambiance générale de l’assemblée.
  • Oui, mais ce ne sera pas une partie de plaisir, lui rétorque Sanchun en le scrutant d’un air sévère, le voyage est dangereux et il ne faudra pas perdre de temps pour atteindre votre objectif.

Télémaque semble prendre conscience de l’incongruité de son intervention :

  • Je comprends bien, s’excuse-t-il.
  • Bon, reprenons, lance Sanchun. Il faut donc que vous rameniez la jeune femme dans la capitale. L’ensemble de l’opération va nous prendre une bonne semaine. D’ici là, il va falloir que nous mobilisions tous nos moyens disponibles pour amplifier le soulèvement.
  • Parfaitement, mais cela vaut la peine. Il me semble que le retour de Binta puisse correspondre à l’évènement déclencheur que nous attendons, reprend Cintaï.

Chacun semble maintenant complètement convaincu que le jour tant attendu de la délivrance approche pour le peuple de Negrmalam. Seul Lillálfur ne semble pas partager l’enthousiasme général :

  • Pensez-vous vraiment que cette opération permettra de sauver mon père ?
  • J’en suis convaincu, lui répond Laut, il va nous falloir agir au moment opportun, mais nous connaissons le mode opératoire que le pouvoir va mettre en œuvre pour profiter au maximum des accusations contre ton père et ton cousin. Et nous allons retourner au mieux leur fourberie contre eux.
  • Alors je vous fais confiance et j’espère que les Dieux seront avec nous, conclut le jeune eilifusien.

S’engage alors une longue réflexion commune sur les modalités de l’action. Il est décidé de constituer deux équipes. La première autour de Télémaque et de moi-même avec Lillálfur, Cintaï et Apian Menya qui nous apportera son expertise des opérations de terrain. La seconde autour de Sanchun, Laut et Kaya avec l’aide de Anaitu foncera sur la capitale pour préparer le soulèvement.

  • Le temps nous est compté conclut enfin Sanchun, nous organisons la logistique et partirons demain dès l’aube. Il est déjà tard, rejoignez vos chambres et dormez bien. Dans les prochains jours, vous aurez besoin de beaucoup d’énergie.

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