Le sauveur
Le sauveur
Marc la regardait dormir. Elle était parfaite. C'était le problème.
Ses cils étaient longs et immobiles, sa respiration régulière. Elle n’était pas en crise, elle ne tremblait pas, elle n’avait pas besoin qu’il lui murmure des promesses vides sur l’avenir.
Marc a toujours vécu pour le pansement, l'écharde à retirer. Il ne se sentait vivant que dans la friction, dans la résolution. La routine est le silence, et le silence est l'oubli. Elle, elle était le silence incarné, une mer sans vagues.
Il se glisse hors du lit. Il doit y avoir quelque chose à réparer. Le robinet ? Non, il ne fuit pas. Le disque dur de son ordinateur ? Non, il tourne parfaitement. Il se penche sur la table de nuit et voit son verre d'eau. Il pourrait, par accident, le faire tomber. La petite inondation, le linge à essuyer, l'occasion de dire : « Ne t'inquiète pas, je m'en occupe, j'étais là. »
La cage de la stabilité l'étouffe. Il veut la mettre en danger pour pouvoir la sauver, mais il n'est qu'un lâche qui veut exister. Il repose le verre.
Ce soir, la cage est faite de sa propre inutilité, et elle lui coupe le souffle, plus efficacement qu'aucune crise.

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